Chaque mois, depuis février, je rencontre des passionnés de lecture pour lire, discuter, et manger. À chaque rendez-vous, nous partageons des passages du livre à l’honneur qui nous ont marqués, nous en discutons pour avoir l’avis de tous, avant de terminer les échanges autour d’un plat et de choisir le prochain livre. 

Ce Samedi 26 Mai, nous étions réunis autour de “Vie et enseignement de Tierno Bokar: Le sage de Bandiagara”. C’est surtout pour le mois de Ramadan que nous l’avons choisi, parce que la majorité des membres du groupe sont musulmans et ça nous donnait un alibi pour rompre le jeûne  ensemble. 

Si l’on se réfère au récit d’Amadou Hampâté Bâ, Tierno Bokar était l’humilité faite homme. Il faisait partie de la famille du conquérant et chef spirituel El Hadj Omar Tall. Et à Bandiagara, au Mali, Tierno Bokar s’est illustré comme l’un des plus grands maîtres coraniques. On retrouve dans ce livre sa vie, sa parole, et son enseignement. Dans la première partie, Hampâté Bâ nous retrace les origines et l’existence de ce Cheikh de la confrérie soufie Tidjaniya. De la rencontre de ses parents à sa naissance, son évolution au plan spirituel, puis les attaques dont il sera victime avant sa mort. En deuxième partie, on découvre des propos recueillis directement auprès de Tierno Bokar, des leçons pour ses élèves mais aussi pour tous ceux qui auront l’occasion de lire ce livre. Enfin, dans la troisième partie, Hampâté Bâ s’est focalisé sur l’enseignement de base que Tierno Bokar donnait à ceux qui voulait apprendre l’islam. 


 



Même si j’ai tenté de le lire rapidement, “Vie et enseignement de Tierno Bokar” fait partie des livres qu’on doit prendre le temps de bien lire, sur lesquels on médite, et qu’on devrait garder à son chevet pour toujours y revenir. Au-delà de la vie même de Tierno Bokar qui m’a émue jusqu’aux larmes, certains de ses enseignements sont des rappels sur notre vie de musulman, de religieux, ou juste d’être humain. Tierno Bokar ne jugeait pas, peu importe que vous soyiez musulman ou d’une autre confession religieuse. Il allait jusqu’à dire, contre l’avis de certains de ses confrères, que Dieu aime les infidèles. Charité et amour étaient ses maîtres mots, et il a vécu ses derniers jours sans blâmer ses persécuteurs qui pourtant auraient mérité injures et malédictions. 

J’ai parfois eu du mal avec certains passages du livre, notamment en en apprenant plus sur les confréries. Je ne prétends absolument pas avoir tout compris mais par moments, j’ai eu l’impression que le culte de la personnalité prenait une place trop importante. Je ne comprenais pas le fait que certaines congrégations aillent jusqu’à prendre le nom d’un guide spirituel, comme c’est le cas avec Cheikh Ahmed Tidjani pour la Tidjaniya, Cheikh Chérif Hamallah pour les Hamallistes, etc. Notons que les Hamallistes sont des membres de la confrérie Tidjani qui ont juste décidé de réciter une prière particulière d’une certaine manière quand les autres insistaient pour qu’elle soit faite d’une autre. Ça a justement été le point de désaccord entre Tierno Bokar et les autres membres de la grande famille Tall. 

De plus, parmi les commandements (non obligatoires) de tout adepte Tidjani, Hampâté Bâ mentionne qu’il faut « pendant la récitation (des oraisons), se concentrer et essayer de visualiser en esprit l’image du Cheikh ou, mieux, celle du prophète (sur lui la paix et le salut !) si on les a vus en rêve ou si l’on en a vu une représentation. » 

Ce genre de passages me mettaient mal à l’aise du fait non seulement que le prophète (paix et bénédiction d’Allah soit sur lui) lui-même n’avait pas créé un ordre en son nom propre, mais aussi parce que ces différences finalement ont créé des frictions entre frères musulmans. Certes, ces guides religieux n’ont peut être pas forcément voulu devenir de telles icônes. Certains à l’instar de Tierno Bokar ont peut-être tenu à demeurer humbles, presqu’effacés même. Mais le fait que leurs adeptes semblent les mettre plus en avant, parfois au détriment des enseignements islamiques, m’a posé un problème. Avant que les membres de certaines confréries ne commencent à me jeter au bûcher, j’aimerais vraiment qu’ils m’expliquent l’importance de suivre tel guide plutôt qu’un autre alors que tous devraient appeler à la foi en un Dieu unique et en tous ses prophètes. Le plus important ne devrait-il pas être de suivre le Coran et les enseignements du prophète Muhammad (que la paix et la bénédiction d’Allah soit sur lui)? C’est un sujet que je n’ai pas pu aborder pendant notre rencontre ce samedi, mais j’aimerais bien avoir l’avis de musulmans ayant lu « Vie et enseignement de Tierno Bokar: le sage de Bandiagara » ou ayant une connaissance sur les confréries en islam. 


 

Pour une histoire d’orgueil, des frères d’une même confrérie religieuse et d’une même famille, ont rejeté l’un des leurs. Si Tierno appelait constamment au pardon et à la tolérance, il n’en demeure pas moins que j’ai été déçue de voir à quel point notre orgueil pouvait parfois prendre le pas sur des questions beaucoup plus importantes, d’ordre religieux ou fraternel. C’est d’ailleurs aussi une leçon pour toutes ces fois où nous nous brouillons avec des membres de notre famille, juste pour satisfaire notre égo. “Vie et enseignement de Tierno Bokar” nous donne l’occasion d’en savoir plus sur la Tidjaniya, l’une des confréries musulmanes qui appellent les hommes à se rapprocher encore plus de Dieu. Je l’avoue, certaines zones sont encore floues pour moi, mais j’ai enfin pu comprendre pas mal de choses qu’un ami Tidjani tentait de m‘expliquer. 

Si vous êtes curieux par rapport à l’islam et ses enseignements, c’est un livre que je vous recommande absolument. Tierno Bokar n’était pas juste un musulman, un soufi ou même un Tidjani, c’était surtout un être humain qui aimait toutes les créatures de Dieu et qui même dans la souffrance, priait pour ses ennemis. Un exemple de vie, pour nous tous. Amadou Hampâté Bâ voulait conserver et transmettre nos traditions orales et les enseignements de certains sages comme son guide spirituel. Plusieurs générations d’hommes et de femmes lui seront reconnaissantes pour son travail.

Les Chroniques De Tchonté

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