Cet article aurait pu s’intituler « Une femme pour six hommes », mais pour des raisons évidentes, j’ai abandonné l’idée. C’est pourtant ce manque de parité qui a retenu mon attention le mardi 30 Juin, au Discop Abidjan 2017. J’assistais à la MasterClass sur «Comment le numérique peut-il accélérer le développement de l’industrie audiovisuelle subsaharienne?». 

 

Autour de la table ronde, se trouvaient Amadou Bakayoko (DG de la RTI), Fabrice Sawegnon (CEO de Voodoo), Bernard Azria (CEO de Côte Ouest), Yves Miezan-Ezo (Conseiller technique au Ministère de la Communication, de l’Economie Numérique et de la Poste), Ivan Reuter (Directeur Régional des ventes Afrique de l’Ouest chez Eutelsat), Jean-Philippe Kaboré (Sécrétaire exécutif au Comité National de Migration vers la Télévision Numérique et Claire Soustiel (CEO d’Iroko+). 

 

A la fin de la MasterClass, la féministe en moi n’avait qu’une envie, échanger avec la seule queen de ce panel. Après avoir parlé à quelques journalistes, photographié l’interview de Stanislas Balay de Dailymotion, et m’avoir dit à quel point elle était fière de son ami, c’est le sourire aux lèvres que Claire a répondu à mes questions.  

 

LCT: Est-ce que ça vous arrive souvent d’être la seule femme autour de la table? 

 

En Afrique oui, très souvent! En France c’est moins marqué. Par exemple chez Canal il y a d’autres femmes DGs, tant dans les filiales qu’au sein de Canal+ international. Ce n’est pas non plus une totale équité mais c’est un peu plus équilibré. En Afrique je me retrouve systématiquement à être la seule. 

 

 

LCT: Comment est-ce que vous vous êtes retrouvées dans l’audiovisuel alors que vous avez commencé en Sciences-Po? 

 

Oui j’ai fait Sciences Po mais après je suis partie à l’ESCP, une école de commerce à Paris et j’ai fait un Master spécialisé «Médias». Moi ce qui m’intéressait c’était le Cinéma. Je voulais absolument participer à la distribution de contenu. Du coup je me suis retrouvée à l’ESCP pendant un an. Et puis après je suis arrivée chez Universal où j’ai fait un stage de 6 mois et ensuite j’ai été recrutée chez Canal.

 

LCT: Et là c’est comme si vous êtes toujours chez Canal?

 

Oui en fait Iroko+ c’est la joint venture entre Canal et Irokotv et Canal est actionnaire majoritaire de cette société. Donc oui j’ai toujours un pied chez Canal. Mais avant j’étais vraiment au coeur de la compagnie, je travaillais dans les locaux de Canal à Paris. Aujourd’hui je suis basée à Londres donc c’est un peu différent. 

 

LCT: Ah je vois… et c’est quoi la différence entre IROKOtv et Iroko+? 

 

Irokotv c’est comme nous. Enfin c’est plutôt nous qui sommes comme eux parce qu’on a copié en fait. Ce sont les mêmes applications. C’est juste que Irokotv est en Afrique anglophone et Iroko+ en Afrique francophone. Et aussi, on a un peu adapté le contenu pour être plus proche des envies et des usages de l’Afrique francophone. C’est pourquoi on a mis les télénovelas, qui sont très prisées par les femmes ici. Alors qu’il n’y en a pas en Afrique anglophone.

 

LCT: Et ça inclut des films anglophones traduits en Français? 

 

Oui c’est ça. En fait on propose des films de Nollywood traduits en français, des télénovelas et tout un tas de contenu d’Afrique Francophone, surtout ivoiriens. On essaie un peu de diversifier avec du contenu Congolais aussi et autre mais c’est surtout ivoirien. 
 

 

LCT: Vous avez dit que vous proposez aussi du contenu accessible hors ligne…
 

Oui en fait on a cette spécificité d’essayer de s’adapter aux besoins liés au fait qu’il n’y ait pas de data. Donc pour ça on développe tout un tas de stratégies. On fait de la compression de vidéos. On a des vidéos qui sont beaucoup plus compressées au risque de ne pas avoir cette qualité incroyable… mais au moins les gens peuvent les voir sans trop prendre de data. On a aussi mis en place ce qu’on appelle le visionnage hors connexion. C’est à dire que je télécharge mon contenu si j’ai du wifi. Je peux stocker autant de films que je veux sur mon téléphone et je les regarde hors connexion. Et la troisième chose qu’on met en place pour contourner encore cette histoire de data, c’est qu’on s’associe avec une application qui s’appelle Xender. Je ne sais pas si vous en avez déjà entendu parler. 

 

LCT: Hum non… 

 

En fait ça développe une technologie un peu comme le bluetooth. Ça veut dire que moi par exemple si j’ai Iroko je peux vous partager à vous directement un film Iroko sans data. Ça prend à peu près deux minutes. Je peux vous envoyer directement le film et bien sûr vous ne pouvez regarder que si vous avez un abonnement. Donc je peux directement envoyer un fichier à n’importe qui autant de fois que je le souhaite et sans data. 

 

LCT: Vous avez parlé d’un projet au Cameroun…

 

Alors oui au Cameroun on lance avec Orange, un nouveau pass qui est une offre couplée. C’est 300 megabytes de data et 24 heures d’Iroko+ à 200 francs. 

 

LCT: Est-ce que ça signifie qu’avec les 300 megabytes je pourrai regarder Iroko pendant 24 heures? Est-ce que ça sera suffisant? 

 

En fait j’ai 24 heures pour télécharger autant de contenu que je veux. Ces contenus restent dans mon téléphone pendant 7 jours. Si j’ai du wifi, je peux télécharger tout ce que je veux. Si je ne suis qu’en 3G je n’ai que 300 megabytes dans ce forfait là. Rien ne m’empêche d’acheter de la data dans un autre forfait. C’est juste que la data que j’achète dans ce forfait de 300 megabytes est dédiée à Iroko. 

 

LCT: Ah d’accord c’est super! Et vous lancez quand? 

 

Le Cameroun? La semaine prochaine. La conférence de presse c’est le 9. 

 

LCT: C’est un projet pilote en fait? 

 

C’est un projet pilote exactement! En fait à Iroko+ on n’a pas vraiment de concurrents. On n’a pas vraiment un marché. On n’a pas de vraie stratégie inscrite dans le sol. C’est à nous de tester, de chercher, d’essayer et de voir ce que ça donne. 
 

 

LCT: Et le système hors connexion est déjà en place? 

 

Oui. 

 

LCT: Même ici? (j’avoue que là je me sentais complètement hors du coup) 

 

Oui bien sûr. Vous avez un iPhone non? Dans un mois on lance l’application Iphone. Je n’ai plus de batterie pour vous montrer mais sur l’application Iroko qui existe aujourd’hui, et à laquelle vous pouvez vous abonner à 1500 francs, vous avez deux options de visionnage: l’option streaming et l’option download to go. Donc je télécharge et je visionne ensuite quand je veux. Quand vous téléchargez du contenu, il reste pendant toute la durée de votre abonnement. On peut acheter Iroko+ soit dans une boutique canal soit par paiement mobile via orange, mtn, moov, etc comme une offre Canal. 

 

LCT: Est-ce que vous avez du contenu pour enfants? 

 

Non pas encore. Aujourd’hui notre cible c’est surtout les femmes. D’ailleurs moi je suis avec une équipe de femmes. J’évolue dans un monde de femmes et ça me va bien. On n’a pas de contenu pour enfants encore. Peut être à long terme on envisagerait. Aujourd’hui on sait que nos concurrents comme Netflix proposent tout un ranking de contenu dont les contenus pour enfants. Mais nous on est encore au tout début, on est encore une toute petite startup. Donc on y va, on teste, on voit comment le marché réagit et on adapte au fur et à mesure. 

 

LCT: Comment a été cette première journée de Discop? 

 

J’étais tellement stressée! 

 

LCT: Ah bon? Mais pourquoi? 

 

Déjà parce que je me retrouve à être la seule femme. Et que j’ai l’air très jeune. 

 

LCT: Est-ce que vous étiez la plus jeune? 

 

De loin! Donc voilà c’est pas facile de s’imposer, d’arriver et d’essayer d’être à la fois drôle et de dire des choses pertinentes. Ça ne veut pas dire que je n’arrive pas à m’imposer mais je suis consciente, pas des difficultés, mais des obstacles auxquels je me confronte. 

 

LCT: Alors qu’est ce que vous vous dites quand vous avez ces petits moments de stress? 

 

Déjà j’essaie de répéter au maximum. C’est à dire que ma clé, c’est la préparation. J’arrive au maximum préparée parce que j’estime que j’ai deux fois plus d’efforts à fournir finalement qu’un homme, que quelqu’un qui est déjà bien implanté, qui n’a pas besoin de prouver quoi que ce soit. Donc moi j’essaie toujours de connaître tous mes chiffres, tous mes dossiers, de beaucoup bosser en amont. Et ça me rassure. Ça me donne une sorte de confiance pour que quand j’arrive, je me sente un peu plus capable d’aller prendre la parole, de ne pas hésiter à intervenir, à donner mon avis. Parce que c’est un avis qui bénéfice de toutes ces recherches en amont que j’aurai pu faire. 

 

Claire m’a plus tard fait remarquer qu’il y a plus de femmes engagées dans la production et la réalisation de contenu en Afrique, qu’en occident. C’est dans les sphères de décisions en entreprise que les dames se font plus rares sur notre continent. Cet article est définitivement beaucoup plus long que d’habitude. C’est que j’ai pris plaisir à sortir le nez de mes bouquins pour découvrir des acteurs de l’industrie de l’audiovisuel. J’espère que le parcours des unes pourra en inspirer d’autres et qu’on aura plus de femmes autour de la table. 

 

Discop Abidjan 2017: with the queen of Iroko+

 

 

 

This article could have been entitled "A woman for six men" but for obvious reasons I gave up on the idea. Yet this lack of parity caught my attention on Tuesday June 30, at Discop Abidjan 2017. I attended the MasterClass on "How can digital accelerate the development of the sub-Saharan audiovisual industry?".

 

Around the table, were Amadou Bakayoko (CEO of RTI), Fabrice Sawegnon (CEO of Voodoo), Bernard Azria (CEO of Côte Ouest), Yves Miezan-Ezo (Technical Advisor to the Ministry of Communication), Ivan Reuter (West Africa Regional Sales Manager at Eutelsat), Jean-Philippe Kaboré (Executive Secretary at the National Committee for Migration to Digital Television) and Claire Soustiel (CEO of Iroko+).

 

At the end of the MasterClass, the feminist in me had just one desire: to speak with the only queen of this panel. After talking to some journalists, taking a picture of the interview of Stanislas Balay of Dailymotion, and telling me how proud she was of her friend, it’s with a smiling face that Claire answered my questions. 

 

LCT: Are you often the only woman at the table?

 

In Africa yes, very often! In France it is less accentuated. For example, at Canal there are other women CEOs, both in the subsidiaries and within Canal+ international. It’s not a total equity either, but it is a little more balanced. In Africa I am systematically the only one.

 

LCT: How did you find yourself in the audiovisual sector when you started in Sciences-Po?

 

Yes, I did Sciences Po but after that I went to ESCP, a business school in Paris and I did a specialized Master in Media. I was interested in Cinema. I absolutely wanted to participate in the content distribution. So I found myself at the ESCP for a year. And then I arrived at Universal where I did a 6 month internship and later I was recruited at Canal.

 

LCT: And it's like you're still at Canal…

 

Yes actually, Iroko+ is the joint venture between Canal and Irokotv; and Canal is the main shareholder of this company. So yes I still have a foot at Canal. But I used to work at the heart of the company before, I worked in the offices of Canal in Paris. Today I am based in London so it's a little different.

 

LCT: I see ... and what’s the difference between IROKOtv and Iroko+?

 

Irokotv is similar to us. Well, we are actually the ones similar to them since we copied them. They are the same apps. It’s just that Irokotv is in the anglophone Africa and Iroko+ in the francophone one. And also, we adapted the content a bit to be closer to the desires and uses of the francophone Africa. That’s why we put telenovelas which are highly appreciated by women here. While there are none in the Anglophone Africa.

 

LCT: And does it include anglophone movies translated into French?

 

Yes. We propose Nollywood movies translated in French, telenovelas, and a whole lot of content from Francophone Africa, mainly Ivorian. We try a little to diversify with Congolese content too and others but it is mainly Ivorian.

 

LCT: You said that you also offer some content accessible offline ...

 

Yes, we have this specificity of trying to adapt to the needs related to the fact that there is no internet data. So for this reason we develop a whole lot of strategies. We're doing video compression. We have videos that are much more compressed at the risk of not having this incredible quality ... but at least people can see them without taking too much data. We also set up what is called offline viewing. That is to say that I download my content if I have the wifi. I can store as many movies as I want on my phone and I watch them offline. And the third thing we put in place to bypass this matter of data is that we associate with an application called Xender. I don’t know if you've ever heard of it.

 

LCT: Hum no ...

 

It develops a technology much like bluetooth. It means that if I for example have Iroko, I can directly send you a movie without data. It takes about two minutes. I can send you directly the movie and of course you can only watch it if you have a subscription. So I can directly send a file to anyone as many times as I wish, and without data.
 

 

LCT: You mentioned a project in Cameroon ...

 

Yes in Cameroon, in partnership with Orange, we are launching a new pass that is actually a coupled offer. It's 300 megabytes of data and 24 hours of Iroko + at 200 FCFA.

 

LCT: Does that mean that with 300 megabytes I can watch Iroko for 24 hours? Is that enough?

 

Actually, I have 24 hours to download as much content as I want. These contents remain in my phone for 7 days. If I have the wifi, I can download everything I want. If I am only on 3G I have only 300 megabytes in this package. Nothing prevents me from buying data in another package. It's just that the data I buy in this 300 megabytes package is dedicated to Iroko.

 

LCT: Oh ok that’s great! And when are you launching?

 

Cameroon? Next week. The press conference is on the 9th.

 

LCT: Is this a pilot project?

 

Yes, it’s a pilot project. Actually we don't really have competitors at Iroko+. We don’t really have a market. There is no real strategy in the soil. It is up to us to test, search, try and see what we get.

 

LCT: And the offline system is already in place?

 

Yes.

 

LCT: Even here? (I must admit that I felt completely outdated)

 

Yes of course. Do you have an iPhone? We will launch the iPhone app in a month. I don't have enough battery to show you but on the Iroko app that exists today and for which you can subscribe at 1,500 FCFA, you have two viewing options: the streaming option and the download to go one. So I can download and then watch it when I want. When you download a content, it remains for the duration of your subscription. You can buy Iroko+ either at a Canal shop or by mobile payment via orange, mtn, moov, etc as a Canal offer.

 

LCT: Do you have any content for children?

 

Not yet. Today our target is mainly women. Besides, I'm in a team of women. I am in a world of women and it suits me well. There is no content for children yet. Maybe on the long term we will consider it. Today we know that our competitors like Netflix offer a whole ranking of content including children’s. But we are still at the very beginning, we are still a very small startup. So we go, we test, we see how the market reacts and then we adapt.

 

LCT: How was this first day of Discop?

 

I was so stressed!

 

LCT: Oh right? But why?

 

First because I am the only woman. And I look very young.

 

LCT: Were you the youngest?

 

From afar! So it's not easy to impose, to arrive and try to be both funny and say pertinent things. It doesn’t mean that I can’t impose myself, but I am aware, not of the difficulties, but of the obstacles to which I am confronted.

 

LCT: So what do you tell yourself when you have those little moments of stress?

 

First I try to practice to the maximum. That is to say that my key is preparation. I come prepared at the maximum because I feel that I have twice as much effort to finally provide compared to a man, to someone who is already well established, who doesn’t need to prove anything. So I always try to know all my numbers, all my files, to do a lot of work upstream. And that reassures me. It gives me a sort of confidence so that when I arrive, I feel a little more able to speak, not to hesitate to intervene, to give my opinion. Because it’s an opinion that benefits from all this upstream research that I could have done.

 

Claire later pointed out that there are more women engaged in the production of content in Africa than in the West. It’s in the spheres of business decisions that the ladies are scarce on our continent. This article is definitely much longer than usual. It’s just because I enjoyed getting out of my books to discover the actors of the audiovisual industry. I hope that the journey of some of them will inspire others and that there will be more women around the table.

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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