Ce n’est pas fortuitement que “Une si longue lettre” est considéré comme un classique de la littérature Africaine. Je l’ai étudié en classe de 3ème mais je n’en gardais qu’un vague souvenir. Celui d’une amie trompée qui écrit à sa meilleure amie pour lui rappeler et raconter leurs tourments de femmes en terre sénégalaise, musulmane, africaine. Dix ans plus tard, je le relis avec d’autres yeux, d’autres lectures, d’autres observations et d’autres expériences. Mon cœur bondit dans ma poitrine à chaque page. Tristesse, déception, colère, inquiétude, joie, espoir. Mariama Bâ présente différents profils de femmes et l’évolution de leur société. Qu’elles décident de partir ou de rester face à la trahison de leur époux, ces femmes et leurs histoires sont le reflet du quotidien de bon nombre de femmes autour de nous. 
 
Ramatoulaye est veuve, mais avant, elle a été abandonnée par son époux Modou Fall. Il lui a préféré la meilleure amie de sa fille Daba. Face aux lamentations de sa mère, Binetou a fini par sacrifier sa jeunesse pour plus de confort. Mais en échange, elle n’a laissé aucun répit à Modou. Modou Fall, au mépris de ses promesses d’amour d’antan a abandonné son épouse et ses douze enfants pour tenter de vivre une seconde jeunesse. 
 
Dans sa lettre, Ramatoulaye évoque aussi la trahison de Mawdo Bâ, époux d’Aïssatou et meilleur ami de Modou. La mère de Mawdo n’a jamais accepté que son fils, prince Toucouleur, épouse une bijoutière. Elle a donc tout mis en œuvre pour qu’il prenne une seconde épouse de son choix. Aïssatou est partie. Ramatoulaye est restée. Les deux femmes ont fait des choix différents mais leur amitié s’est révélée plus fidèle que l’amour, et surtout sans jugement. 
 
La société sénégalaise change au fil du temps. Les filles réclament plus de liberté et s’habillent en pantalon. Certaines vont jusqu’à fumer. Ramatoulaye est aux prises avec les soucis habituels d’une mère. La modernité semble s’installer avec des vices et pour une femme seule, c’est encore plus difficile de gérer sa marmaille. Mais elle tient bon. Même si la vie de foyer lui tenait à cœur, elle ne se jette pas vers le premier prétendant venu. Elle prend son temps sans avoir fermé son cœur à l’amour.
 

 

Mariama Bâ
 
Comme Mireille dans “Un chant écarlate", Ramatoulaye a épousé un homme que ses parents n’approuvaient pas. Comme Mireille, elle a été trahie. Je me demande si l’auteur voulait ainsi montrer l’importance de l’approbation parentale dans le mariage. Il n’empêche qu’à chaque fois le refus des parents n’était pas justifié. Du moins pour des jeunes amoureux prônant une ouverture d’esprit. 
 
Dans “Une si longue lettre”, Mariama Bâ touche également à la place de la femme dans l’arène politique. Il y a eu quelques améliorations aujourd’hui mais on n’en est toujours pas à un équilibre. On ne peut toutefois pas se contenter de fustiger les hommes parce qu’ils occupent plus de postes de décisions lorsque les femmes elles-mêmes rechignent à s’engager. 
 
On connaît tous au moins une femme qui a vécu des expériences similaires à celles présentées dans “Une si longue lettre.” Aujourd’hui des femmes à l’image de Daba, réclament leur droit à vivre selon leurs désirs sans restrictions du fait de leur genre. Elles ne veulent plus de ces foyers où l’on exige toujours plus de sacrifices de la part de la femme, et ce même quand l’homme n’assure pas ses devoirs. 
 
Bien évidemment j’ai eu une préférence pour le choix d’Aïssatou, mais l’exemple de Ramatoulaye m’amène à être moins intransigeante avec le choix de celles qui acceptent de subir. Certaines femmes ne s’imaginent pas vivre sans compagnons, quand bien même leur époux ne l’est plus que de nom. Qui suis-je pour les juger ? Ça m’attriste de savoir que certaines acceptent de souffrir par égard aux “qu’en dira-t-on”. Ou en espérant que l’homme volage finisse par revenir à la raison. La société pèse de tout son poids dans les prises de décisions de chacun et c’est difficile de comprendre certains choix. On peut ne pas les approuver, mais au final ce sont justement leurs choix, leurs vies. 
 

 
J’espère de tout cœur ne jamais avoir à écrire une si longue lettre. Mais je vous recommande vivement de lire celle de Ramatoulaye à Aïssatou. Mariama Bâ avait une sacrée plume et c’est bien dommage qu’elle soit partie si tôt.  « Une si longue lettre » m’a inspirée les mots suivants...
Stay 
 

You stay. They say you should not leave at the first problem. But in reality, they mean you should never go at all. You value is linked to your married woman status. Endure. Wait. Be patient. It doesn’t matter if he comes home late. It doesn’t matter if he doesn’t come at all. Think about the children. Think about all those years of mariage. Where will you go?  Who will marry you? Are you just gonna let another one reap the fruits of your years of sacrifices ? Don’t go. Stay. Sometimes after years of errand, the man comes back. Sometimes, you never see him again. You don’t know what would happen but wait. You need to be a good wife and a good wife is a patient one. What about his duties as a husband? As a father ? What about his promises to love you until death sets you apart? Why don’t they tell him he should not cheat ? That he should respect you, your union? Your family? Why should you always be the one making sacrifices, being patient? Don’t you have a bleeding heart too? Are you not a human being that can’t sleep while you’re hurt. Nope. As a woman you are built to endure, to wait, to be patient. So don’t go, wait until he comes back from his errands, if he ever does so. 

Les Chroniques De Tchonté

Young African woman addicted to God, Books, Ice Cream, Travels, Writing and much more. I want to transform the education system in Cote d'Ivoire. Isn't that great or crazy? Fotamanan (Welcome in Senoufo) to my world. Take a seat!

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