Ce n’est plus tant le fait de pleurer en lisant qui est surprenant. D’ailleurs c’est même un peu normal pour moi. Ce qui est surprenant, c’est de pleurer pour des personnages fictifs comme si on les connaissait personnellement. Comme s’il s’agissait d’un frère, d’une sœur, d’amis... Cette fois, c’est le deuxième roman de Mohamed Mbougar Sarr qui m’a lacéré la poitrine. Dans l’avion qui me ramenait à Abidjan, je me suis retrouvée en Sicile. Autour de moi, des morts, du sang, et un volcan en éruption. C’est l’Etna qui hurle du plus profond de ses entrailles, comme si elle voulait punir les habitants de la région. J’ai pleuré les morts, les viols, l’inhumanité qui peu à peu gagne notre monde. Mais peut-être faudrait-il que je vous explique un peu comment je me suis retrouvée dans ce tragique décor. 
 
J’ai emprunté « Silence du chœur » à Marie-Pierre à Méckhé. Je devais le lire raconte rapidement pour le lui rendre, mais c’est finalement dans l’avion que je l’ai terminé. Au début, j’avoue m’être demandé ce que Marie a autant aimé dans ce livre. J’avais vu de bonnes critiques en général sur « Terre ceinte », le premier roman de Mbougar Sarr. Mais j’avais du mal à entrer dans « Silence du choeur ». J’ai sûrement déjà dit ici que je ne suis pas une grande fan des descriptions. Mbougar lui, a le don de faire de grandes phrases, pleines de métaphores, pour dire des choses très simples. Ça séduirait sans doute des amateurs de poésie mais pour moi ça alourdissait le texte. J’ai commencé à accrocher lorsque j’ai perçu les différents angles de vue utilisés par Mbougar Sarr pour aborder le sujet de l’immigration. 
 
72 hommes venus de plusieurs pays d’Afrique, arrivent à Altino, une petite ville de la Sicile. Ils sont pris en charge par l’association Santa Marta, dirigée par Sabrina. L’association tente d’aider les migrants qu’on appelle « ragazzis » à Altino, à s’intégrer. Mais en face d’eux, un groupe d’hommes et de femmes est hostile à la présence des ragazzis. À leur tête, Mauricio Mangialepre. Pour lui, il n’est pas juste question de chasser les ragazzis. C’est surtout Sabrina qu’il veut faire souffrir. Les ragazzis quant à eux ont l’impression que personne ne veut réellement les aider. Ils sont installés dans des appartements et mangent grâce aux coupons alimentaires reçus de l’association. Mais ce n’est pas ce qu’ils recherchent. Ce n’est pas pour ça qu’ils ont quitté leurs proches, bravé la mort, pour se retrouver en Italie. Ils ont tous des histoires différentes, des raisons particulières qui les ont poussé à partir. Mais à présent, leur objectif est le même: avoir les papiers, trouver du travail et gagner de l’argent. Malheureusement, l’hostilité de certains habitants d’Altino et le long délai d’attente pour avoir les papiers créent de plus en plus de tension de tous les côtés, et le pire est à craindre. 
 
 
Avec «Silence du choeur », on se met dans les bottes de différentes personnes affectées par le phénomène de l’immigration clandestine. Il serait sans doute impossible de savoir exactement comment se sentent ceux qui traversent mers et déserts pour survivre, mais Mbougar propose un champ de réflexion. On peut s’interroger et essayer de comprendre, non seulement les immigrants, mais aussi ceux qui leur refusent souvent un refuge. 
 
La plupart des romans que j’ai lus sur l’immigration, ne mettent pas l’accent sur les raisons pour lesquelles certains occidentaux s’y opposent. Même si on serait prompts à les traiter d’inhumains, je me suis rendu compte avec « Silence du choeur » que ces personnes ont souvent peur des autres qu’ils ne connaissent pas. Ils craignent qu’ils ne leur ravissent ce qu’ils possèdent et cette peur se transforme parfois en haine. Ce n’est pas une excuse, mais les médias et quelques fauteurs de troubles comme Mauricio ici, sont en grande partie responsables de l’image négative que la plupart des occidentaux se font des immigrés. Malheureusement, toute cette hostilité peut produire l’irréparable si rien n’est fait.
 
Au milieu de toute cette négativité, il y a quand même de belles âmes qui travaillent d’arrache-pied pour construire un monde plus tolérant, accueillant, diversifié. Bénévoles, ONGs, Associations, etc. Certaines personnes font de leur mieux pour faciliter la vie des immigrants en Europe et leur travail est à saluer. Je vais m’arrêter là, quand bien même j’ai encore une tonne de choses à dire sur “Silence du choeur”. Sur ce prêtre aveugle amoureux de l’Afrique. Sur son meilleur ami, ancien poète célèbre qui a décidé de ne plus écrire. Sur la fille muette qui sent l’orange. Sur l’ex-ragazzi devenu interprète. Et sur tous les autres personnages de ce magnifique roman. 
 
Il y a quelques coquilles qui j’espère seront corrigées pour les prochaines éditions. Ne vous arrêtez pas aux premiers chapitres. Ne vous laissez pas freiner par la lourdeur du texte au début. Avancez, lisez jusqu’au bout, et dites-moi si Mbougar Sarr vous a autant touché que moi avec “Silence du choeur.” 

Les Chroniques De Tchonté

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