Je danse

Credit photo : The ghost pour Body Acceptance


La fête bat son plein. Cela fait plus d’une heure que je danse au son des tambours. Je suis tellement heureuse que j’ai l’impression que mon cœur va exploser. Aujourd’hui je pars. Je quitte la maison de mon enfance pour celle de ma vie d’adulte, de femme mariée. J’ai épousé l’homme que j’aime. Je danse et je repense à ces années derrière nous. J’avais fini par croire que ce jour n’arriverait jamais. Nous étions jeunes et pleins de fougue. Il y avait des disputes, des incompréhensions, des pauses. Pourtant aujourd’hui nous nous sommes dit oui, devant Dieu et devant les hommes.

Je ne sens plus mes pieds. Cela fait peut être plus de deux heures que je danse. Le rythme s’accélère et je m’efforce de suivre la cadence. Les griottes chantent mon nom et les louanges de ma famille. Elles décrivent la bravoure de la lignée de mon époux. Je reçois quelques billets de banque. Je distribue des sourires. Autour de moi, des visages familiers, des sourires francs. Mes amies, mes sœurs, mes tantes, mes mères. Certaines m’accompagnent avec des pas de danse. D’autres battent des mains. Mon époux et les autres hommes sont partis depuis belle lurette. Maintenant c’est une histoire de femmes.  

Je suis fatiguée mais je garde le sourire. Je peux encore tenir le rythme pendant quelques minutes. Les joueurs de tam-tam frappent leurs instruments au rythme de mon cœur. Ou est-ce mon cœur qui s’accorde à leur tempo ? Dans quelques heures, in shaa Allah, on me conduira dans ma nouvelle demeure. Une larme s’écrase sur ma main sans crier gare. Personne n’a rien vu et mon maquillage est waterproof. Je pense à papa. Mon papa. Celui qui m’a toujours couvée. Je réalise que je ne suis plus un enfant. Que je ne pourrai plus courir vers lui au moindre bobo. Je suis une adulte qui s’apprête à construire son propre foyer. J’aurai toujours l’occasion de manger les mets de maman mais plus au quotidien.


Je danse et mes souvenirs me ramènent vers les merveilleux moments que j’ai passés ici. A courir avec mes frères et sœurs, à jouer à cache cache. Je sais que la porte me sera toujours ouverte mais en quelque sorte ce n’est plus chez moi. Je pars vers un inconnu dont seul Allah connaît ce qu’Il me réserve. Je pars avec un petit pincement au cœur et beaucoup de nostalgie mais je pars heureuse en sachant que je rejoindrai celui que j’ai toujours voulu. Celui qui semble avoir été conçu spécialement pour moi. Ce soir, nous serons ensemble. En attendant, je danse, je danse, je danse. 

Hier, j’étais au mariage d’une amie et j’ai eu envie d’écrire ce texte en l’observant danser. ❤️

Publié par

Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

6 commentaires sur « Je danse »

  1. Très beau texte et ça me fait penser à moi qui m’apprête à vivre ça bientôt juste dans quelques mois ❤ merci Allah fortifie ta plume

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  2. C’est tout simplement beau!
    En lisant je me souviens des mariages de mes sœurs à Abidjan précisement à Abobo. C’est pareil, tout ce qui est dit ici c’est ce qu’on constate lors de ces mariages coutumiers.

    Qu’Allah facilite le mariage à tous!

    J’ai hâte de voir pour toi, j’espere je serai invité.

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