« La révolte d’Affiba » est le premier livre que j’ai lu de Regina Yaou. J’étais adolescente lorsque je l’ai lu pour la première fois et je l’avais beaucoup aimé. Presqu’une dizaine d’années plus tard je le trouve moins extraordinaire mais il reste pour moi une référence dans la littérature ivoirienne. Initialement publié en 1985, « La révolte d’Affiba » fait sûrement partie des premiers romans axés sur la situation des femmes chez certains peuples de la Côte d’Ivoire. J’y vois ici un engagement de Regina Yaou à défendre les droits des femmes dans nos sociétés. 
 
La quatrième de couverture en dit déjà trop sur l’œuvre et mon résumé en fera de même, mais vous apprécierez sans doute de vous faire votre propre idée. Nous sommes entre Abidjan et Bassam dans les années 80. Affiba et Koffi Mensah forment un jeune couple ayant fait des études en occident et vivant de manière très aisée avec leur fille Diane. C’est en France qu’ils se sont mariés et ont eu leur premier enfant. Koffi est ensuite rentré au pays avant d’y être rejoint deux ans plus tard par son épouse. Tout va pour le mieux au début, entre les invitations chez les amis, la famille, et les réceptions qu’ils tiennent dans leur somptueuse maison. Comme tous les couples, il arrive qu’il y ait des disputes chez les Mensah. Mais un jour, contre toute attente, Koffi annonce à sa femme qu’il a une maîtresse et part du domicile conjugal. Malgré toutes les démarches des uns et des autres, il refuse de quitter Mireille et demande le divorce à Affiba. Affiba refuse de divorcer et décide d’attendre que son mari se lasse de son aventure avec sa maîtresse. Finalement lorsque Koffi revient à la maison, il n’est plus le même homme. Il meurt quelques mois après son retour. C’est alors que comme il est de coutume dans leur ethnie, la famille de Koffi tente de mettre la main sur l’héritage laissé par le défunt. Affiba décide de ne pas se laisser faire, d’autant plus qu’elle a fortement contribué à acquérir tous ces biens. 
 
Cette fois-ci, le personnage qui porte mon nom n’est pas vraiment à plaindre. Bien au contraire... J’avoue que ça m’avait ennuyée la première fois de voir que la maîtresse portait mon prénom, mais disons que je l’accepte mieux aujourd’hui -j’ai grandi 😂-. La première fois, j’en avais voulu à la famille de Koffi de ne pas avoir fourni plus d’efforts pour le ramener à la raison. Aujourd’hui avec du recul, quand bien même ils ont été lâches par crainte qu’il ne leur coupe les vivres, je comprends mieux leur position. Personne ne peut forcer un homme à vivre avec une femme qu’il dit ne plus aimer. La preuve en est que bien qu’étant finalement retourné vers Affiba, Koffi n’a jamais réussi à oublier Mireille. Il n’était plus là que de corps avec son épouse. Ce qui m’a offusquée c’est plutôt le manque de gêne des parents de Koffi après son décès. Les histoires de veuves dépouillées des biens de leurs époux sont nombreuses et malheureusement continuent encore même si je suppose que  c’est moins fréquent aujourd’hui. Au nom de la coutume, femme et enfants se retrouvent à la rue au décès de l’homme, et les femmes qui ne dépendaient que de leur époux en souffrent encore plus. 

 
 
Dans « La révolte d’Affiba », Regina Yaou présente également deux modes de pensées différents. D’un côté, celui de la génération d’épouses soumises à l’époux et aux traditions que représente la mère d’Affiba. Et de l’autre, une génération de jeunes femmes instruites à l’école et qui réclament une égalité de droits entre les hommes et les femmes. Affiba et sa soeur Manzan font partie de cette génération qui a du mal à accepter les travers de la société juste au nom de la coutume. On a aussi à côté, des femmes qui s’estiment libre de faire ce qu’elles veulent de leur vie et de leur corps, peu importe l’avis des autres. Des femmes comme tante Yaba, dont le mode de vie est très critiqué par sa grande sœur, la mère d’Affiba, beaucoup plus conformiste. 
 
Plus de 20 ans après la publication de « La révolte d’Affiba » je pense qu’il reste l’un des meilleurs livres de Regina Yaou. Plus par le thème abordé que par l’écriture en elle-même. Elle est fluide et simple certes - très bien pour les “jeunes” lecteurs -  mais en discutant avec Djeney, on était d’accord sur le fait que ça aurait pu être mieux. Certaines transitions ont été mal faites à l’intérieur des chapitres et Regina Yaou aurait pu rajouter plus de détails intéressants à l’histoire. Je regrette de n’avoir pas eu le temps de discuter de sa bibliographie avec elle, remettant toujours à plus tard en oubliant que nous ne sommes pas maîtres du temps. J’ai lu bon nombre de ses livres pendant mon adolescence et elle a longtemps fait partie de mes auteurs préférés. En grandissant et en élargissant mon champ de lecture, j’avais des critiques à lui faire sur ses récents ouvrages. Je n’en aurai malheureusement plus l’occasion. Mais d’où elle se trouve je lui suis reconnaissante d’avoir inspirer des milliers de jeunes filles et de femmes à rêver. 
 
In shaa Allah, je relirai « Le prix de la révolte », la suite de « La révolte d’Affiba » et je vous en parlerai sur le blog et en vidéo. En attendant, avez-vous lu « La révolte d’Affiba » ou un autre livre de Regina Yaou? Qu’en avez vous pensé ? 
 

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

READ MORE

    N'hésitez pas à partager et donner votre avis / Feel free to share and comment