C’est dimanche et en plein marché, une femme crie « au voleur ! ». Il n’en faut pas plus pour qu’une foule s’attroupe autour d’un gamin qui a tenté de s’échapper avec quelques poissons fumés. La femme lui donne un coup de pied dans la mâchoire, sous les encouragements de la foule. Elle s’apprête à le frapper avec son pilon lorsque deux femmes s’interposent. Ce sont Kwin et Mme Mulonga. L’une est vendeuse de bananes plantains et l’autre est directrice d’une école primaire. Elles ne se connaissent pas et viennent de deux mondes différents, mais leur rencontre avec Musango fait partie de leurs points en communs. C’est d’ailleurs Musango qui nous raconte cette scène qui m’a particulièrement émue dans « Contours du jour qui vient ».

 

Dans les rues de Sombé, Musango recherche sa mère après trois ans de séparation. Elle erre à travers la ville pour retrouver cette femme qui l’a battue et chassée parce qu’une voyante lui a dit qu’elle était sorcière. Musango a 12 ans et souffre d’une maladie du sang. À en lire les descriptions, on devine qu’elle est atteinte de drépanocytose. Mais pour sa mère, elle est surtout la responsable de tous ses malheurs.

 

Accueillie, puis vendue, Musango a vu et expérimenté des choses qu’aucun enfant et même aucun adulte ne devrait vivre. À travers ses yeux, on découvre le Mboasu, un pays imaginaire d’Afrique équatoriale qui se remet difficilement d’une guerre civile. L’espoir semble y être mort pour ses habitants et bon nombre d’entre eux se perdent sur les bancs de fausses églises leur promettant le salut et la prospérité sur terre ou dans les cieux.

 

C’était parfois difficile de lire certains passages de « Contours du jour qui vient » de Léonora Miano. Je n’ai plus besoin de vous dire que j’ai du mal avec les descriptions « compliquées ». Je les traversais plus que je ne les lisais, juste pour savoir où est-ce que la quête de Musango nous mènerait.
 




Leonora Miano


 

 

J’ai été touchée par certaines situations et certains personnages secondaires. Kwin, la vendeuse de plantains qui a été abandonnée par sa mère dans un ravin, et aide à son tour les enfants en détresse qui croisent son chemin. Mme Mulanga, la directrice d’école qui n’a pas su transmettre ses valeurs et ses connaissances à sa propre fille. Mbambè, la grand-mère qui adoptait les filles rejetées par leurs génitrices et dont la fille lui en a voulu de partager son amour à d’autres enfants. Endalé, la jeune fille abusée et rejetée par sa mère, qui voulait livrer son corps en Europe pour expier ses fautes.

 

« Contours du jour qui vient » décrit de nombreux maux des sociétés Africaines. On y lit comment l’ignorance et la misère peuvent conduire des parents à abandonner leurs enfants. On redécouvre les vendeurs d’illusions sous l’apparat d’hommes de Dieu, qui bernent les foules en quête d’une vie meilleure. On perd la force de se révolter face à un système où le pouvoir protège les criminels. On plaint ou compatit pour ces millions de personnes qui ne voient qu’en l’Europe leur seule chance de s’en sortir ici bas…

 

J’ai bien aimé les mots de Mbambè sur cette quête de l’eldorado. « Tout le monde ne peut pas faire l’Europe pendant que le pays se désagrège. Ils s’en vont pour avoir ce qui leur manque ici, sans se dire que ce qu’on est a plus de valeur que ce qu’on possède. Là où ils vont, ils ne sont rien pour personne. C’est ici que leur nom signifie quelque chose. (…) Il vaut mieux veiller la mère malade et pauvre qui ne vous reconnait plus, plutôt que se prosterner aux pieds d’une marâtre qui n’a que haine et mépris. »

 

Mais ses affirmations peuvent être discutables dans nos sociétés où la valeur d’une personne se rattache de plus en plus à ce qu’elle possède. On peut comprendre ceux qui vont risquer leur vie dans le désert et la mer parce qu’ils ont l’impression de ne rien signifier dans leur communauté, parce qu’ils ne sont pas aussi nantis que ceux qui viennent exposer ce qu’ils ont acquis de l’autre côté de l’Atlantique.

 

J’ai parfois été lasse de lire les tirades de Musango sur le rejet de sa mère, et son désir puissant de retrouver celle qui la déteste pour lui dire à quel point elle l’aime. Certains passages m’avaient l’air répétitifs alors que j’attendais de savoir ce qui se passerait ensuite. Mais Léonora Miano dans ses descriptions arrive à nous introduire dans l’histoire pour vivre chacun des évènements. On se surprend à sourire quelques rares fois, face aux répliques bien placées de Mme Mulanga ou à l’espièglerie de Mbambè la grand-mère.

 

Si vous n’êtes pas un grand fan de lecture, les tournures de phrases et certains mots « difficiles » vous décourageront. Mais si vous avez envie d’un livre qui enrichira votre vocabulaire, vous amènera à vous questionner sur les dérives de la société, et vous fera vivre une quête pleine d’émotions, je vous recommande « Contours du jour qui vient » de Léonora Miano.

Les Chroniques De Tchonté

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