Photo de Sthefan Agnini 

"Le rêve c'est bien, concrétiser c'est mieux". Abass Zein est médecin depuis plus de 20 ans mais ce n'est pas de ça qu'il avait envie de nous parler le Samedi 20 Janvier 2018. Nous sommes au Centre Jean-Baptiste Mockey à Grand Bassam, mais ses mots nous ramènent de nombreuses années en arrière à Treichville. Abasse y vit avec sa famille. Après son cursus primaire dans sa commune, il fréquente désormais le Collège Moderne du Plateau. A l'époque c'est le bonheur, comme s'il venait de gravir un echelon social. Il est en 6e 4 et son anniversaire est le 23 Décembre. Ses parents ont décidé de lui organiser une fête. Heureux, il invite tous ses camarades de classe. Le jour J, il attend. De 17h à 23h, personne ne pointe le nez. Pour les autres il n'est ni noir, ni assez blanc. Le jeune élève d'origine Libanaise est né et a grandi à Abidjan mais ce jour là, il s'est senti étranger, différent, exclu. Aujourd'hui, il est médecin mais également metteur en scène et producteur. C'est à lui que l'on doit le film le Mec Idéal que j'avais beaucoup apprécié.  Aujourd'hui sa couleur de peau, ses origines, ne l'empêchent plus de rassembler du monde. Il a franchi ces limites et nous invite à nous aussi aller au delà de ces choses qui nous différencient.

 

Antoinette Botti est sans aucun doute très bien placée pour parler de brassage de cultures. De Daloa à la Norvège, en passant par un court séjour en France, Antoinette Botti a réussit à faire connaître et aimer la boisson Ivoirienne "gnamakoudji" aux Norvégiens. Sur la scène du Tedx Grand-Bassam, je la sens qui titube un peu sur les mots. Je suppose intérieurement qu'elle a désormais un peu de mal avec le français. Cela ne l'empêche pas de nous transmettre sa passion, sa rage de conquérir. Elle nous raconte ses débuts, comment elle a conçut les premiers jus dans sa cuisine. Les essais pour faire goûter le gmamakoudji aux Norwégiens, les retours positifs, les premières commandes, la recherche difficile d'une usine de production et le succès. Aujourd'hui elle souhaite aider les femmes de chez elle à être autonomes. Elle travaille avec des femmes de Zomadré pour la culture du gingembre. Antoinette Botti a toujours été une brillante élève. Lorsqu'elle est passée de son Zomadré natal à la France, le but était de devenir infirmière. Le manque qu'elle ressentait dans ce pays l'a amenée à appliquer pour aller vers d'autres cieux. Mais les trois pays qu'elle envisageait lui ont tous refusé le visa. Son destin se trouvait dans ce pays de 5 million d'habitants dont elle ne parlait même pas la langue. Antoinette Botti a réussi à briser les barrières culturelles et à faire connaître sa marque Ging dans toute la Norvège.

 

Les speakers de la seconde édition de Tedx Grand-Bassam ont partagé leurs échecs, leurs succès, leurs limites, et ce qui les pousse à se dépasser. Quand votre amie d'enfance âgée de 21 ans vous annonce qu'elle à le VIH SIDA, vous ne savez pas comment réagir. Et cela quand bien même à 22 ans, vous êtes étudiant en medecine. En 1989, être porteur du virus du Sida était synonyme de mort. Les médicaments n'étaient pas aussi accessibles qu'aujourd'hui et le malade ne recevait pas beaucoup de soutien. La religion moralise, le VIH est la maladie du péché du sexe. La société culpabilise, vous l'avez sans doute bien cherché. Les proches ne comprennent pas et craignent la contamination. Jean Marie Masumbuko est chirurgien pédiatre de formation mais aujourd'hui très engagé dans la prise en charge clinique, psychosociale et communautaire des personnes vivant avec le VIH. Son expérience avec son amie l'a amené à s'intéresser un peu plus aux personnes victimes non seulement de la maladie, mais aussi des barrières que créé  l'ignorance sur cette dernière. Il va au delà des différences, des statuts sociaux, du métier des travailleuses du sexe, de la maladie, et tente d'aider le maximum de personnes.
 

 


 

"Si mon histoire devait avoir un titre, ce serait de la rue à la médaille." Assane Coulibaly est le fondateur du groupe "Police secours" sur Facebook. Son partage est sans aucun doute celui qui m'a le plus émue. Orphelin de père et de mère, c'est sous un pont à Treichville qu'il dormait. Il a été témoin de plusieurs crimes. Il se rappelle cette adolescente fraîchement violée et son aggresseur sur ses talons lui scandant qu'il l'a bien eue. En la voyant si démunie, il se rappelle avoir pensé que sa place n'était pas dans la rue. Sa rencontre plus tard avec le groupe de rap MAM, l'aidera à apprendre le métier de Cameraman. Il avait enfin de quoi bien gagner sa vie mais ce n'était pas assez. Il voulait contribuer à la sécurité des Ivoiriens. Il a commencé par relayer des informations sur son compte Facebook personnel, puis à recevoir des sollicitations de certaines personnes en termes de sécurité. Il a créé "Police Secours" en Septembre 2015 pour relayer les informations que partagent les membres avec les forces de l'ordre. J'ai eu la larme aux yeux lorsqu'il a raconté l'histoire de Maeva, une jeune collégienne qui était portée disparue par sa mère. Les recherches les ont amené à découvrir que Maeva vivait dans des conditions précaires et avait perdu son rang de première de classe. Ayant plus de difficultés à étudier avec la séparation de ses parents et son démenagement avec sa mère, elle s'était réfugiée à l'école. Grâce au relais du groupe "Police Secours", Maeva a obtenu une bourse présidentielle pour la suite de ses études. Assane a compris que nous sommes tous responsables les uns des autres et que nous pouvons tous aider quelqu'un grâce au pouvoir des réseaux sociaux. Aujourd'hui Police Secours compte plus de 230 000 membres et chaque jour, des vies sont mises hors de danger.

 

Pour dépasser nos limites, nous devons changer de mentalités. Nous ne pouvons pas passer notre temps à dépendre des autres, à nous endetter. Nous ne pouvons pas continuer à utiliser les mêmes méthodes de travail que par le passé et espérer un changement. Maurice Koué, a plus d'une corde à son arc mais est surtout un spécialiste en Promotion de l'Esprit et de la culture d'Entreprise. Si sa prononciation accentuée de certains "r" et certaines de ses allusions nous faisaient parfois rigoler, son message n'en était pas moins sérieux. Celui qui vit par la chance n'a pas de chance, il faut se mettre au travail et arrêter de répéter les erreurs du passé si nous voulons développer nos pays. J'ai reçu son livre "Comment gérer son argent pour éviter de s'endetter". J'espère vous en parler très bientôt in shaa Allah.

 

Choisissons l'amour. Face aux obstacles, aux atrocités de ce monde, choisissons l'amour. Aux lendemain des attentats de Grand-Bassam puis de Bruxelles, Dorothy Oger a écrit le poème "For love" pour nous inviter à répondre à la haine par l'amour pour construire un monde de paix.

 

 

 

C'est sans aucun doute l'amour qui a aidé Patricia Zoundi à poursuivre son rêve fou de nourrir l'Afrique. Entrepreneur dès l'âge de 21 ans, elle a tout perdu quelques années plus tard alors qu'elle avait connu un énorme succès. Ruinée, endettée, elle avait peur de retenter quoi que ce soit. Les nombreux livres qu'elle lisait sur le developpement personnel et la motivation ne lui étaient d'aucun secours. En rangeant ses affaires, elle est tombée sur une photo d'elle-même que sa mère l'a encouragée à faire. Une photo pour lui rappeler à quel point elle était belle et forte. Une photo qui l'a amenée à faire fi du regard des autres et de tous les obstacles, pour reprendre son destin en main. Bien qu'étant décédée, sa mère l'a aidé à briser les limites de la peur que les plus grands auteurs du monde n'ont pas pu faire tomber. Désormais, c'est pour l'amour et le sourire des femmes rurales qu'elle est à pied d'oeuvre dans le monde de l'agriculture. Patricia Zoundi veut nourrir l'Afrique et le mot "limite" ne fait plus partie de son dictionnaire.

 

Pour Nabou Fall, les mots ont le pouvoir de guérir et d'inspirer profondément. Avec sa plateforme média Naboulove, aujourd'hui devenu un magazine, elle traite de sujets sensibles touchant spécialement les femmes. Ingénieure en informatique, diplômée en gestion et en finance, ex-directrice de Marketing, entrepreneur, écrivain... le plus important pour Nabou Fall est d'être soi-même. D'être en accord avec nos valeurs et la personne que nous souhaitons être. Faisons des choses que nous n'avons jamais faites, développons nos passions, affrontons nos peurs, et osons être nous-mêmes.

 

Nos limites peuvent être physiques ou psychologiques. Peu importe la forme qu'elles prennent, nous avons souvent besoin des autres pour arriver à les franchir. Contrairement à ce qu'on nous a toujours dit à l'école, le Mont Nimba ne fait pas 1953 mètres mais plutôt 1959 mètres. J'en suis sûre parce que Myriam Caris, Krys Closran et leurs compagnons, sont allés au delà des livres de géographie et ont gravi le plus haut sommet de la Côte d'Ivoire. Ils ne s'attendaient pas à la jungle, aux fourmis Magnans, aux piqures de bestioles inconnues. Pendant la montée, le moral est souvent descendu. À court d'eau, l'équipe était sur le point d'abandonner mais c'est justement le fait d'être en équipe qui leur a permis de surmonter tous les obstacles. Tout comme ils n'étaient pas préparés aux ennuis du voyage, ils ne savaient pas non plus à quel point cette aventure serait gratifiante. La resplendissante savane juste après la jungle, un magnifique lever de soleil, l'apparition d'un crapeaud très rare, les sourires des habitants du village de Yapleu au pied de la montagne, et surtout la Joie d'avoir atteint le sommet. Chacun de ces moments ont contribué à rendre l'expérience inoubliable.

 


 

Nous avons tous nos Mont Nimba personnels, des limites, des peurs, des obstacles, mais nous pouvons arriver à les surmonter. En y arrivant, n'oublions pas de tenir la main d'une autre personne, parce que c'est ensemble, que nous serons effectivement sans limites.

 


Photos by Tedx Grand-Bassam

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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