Pas de mode avion, il faut tout éteindre. L'avion de la compagnie Air Côte d'Ivoire s'apprête à décoller. C'est la seconde fois que je l'emprunte pour la même destination. En prenant en compte l'escale à Bouaké, j'ai 2h20 de trajet devant moi avant d'atterrir à Korhogo. Je ne peux pas m'en plaindre. En car le voyage peut durer 8 heures de temps. Sapés dans leurs pagnes oranges, les hôtes et hôtesses donnent les consignes en anglais et en français. Comme la première fois, je suis un peu déçue. Des consignes en Sénoufo ou en Baoulé auraient apporté un air ivoirien. Au moins un petit « fotamana » pour dire « bienvenue » en Sénoufo. Mais bon n'ayant moi même aucune maîtrise du Sénoufo, je suppose qu’ils utilisent ces langues pour accommoder les étrangers et les autres de mon genre... A Bouaké je suis ravie de pouvoir m'asseoir au hublot. J'ai apporté un mini appareil photo puisque la première fois je ne pouvais pas garder mon téléphone en mode avion pour prendre des photos de là-haut. 

 

- Madame il faut éteindre les téléphones. 

 

- C'est un appareil photo.

 

- Vous devez l’éteindre quand même, me dit l'homme avec un sourire. 

 

Je grince des dents et éteint mon appareil. 10 seconds plus tard une hôtesse avec un sourire similaire à celui de l'homme vient vérifier que je porte bien ma ceinture. Malgré toute leur courtoisie je suis un peu énervée. A quoi ça sert d'être au hublot si je ne peux même pas prendre de photos. "Espèce d’accro! Ça sert à contempler la nature et à profiter du moment" me réprimande ma voix intérieure. Je me concentre donc sur la vue puis somnole en lisant La vie et demie de Sony Labou Tansi.
 

 

Ma famille m’avait devancée à Korhogo. On passe récupérer les affaires de maman et mes soeurs dans l'hôtel Kadjona où elles ont passé leur première nuit. Yé Kadjona en Sénoufo veut dire "donnez les nouvelles". Le cadre de l'hôtel est beau et a un bon potentiel mais il est très mal entretenu. Les tisserands à l'entrée apportent de la valeur à l'espace. Une couche de peinture et quelques coups de balai seraient les bienvenus.

 

On dépose nos affaires à l'hôtel La rose blanche. C’est là que nous dormirons le samedi nuit. A l’entrée, deux magnifiques calaos nous souhaitent bonne arrivée. Dans la mythologie Sénoufo, le calao, la tortue, le caméléon, le crocodile et le serpent sont les cinq premiers animaux arrivés sur terre,

 

Les funérailles d'une vieille personne représentent un moment de joie. Pas de larmes, on passe le week end dans la bonne humeur. Le vendredi après-midi a eu lieu la levée de corps à la morgue de Korhogo suivie de la messe de requiem. Les petits enfants en profitent pour raquetter les adultes. C'est une sorte de tradition. Ils bloquent le cercueil jusqu'à ce qu'ils obtiennent gain de cause. Le soir on se retrouve tous au village pour la veillée religieuse. Avec des cousins on fait un tour à Korhogo pour une course. On en profite pour manger du choucouya de mouton au quartier 14. 
 

 

Il fait déjà nuit quand on retourne à Nahoualakaha. Nahoualakaha signifie village de l’homme maigre. Kaha signifie village en Tchébara ( un sous groupe Sénoufo) et Nahouala signifie homme maigre. Chants religieux, du monde sous les bâches, du thé, de la viande de mouton et de boeuf servis... je passe la soirée à discuter avec mes cousins d’histoires de couple et de religion. À minuit on part dormir dans la voiture jusqu'à l'heure de la prière de Fajr à 5h.

 

La journée du samedi commence par l'enterrement. La tombe est à quelques pas de la cour familiale. Il ne s'agit pas du cimetière puisqu'il n'y a pas d'autres tombes à côté. On s'affaire tous autour. J'imagine certains me demander si je n'ai pas peur... Non non du tout, il n'y a vraiment pas de quoi avoir la frousse. J'attends de voir si certains petits enfants bloqueront tout pour réclamer des sous. Ils ne font rien de tel. Je peux voir sur les visages que je ne suis pas la seule déçue. Soit il y a eu un accord hors antenne, soit ils ont été pris de court par la vitesse avec laquelle l'enterrement s'est produit. Quoi qu'il en soit ça aurait fait un beau spectacle.

 

Dans la journée les joueurs de balafon font leur show. Les balafonistes de Nahoulakaha commencent par une mélodie qui se traduit par « Djéguél fôl man toh: le propriétaire du balafon est tombé. » Quand un village possède son propre groupe de balafonistes, chaque habitant est considéré comme un propriétaire du balafon. C'est donc cette chanson que l'on joue du point de départ jusqu'à la maison du défunt. Quelques temps après, plusieurs musiciens de différents villages se présentent en même temps. On ne sait plus où tendre l'oreille ni sur quel rythme danser. Les danseurs et les musiciens reçoivent quelques billets de banque mais ils veulent surtout honorer la défunte et sa famille. Il s'agit de l'une des familles les plus grandes et populaires de la région de Korhogo.
 

 

Papa a fait venir des musiciens de Komborodougou notre village. Notre délégation danse de notre quartier général jusqu'au lieu principal de la fête. On s’arrête par moments. Papa m'explique qu’on doit montrer notre respect chaque fois que l’on rencontre une autre danse sur le chemin. On danse jusqu'à 16h puis on fait une pause. L'un de mes oncles me dit qu'on va présenter les pagnes. Ce sont les linceuls offerts par la famille et les amis. Je ne verrai pas la suite, je suis trop fatiguée. Je retourne dormir à l'hôtel de 18h au petit matin.

 

Mon billet d'avion prévoit mon retour pour le lundi mais je ne peux pas attendre. Je trends mon petit déjeuner et fait un tour rapide au marché où j'achète du beurre de karité. Le dimanche matin, je prends la route avec mon frère et ma belle soeur. Ce ne sont pas des nids de poule qu'il y a entre Katiola et Korhogo, ce sont des puits ! Ça fait des années que ce tronçon de la route est une torture pour les voyageurs. On remarque un début de travaux pour arranger la chaussée en certains endroits. Pas besoin de mettre mon téléphone en mode avion ou de l'éteindre. J'ai 7h pour admirer le paysage, prendre autant de photos que je veux et prier pour le salut de mon postérieur.
 


 

Happy funerals !



No airplane mode, you have to turn off everything. The plane of Air Côte d’Ivoire is about to take off. This is the second time I take it for the same destination. Taking into account the stop in Bouaké, I have 2 hours and 20 minutes of journey before landing in Korhogo. I cannot complain. It can take 8 hours by bus. Well-dressed in their orange loincloths, the stewards give the instructions in French and English. Like the first time, I'm a little bit disappointed. Some instructions in Senufo or Baoulé would have brought an Ivorian air. Or at least a small "fotamana" to say "welcome" in Senufo. But since I don’t master Senufo myself, I guess these languages are used to accommodate foreigners and the others of my kind… In Bouaké I am delighted to be able to sit at the porthole. I brought a mini camera since the first time I could not use my phone to take pictures even on the airplane mode.

 

  • Madam, you need to turn off your phone.
  • It's a camera.
  • You still have to turn it off, says the man with a smile. 

 

I grind my teeth and turn off my device. 10 seconds later a stewardess with a similar smile comes to check if I wear my belt. Despite all their courtesy I am a little bit upset. What’s the advantage of sitting at the porthole if I can’t even take pictures? « You’re such an addict! It allows you to contemplate the nature and enjoy the moment » reprimands my inner voice. So I concentrate on the view then starts drowsing while reading « Life and a half » of Sony Labou Tansi.
 

 

 

My family had preceded me in Korhogo. We go to get the luggages of my Mom and my sisters at hotel Kadjona where they spent their first night. Yé Kadjona in Senufo means "give the news". The setting of the hotel is beautiful and has a lot of potential but it’s poorly maintained. The weavers at the entrance add some value to the space. A layer of paint and some broom blows would be welcome.

 

We keep our belongings at the Hotel La Rose blanche. This is where we will sleep on Saturday night. At the entrance, two magnificent hornbills wished us good arrival. In the Senufo mythology, the hornbill, the tortoise, the chameleon, the crocodile and the snake were the first animals on earth.

 

The funerals of an old person is a moment of joy. No tears, we spend the weekend in a pretty good mood. On Friday afternoon, we had the ceremony of the removal of the corpse at the morgue of Korhogo followed by the mass of requiem. The grandchildren take advantage of the funerals to racket the adults. It's a kind of tradition. They block the coffin until they get what they want. In the evening we all meet in the village for the religious vigil. With my cousins ​​we go back to Korhogo for an errand. We take the opportunity to eat some sheep meat in Quartier 14.
 

 

It’s already night when we return to Nahoualakaha. Nahoualakaha means the village of the lean man. Kaha means village in Tchébara (a subgroup of Senoufo) and Nahouala means lean man. Religious songs, the crowd under the tarpaulins, tea, mutton and beef served ... I spend the evening talking about love stories and religion with my cousins. At midnight, we leave to sleep in the car until 5 o’clock, the time for Fajr prayer.

 

Saturday begins with the inhumation. The grave is a few steps away from the family courtyard. It’s not the cemetery since there are no other graves around. We all gather around the tomb. I imagine some people asking if I'm not afraid ... Not at all, there's really nothing to be scared of. I am waiting to see if some grandchildren will block everything to claim some money. They don’t do anything. I can see on the faces that I’m not the only one disappointed. There was either an off-air agreement, or they were taken aback by the speed with which the burial occurred. Anyway it would have made a great spectacle.

 

Later in the day the players of balafon do their show. The balafonists of Nahoulakaha begin with a melody which translates as « Djéguél fôl man toh: the owner of the balafon has fallen ». When a village has its own group of balafonists, every inhabitant is considered as an owner. So that’s what they play from their point of departure to the house of the deceased. Later, several musicians from different villages present themselves at the same time. We no longer know what to listen to neither on what rhythm to dance. Dancers and musicians receive some bank notes but above all, they want to honor the deceased and her family. It is one of the largest and most popular families in the region of Korhogo…
 


 

Dad brought some musicians from Komborodougou our village. Our delegation dances from our headquarters to the main venue. We stop sometimes on the way. Dad tells me that we have to show respect every time we meet another dance. We dance until 4 pm then we take a break. One of my uncles told me that they would present the shrouds offered by the family and friends. I won’t see what happens next, I’m too tired. I go back to the hotel and sleep from 6pm to the next day morning.

 

My plane ticket plans my return for Monday but I can’t wait. I take my breakfast and then make a rapid tour at the market where I buy some shea butter. On sunday morning I take the road with my brother and my sister-in-law. What we face between Katiola and Korhogo are not potholes, they are wells! For years, this stretch of the road has been a torture for travelers. It looks like they started to fix some part of it. No need to put my phone on airplane mode or turn it off. I have 7 hours to admire the landscape, take as many pictures as I want and pray for the salvation of my posterior.


Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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  1. Tres beau billet. vous avez une excellente plume. Merci de nous avoir fait vivre votre voyage et toutes nos condoleances.