«Je savais que les hommes n'étaient pas intrinsèquement mauvais ou démoniaques. Ils étaient simplement privilégiés. Et je savais que les privilèges aveuglent parce que c’est la nature du privilège de rendre aveugle.» Ces mots de Chimamanda Ngozi Adichie me sont revenus en tête le mardi 15 Août 2017.

 

J’ai été conviée à un déjeuner débat sur la fracture numérique entre les hommes et les femmes. Déjeuner organisé par AE Tech Consulting en partenariat avec la World Wide Web foundation. Assis autour de plusieurs tables, nous - hommes et femmes - discutions sur le droit des femmes en ligne. Chaque groupe échangeait sur un sujet principal et le notre portait sur les compétences numériques et l’éducation.

 

J’ai eu la chance d’avoir accès à internet pendant mes années collège. Il me suffisait de 150 francs pour aller dans un cyber et passer le temps entre sites de tchat et clips de Lorie sur Youtube. J’ai eu accès à internet parce que mon environnement le favorisait et que j’ai commencé à utiliser un ordinateur alors que j’étais encore au primaire. Même si nous nous plaignons toujours du rapport qualité-prix de nos connexions internet, je fais partie des privilégiés qui surfent le web au quotidien. Et parce que c’est la nature du privilège d’aveugler, je ne me posais pas vraiment de questions sur ces millions de personnes, qui n’ont pas la chance d’être en ligne.

 

Selon le rapport de l’agence We are Social, sur le digital en Afrique de l’Ouest, 5.23 millions d’habitants sont connectés à internet en Côte d’Ivoire. Soit 22% de la population totale. Parmi eux, 3.20 million d’utilisateurs sont actifs sur Facebook et seulement 30% des profils sont attribués à des femmes. Si elles ne sont pas présentes sur le réseau social le plus populaire du moment, peut-on croire que les Ivoiriennes ont accès à internet pour s’instruire et développer des compétences?
 

 


 

Notre modérateur Antoine Mian, s’est servi d’une liste de questions pour animer la discussion. Des questions sur nos impressions par rapport à l’existence de programmes qui viseraient à faciliter l’accès d’internet aux femmes en Côte d’Ivoire. Nous avons toutes, (tous en incluant Antoine) été d’accord, sur le fait que même s’ils existent de nombreux décrets visant à rendre internet accessible à tous et à toutes, les choses ne sont pas encore effectives dans la réalité. Seulement 25% des 775 femmes interrogées par AE Tech Consulting, « ont déclaré avoir utilisé internet pour chercher un emploi, rechercher des informations ou exprimer une opinion sur un sujet précis. Parmi les 120 personnes déclarant ne pas avoir accès à internet, 88% sont des femmes, comparées à 12% chez les hommes. »

 

Il faut enseigner l’informatique et l’usage utile d’internet dans les écoles, mais comment est-ce qu’on le fait quand lesdites écoles ne disposent même pas de salle d’informatique adéquate? En 2012, le gouvernement a introduit la TICE (Technologies de l’Information et de la Communication à l’École) dans le programme scolaire pour fournir les connaissances de base en TIC. Mais selon des études menées par un professeur en doctorat à l’École Normale Supérieure, moins de 30% des enseignants ont été formés aux TICS.

Pendant le débat je n’avais pas l’impression d’être la mieux placée pour répondre à certaines questions. J’aurais bien voulu que des jeunes filles et des femmes qui n’ont justement pas accès à internet aujourd’hui, soient invitées à partager leur expérience. Moi je ne pouvais parler que selon la mienne, et après avoir vécu trois ans hors de la Côte d’Ivoire, je n’ai pas suivi les avancées faites au niveau de l’accès à internet. En vrai, j’ai même l’impression qu'il n'y a pas eu de grand changement. De la 6e à la 4e, on peut surement compter les heures de cours d’informatique que nous avons eu au Lycée des Jeunes Filles de Yopougon. Je n’ai jamais eu vent d’une salle d’informatique pendant mes trois années passées au Lycée Classique d’Abidjan. Aujourd'hui encore, la plupart des élèves et étudiant(e)s qui ont l’opportunité de connaître internet à l’école, fréquentent des établissements privés. Pour les autres, ils apprennent au contact de leurs proches et souvent se limitent à l’usage de Facebook.

 

J’ai eu l’occasion d’échanger avant le débat avec des jeunes femmes ayant suivi une formation en informatique. Grâce à elles et aux autres participants, je me suis rendu-compte que les femmes choisissent moins souvent le numérique comme filière parce qu’elles n’ont pas vraiment de devancières de qui s’inspirer. Ou plutôt n’en avaient pas. Aujourd’hui on a la développeuse d’applications Raissa Banhoro, lauréate de la 2e édition du RFI Challenge App Afrique. On a également le programme SheIsTheCode, et plusieurs communautés de femmes autour des TICS. De plus en plus de femmes s’essaient aussi au blogging, au digital marketing et au community management.

 


Ma préoccupation va au-delà de la fracture numérique entre ivoiriens et ivoiriennes. La population dans son ensemble a un faible accès à l’éducation du web. Internet est encore un luxe en Côte d'Ivoire aussi bien pour les femmes que les hommes. Il faut non seulement travailler à le rendre plus abordable mais aussi encourager un usage utile pour tout le monde. Il y a quelques semaines, l’Agence Nationale du Service Universel des Télécommunications (ANSUT) et l’Union Nationale des Blogueurs de Côte d’Ivoire ont organisé une caravane dans 5 villes à l’intérieur du pays, pour promouvoir l’usage des TICs pour l’autonomisation de nos communautés. C’est le genre d’initiatives, qui pourraient contribuer à vulgariser l’usage d’internet en Côte d’Ivoire.

 

Pour réduire la fracture numérique entre les hommes et les femmes, AE Tech Consulting propose des actions en 5 points. Pour moi, plus de coopération entre le gouvernement et les communautés, organisations civiles déjà existantes, pourraient changer la donne. 
 

 

 

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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