Comment réagiriez-vous si l'on vous annonçait que l'un de vos frères vous assassinera? Ou comment réagiriez vous si on vous dit que vous pourriez être le meurtrier?

 

Dans un Nigéria des années 80-90 qui prône le contrôle des naissances, Mr Agwu a décidé d'avoir une grande famille. Cinq garçons et une fille. Dans la ville d'Akure, il gère sa progéniture d'une main de fer pour s'assurer que chacun de ses enfants aient l'avenir dont il rêve pour eux. Lorsque sa banque le mute à Yola, les quatre premiers garçons, Ikenna, Boja, Obembe et Ben, décident de devenir pêcheurs. Chaque jour après les cours, ils se retrouvent avec quelques amis, au bord de la rivière interdite Omi-Ala. Leur mère occupée au magasin et avec ses deux derniers enfants n'y voit que du feu. Mais un jour, une voisine aperçoit les pêcheurs et les dénonce. De passage à Akure, leur père leur donne une correction à la hauteur des responsabilités de chacun. Ikenna étant l'aîné prend plus cher que les autres. Il estime ses frères responsables de son châtiment parce qu'il leur disait depuis bien longtemps qu'ils devaient arrêter de pêcher. Graduellement il installe des barrières entre eux. Ikenna devient insolent envers sa mère, se dispute avec ses frères pour des broutilles et passe parfois la nuit dehors. Mme Agwu presse ses enfants pour comprendre la métamorphose de leur aîné. C'est alors que la bombe tombe. Un jour après l'une de leurs excursions, Abulu le fou, leur a prédit qu'Ikenna sera tué par l'un de ses frères, par un pêcheur. Malgré tous leurs efforts pour oublier cet épisode, ils ne peuvent s'empêcher de se rappeler que des prédictions d'Abulu se sont réalisées par le passé.   

 

 

"Les pêcheurs" est conté avec la voix et la perception de Ben alors âgé de 9 ans. Comme avec "Petit Pays" de Gaël Faye ou encore "La vie devant soi" de Romain Gary, il y a quelque chose de touchant dans le regard innocent qui se pose sur ces faits dramatiques. Ben les raconte avec une telle simplicité qu'on se dit que certaines horreurs ne se sont pas vraiment produites. Chigozie Obioma a écrit "Les pêcheurs" en hommage à ses frères et soeurs, et en particulier deux d'entre eux qui aimaient se chamailler plus jeunes. Le récit a la particularité - que j'apprécie beaucoup - d'avoir quelques phrases en Igbo et en Yoruba qui sont ensuite traduites en anglais. À travers l'histoire des frères Agwu, c'est celle d'un Nigéria déchiré par les rivalités tribales, que Chigozie raconte. Et en y regardant de plus près c'est aussi l'histoire de bien d'autres pays Africains où les forces occidentales ont réussi à monter plusieurs peuples frères les uns contre les autres.

 

"Les pêcheurs" a des passages drôles, enfin surtout au début. On n'a pas de mal à imaginer la bonne ambiance qui régnait entre les frères. Si vous avez une famille nombreuse, certaines scènes vous seront surement familières. J'ai été touchée par la manière dont ils prenaient soin les uns des autres avant la prophétie d'Abulu. À plusieurs reprises et principalement pendant les troubles politiques qu'a connu le Nigéria dans les années 90, Ikenna était le protecteur, le leader vers lequel tous les autres se tournaient. Mais les choses ont changé et il craint désormais que l'un de ses petits frères lui ôte la vie. "Les pêcheurs" est l'exemple même d'une prophétie auto-réalisatrice. Lorsqu'on qu'on croit fortement à une prédiction, il y a de fortes chances qu'on se comporte de sorte à ce qu'elle se réalise. Lorsqu'on croit qu'il n'y a pas d'espoir pour relever notre pays, on ne fait pas d'efforts dans ce sens et il finit comme on l'avait prédit par s'écrouler.

  

"Les pêcheurs" est l'une de mes plus belles lectures de cette année, même si je ne comprenais pas tous les mots écrits en anglais. Il m'a même arraché quelques larmes. Alors et vous? Que feriez-vous si on vous annonçait que vous seriez tué par l'un de vos frères ?

 

"The fishermen" by Chigozie Obioma



How would you react if you were told that one of your brothers would murder you? Or how would you react if you are told that you could be the murderer?

 

In 80-90s, while birth control was advocated in Nigeria, Mr. Agwu decided to have a big family. Five boys and one girl. In the city of Akure, he manages his offspring with an iron fist to ensure that each of his children have the future he dreams for them. When his bank transfers him to Yola, his sons, Ikenna, Boja, Obembe and Ben, decide to become fishermen. Every day after class, they meet up with some of their friends at the forbidden Omi-Ala River. Their mother being busy at her shop and with the last two children, doesn't notice anything. But one day, a neighbor sees the fishermen and denounces them. While visiting them in Akure, their father flogs each of them at the height of their responsibilities. Ikenna being the eldest takes more than others. He blames his brothers for his punishment as he told them before that they had to stop fishing. He gradually installs barriers between them. Ikenna becomes insolent towards his mother, argues with his brothers at any occasion and spends some nights outside. Mrs. Agwu pressures her children to understand the metamorphosis of their elder. That's when the bomb falls. One day after one of their excursions, Abulu the madman predicted that Ikenna would be killed by one of his brothers, by a fisherman. Despite all their efforts to forget this episode, they cannot help but remember that Abulu's predictions came true in the past.

 

 

« The Fishermen » is told with the voice and perception of Ben, who was 9 years old at the time. As with Gaël Faye's « Small country » or Romain Gary's « The life before us » there is something touching about the innocent look that arises on these dramatic events. Ben tells them with such simplicity that it’s hard to believe some of those horrors actually happened. Chigozie Obioma wrote "The Fishermen" in tribute to his brothers and sisters, and especially two of them who loved to argue when they were younger. The story has the particularity - which I appreciate very much - of having some sentences in Igbo and Yoruba which are then translated into English. Through the story of the Agwu brothers, it is that of a Nigeria torn apart by tribal rivalries, that Chigozie recounts. And if we look closer, it’s also the story of many other African countries where Western forces have managed to turn people against each other.

 

Some parts of « The Fishermen » are funny, especially at the beginning. It is easy to imagine the nice ambiance that prevailed among the brothers. If you have a large family, some scenes will surely be familiar to you. I was touched by the way they cared for each other before the prophecy of Abulu. On several occasions, and especially during the political unrest experienced by Nigeria in the 1990s, Ikenna was the protector, the leader to whom everyone else looked at. But things have changed and he is now afraid that one of his younger brothers will take his life. « The Fishermen »  is the epitome of a self-fulfilling prophecy. When we strongly believe in a prediction, there is a good chance that we start behaving in a way that will make it comes true. When we believe that there is no hope for our country, we don’t make any effort in this direction and it ends up failing as we initially predicted.

  

« The fishermen » is one of my best reads of this year, and I even got some tears. What about you? What would you do if you were told that you will be killed by one of your brothers?

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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