Assise en train de dévorer mon plat d’alloco au poulet, j’observe le monde autour de moi. Mon frère vient d’épouser une jeune femme Bété. Il y a quelques années, j’aurais cru un tel mariage impossible dans ma famille. Les crises politiques du pays opposaient très souvent, et opposent aujourd’hui encore les Sénoufo et les Bété. Avec les tendances politiques des miens, je n’imaginais vraiment pas que l’un de mes frères épouserait une femme du peuple Bété. Ce ne sont pas juste un homme et une femme qui se sont unis. Ce sont deux grandes familles et leurs amis qui ont dansé harmonieusement tantôt du gbébé, tantôt au rythme du balafon.

 

J’encourage les gens qui s’aiment à se marier. Dieu seul sait à quel point j’ai emmerdé mon frère sur le sujet. Mais moi euh… L’un de mes amis m’a dit que je prétends ne pas être pressée de me marier, mais en même temps je parle beaucoup de mariage dernièrement. Le mariage et moi c’est une longue histoire complexe. Petite, je rêvais de me marier à 20 ans. En grandissant j’ai développé une légère gamophobie. Peu de mariages et peu de couples autour de moi me donnent envie de me lancer dans cette aventure. Je ne parle pas seulement des gens qui divorcent ou se disputent 24h/24. Au delà même de l’infidélité chronique de certains hommes, j’ai surtout peur d’être moins libre. Je crains que le mariage devienne un poids qui m’empêche d’être moi à 100%. Je crains de perdre tous mes précieux moments de solitude et de devoir « tout » faire en fonction de mon mari. Je crains qu’avec le mariage, je doive renoncer à mon identité d’individu pour revêtir celle du couple. 

 

L’une de mes amies m’a fait comprendre que le plus important est de trouver la personne qui nous donnera envie d’affronter les doutes et les difficultés de la vie à deux. Le mariage fait peur, mais avec le bon ou la bonne, on devrait trouver les armes pour surmonter cette peur. J’ai dansé pour rattraper toutes les fêtes que j’ai raté pendant mes études à l’étranger. Mais j’ai surtout dansé parce que j’étais heureuse de réaliser que l’une des personnes que j’aime le plus au monde a trouvé une femme qui le comble de bonheur. Quand il me parle de sa femme, de son envie de l’aider à s’épanouir dans tous les domaines, je me dis que ces deux là pourraient bien me redonner espoir en l’institution du mariage. 

 

À la base je voulais écrire sur la tradition du mariage en pays Bété. Je voulais dire que les parents du marié doivent déléguer un représentant pour parler en leur nom. Qu’on ne peut pas faire les démarches de la dot quand la femme est enceinte. Que l’on doit attendre après l’accouchement pour sceller l’union. Je voulais vous dire que l’on envoie plusieurs jeunes filles couvertes d’un pagne pour que le jeune fiancé identifie sa bien-aimée. Que les proches et les amies de la jeune fiancée en profitent pour racketter la belle famille dans la bonne humeur. Je voulais vous parler des différentes tenues traditionnelles que portent les mariés. Je voulais préciser qu’un mariage de Sénoufo qui se respecte a toujours un groupe de balafonistes. 

 

Finalement je vais me contenter de vous dire que la fête était belle. Que le mariage me fait peur mais que Martin et Julie me font espérer. J’ai souvent entendu dire que comme tu traites ton épouse, on traitera tes soeurs ou tes filles. Du coup je garde l’oeil sur mon grand frère. Pour ma belle-soeur, qu’elle continue d’être elle même avant d’être sienne. Que Dieu leur accorde de belles années avec plus de hauts que de bas. Et que cet amour qui dépasse les clivages ethniques et politiques en inspire plus d’un. 

 

 

When Senufo meets Bété


Sitting, devouring my dish of alloco (fried plantain) and chicken, I look at the people around me. My brother just got married with a young Bété woman. Few years ago, I would have thought such marriage impossible in my family. The political crises in the country often opposed, and still oppose, the Senufo and Bete people. With the political tendencies of my relatives, I didn't really imagine that one of my brothers would marry a woman from the Bete people. It’s not just a man and a woman who united. It’s too great families and their friends who danced harmoniously sometimes gbégbé, and other times at the rhythm of the balafon.

 

I encourage people who love each other to get married. Only God knows how much I have annoyed my brother on the subject. But me ah ... One of my friends told me that I pretend to not be in a hurry to get married, but at the same time I talk a lot about marriage lately. Marriage and I have a long and complex history. As a child, I dreamed about getting married at 20. Growing up I developed a slight gamophobia. Few marriages and few couples around me make me want to embark on this adventure. I'm not just talking about people divorcing or arguing 24/7. Beyond the chronic infidelity of certain men, I am especially afraid of being less free. I fear that marriage becomes a burden that prevents me from being 100% me. I am afraid of losing all my precious moments of solitude and of having to do « everything » according to my husband. I am afraid that with marriage, I must renounce to my identity as an individual to take on that of the couple.

 

One of my friends made me understand that the most important thing is to find the person who will make us want to face the doubts and the difficulties of couple life. Marriage is scary, but with The One, we should find the weapons to overcome this fear. I danced to catch up with all the festivities I missed while studying abroad. But I especially danced because I was happy to realize that one of the people I love most in the world has found a woman who fills him with happiness. When he tells me about his wife, his desire to help her to flourish in every domain, I think that these two might well give me hope in the institution of marriage.

 

I initially wanted to write about the tradition of marriage in Bété country. I wanted to say that the groom's parents must delegate a representative to speak on their behalf. That we cannot do the dowry when the woman is pregnant. That one must wait after the woman delivers to seal the union. I wanted to tell you that they send several young girls covered with a loincloth so that the young fiancé identifies his beloved. The relatives and girlfriends of the young fiancée take advantage to racket the family in law in a friendly atmosphere. I wanted to tell you about the different traditional outfits that the bride and groom wear. I wanted to make it clear that a self-respecting Senufo marriage always has a group of balafonists.

 

Finally I'll just tell you that the party was beautiful. Marriage frightens me but Martin and Julie give me hope. I have often heard that as you treat your wife, your sisters or your daughters will be treated. So I keep an eye on my older brother. For my sister-in-law, she should continue to be herself before being his. May God give them beautiful years with more ups than downs. And should this love that goes beyond the ethnic and political cleavages inspires more than one.

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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