Photo par Madame Clero, directrice IBSA Riviera 3

J'ai survécu à la maternelle. 

Non ça n'a absolument rien de chou. C'est un immense mensonge. Des cris, des larmes, on court dans tous les sens, on les rappelle à l'ordre, mais ils s'en fichent. En rentrant à la maison le premier jour, j'ai l'impression qu'un train m’est passé dessus, mais il n'en est rien. C'est une horde d'enfants qui m'est tombée dessus, chacun exigeant que ses besoins soient satisfaits à la minute près. Et quand on s'occupe d'un, il y en a un autre qui nous tire la manche, ou qui s'échappe dans la cour tel un fugitif. Ils n'écoutent absolument rien. Après tout, ils n'ont que 3 ans. Je suppose qu'à cet âge, on n'a aucune envie de se soumettre à une quelconque autorité. Combien sont-ils? Une vingtaine à peine. Quelqu’un m'a dit que ce n'est pas un nombre important quand on compare aux classes pleines de plus d'une trentaine, quarantaine, voir cinquantaine d'enfants. Je m'en fiche à mon tour. Ils m'ont laissé le corps en compote, et leur nombre importe peu vu leur efficacité à la tâche, pour me faire courir dans tous les sens. 

Pour la majorité, c’est la première fois qu’ils viennent à l’école. Il faut leur apprendre à rester propre, à partager, à ne pas pousser ou taper ses amis, à s’excuser, à se mettre en rang, etc. Mais dans tout ce chaos, il y a ces petits moments d'accalmie. Quelques précieuses minutes pendant lesquelles la majorité daigne vous accorder son attention. Alors on chante, on répète, on dessine, on peint, on danse et ça relève presque du miracle de les voir réagir comme on le souhaite. Et puis il y a ces quelques éléments, très éveillés, qui répondent aux questions avec une telle maturité qu'on en reste coi. Certains s'affairent autour des livres comme s'ils arrivaient à déchiffrer les différentes inscriptions. Bien sûr parfois, les pauvres ouvrages ne s'en sortent pas indemnes, mais c'est plaisant de savoir que les enfants pourraient devenir de férus lecteurs. 

J'ai dormi aussitôt que je suis rentrée à la maison ce premier jour, de 17h à 19h. Les jours passent et les semaines se suivent. Les enfants sont plus disciplinés. Ils comprennent d’un regard qu’ils n’ont pas intérêt à franchir la porte sans l’accord de la maîtresse. Ils demandent la permission avant de filer vers le toboggan à la récréation. Ils pleurent moins quand les parents les déposent en classe. Et miracle! Ils font même la sieste... L’assistante est d’une très grande aide. Elle travaille à l’école depuis plus longtemps, et me donne donc parfois des conseils au niveau des activités. Elle est présente avant tout le monde, et rentre seulement après que tout soit rangé et propre dans la classe. 


 


Photo par Madame Clero, directrice IBSA Riviera 3

Je donne cours deux ou trois fois dans la semaine. Le prof d’anglais occupe les autres jours. Quand je n’ai pas cours en petite section, j’observe les autres classes. Et si un enseignant en français ou en anglais doit s'absenter urgemment, je le remplace. Il arrive que je voie mes élèves pendant le goûter, ou le déjeuner. Ils se ruent tous pour me faire un câlin en criant “Maîtresse mimi”. Ça a le don de me faire fondre. C’est sans doute le moment que je chéris le plus depuis que j’ai commencé cette nouvelle aventure. Pour moi c’est un signe qu’ils m’aiment, qu’ils me reconnaissent comme quelqu’un d’important dans leur vie. Et ça, ça vaut tout l’or du monde.

Avec le temps, j’apprends à détecter les particularités de chaque enfant et surtout à noter leurs progrès. Cette petite qui ne pleure plus du tout en disant au revoir à sa mère. Ce garçon qui n’a plus aucun mal à ranger son sac à dos dès qu’il entre en classe. Cette fillette qui suis de plus en plus les directives. Et ceux qui petit à petit, finissent par parler plus souvent que d’habitude, à sortir de leur coquille. 

Je suis passée d’un poste d’enseignement à l’université à la maternelle, et oui je me suis déjà demandé si j’étais folle, mais non. Je suis tombée amoureuse du système d’Ibsa dès ma première rencontre avec la directrice pédagogique. L’école fournit un apprentissage actif où l’enfant est au cœur du processus. On use de beaucoup de créativité pour rendre les cours amusants et aider les élèves à apprendre en faisant des efforts eux-mêmes, plutôt que d’attendre uniquement les réponses de l’enseignant. Les élèves s’entraident pour traiter les exercices en classe. Ils commencent à avoir des notions en anglais dès l’âge de 2 ans en cours de pré-maternelle, et ils sont complètement bilingues lorsqu’ils sortent de l’école. Certains enfants sont anglophones, et ils ont donc l’occasion d’apprendre le français tout en contribuant à aider leurs amis à apprendre l’anglais plus facilement.


 

Photo par Madame Clero, directrice IBSA Riviera 3

Tous les enfants mangent à la cantine au déjeuner et les plus petits en maternelle y prennent également le goûter. Les plus grands, eux, ramènent leur goûter de la maison. Les cours finissent à 14h30 et les élèves qui le souhaitent peuvent participer à des activités extra-scolaires certains après-midis. L’effectif maximum des classes est de 25 élèves. Ibsa a deux écoles, la première aux II Plateaux et la seconde où je suis, à la Riviera 3. En dehors des cours et des activités extra-scolaires, l’école organise aussi des sorties, des journées spéciales comme la journée sportive, la journée du patrimoine, etc. On met également l’accent sur la communication avec les parents pour mieux gérer le développement des élèves. Et les enseignants ont fréquemment des réunions avec la directrice pédagogique pour faire le point des cours et autres activités.

La directrice est drôle, sarcastique, ouverte d’esprit et très à l’écoute. Mais elle sait en même temps se montrer ferme et stricte aussi bien avec les élèves, le personnel, que les parents. Elle ne badine pas quand il s’agit du travail. Je suis sûre que tout le monde ici a déjà flippé à l’idée qu’elle ait des remarques négatives à faire sur son compte. Elle nous partage souvent des liens d’articles pour améliorer les cours, et même des mèmes et vidéos drôles dénichées sur internet. C'est une grande farceuse! Pas étonnant que l’ambiance soit aussi agréable au niveau du corps enseignant. Mes collègues sont géniaux, cordiaux, avec toujours un mot pour rigoler.

J’ai décidé d’enseigner à Ibsa parce que je sais que je pourrai acquérir bon nombre de compétences nécessaires pour améliorer l’éducation ivoirienne de manière générale. Mon unique préoccupation actuellement est qu’un système aussi qualitatif n’est malheureusement pas accessible à tout le monde. L’environnement, le personnel, les outils utilisés, tout cela coûte énormément. Mais peut-être qu’il existe un moyen d’apporter cette qualité aux moins nantis en étant créatif, passionné, et dédié à la tâche... le temps et les essais nous le diront in shaa Allah. 

 


Photo par Madame Clero, directrice IBSA Riviera 3

J'ai commencé cette nouvelle aventure depuis environ cinq semaines et il me reste encore plusieurs mois avant la fin de l’année scolaire. Au début, je me suis demandé si j’arriverais à tenir. Mais les premiers temps d’adaptation sont passés et cette nouvelle aventure est palpitante. C’est fatiguant, il y a beaucoup de cris, de courses, de larmes - pour les enfants hein! - mais il y a aussi des rires, des câlins et surtout beaucoup d’amour. Ce n’est pas toujours chou, ce n’est pas toujours rose, mais c’est ce qui rend le tout aussi magique!



Photo par Madame Clero, directrice IBSA Riviera 3
 

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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  1. Tchonte , j’écoutais la chanson Persévère d’Olivier Cheuwa quand je suis tombée sur ton article. Je suis persuadée que tu arriveras à changer l’éducation en Côte d’Ivoire et aussi partout en Afrique. Ton article m’inspire beaucoup car ça me montre que peu importe les circonstances, avec la volonté et la grâce de Dieu on peu changer les choses. En 2016, lorsque j’ai créé SOS Solidarite pour aider les malades sans assistance financière en Côte d’Ivoire, j’ai failli abandonné ce reve car plus j’avançais mes rêves devenaient plus grands. A un certain moment , je me demandais si j’avais fait le mauvais choix en faisant un Master en Comptabilite.. Je me suis dit que j’aurais du faire médecine si je voulais vraiment aider les malades et améliorer le système santé. Ton article me montre que je dois persévérer et croire en cette vison que Dieu a mis dans mon cœur que peu importe les circonstances j’arriverais. « Si Dieu a mis un rêve dans ton cœur, écris le garde le comme un trésor....Quoi qu’on dise protège la vision avec passion....Si dans ton cœur est réelle cette promesse quand le doute vient lève toi et confesse que Dieu est vrai et que sa parole demeure éternelle... toujours fidèle et son chemin certain même si les choses semblent n’aboutir à rien....persévère » ( Persévère)

    • Merci beaucoup pour ses encouragements Sylva. Je te souhaite également beaucoup de courage. Que Dieu nous aide dans l'accomplissements de ces rêves qu'Il a lui-même suscité en nous.

  2. Vous êtes une dame impressionnante. Et dites moi, vous n'enseignez plus à l'université du tout? J'ai pris des élèves du CP1 ( 1ère année après la maternelle) pendant 5 mois dans l'école de ma mère. On attendait l'affectation d'un enseignant. Belle expérience! J'ai presque célébré l'arrivée de l'enseignant et quelques minutes après mon coeur se serrait de ne plus les revoir. Bravo vraiment!

    • Bonsoir Lidwine! J'ai décidé de faire une pause avec l'université pour vivre des expériences différentes. Je compte y retourner un jour in shaa Allah. Je comprends ce pincement au coeur, je le ressens les jours où je me retrouve avec d'autres enfants parce que ceux de la petite section me manquent aussitôt.