Ces doutes qui ne me quittent pas.

Photo de Charles Levy

Qui suis-je ? Qui suis-je moi pour prétendre à toutes ces choses que je chante sur tous les toits ? Qui suis-je moi pour enfourcher le cheval de bataille que j’ai choisi ? Je doute. À chaque occasion. A chaque nouvelle opportunité. A chaque nouveau projet. Il y a deux occasions en particulier où je ne pense pas avoir beaucoup hésité avant de me lancer. Quand j’ai créé mon tout premier blog « Méli-mélo d’une intello » et quand j’ai commencé les travaux pour le Centre Eulis. Pourquoi est-ce que ces fois là ont été différentes ? Peut-être parce qu’il y avait moins de pression. 

Quand j’ai lancé mon tout premier blog, j’étais en première année à l’Université Internationale de Grand-Bassam. La majorité des personnes qui me connaissaient m’avaient côtoyée à l’école, à l’église ou dans un tout autre cadre de la vie réelle. Je n’avais pas particulièrement d’attentes et les autres n’en avaient pas vraiment pour moi. Je voulais écrire et partager mes écrits. Aussi simple que cela. En écrivant ces lignes, je me rends compte que l’anonymat me manque d’une certaine manière. De pouvoir partager des choses qui me plaisent sans avoir à me justifier. De pouvoir me taire face à tel ou tel sujet d’actualité sans qu’on ne m’en tienne rigueur. De pouvoir juste agir à ma guise sans qu’on ne balance l’idée du « tu es un influenceur ». Je sais, avec la popularité, viennent de grandes responsabilités. Mais qu’est-ce que j’aimerais bien m’en défaire un tout petit peu ! 

Quand j’ouvrais le Centre Eulis, j’avais réussi à avoir une certaine audience, mais elle était encore moindre par rapport à aujourd’hui. Et puis, c’était une nouvelle idée que je trouvais finalement un peu banale quand bien même elle était chère à mon coeur. C’est l’engouement suscité autour qui m’a montré que ce n’était pas si insignifiant d’ouvrir un espace de lecture et encore moins à Yopougon. Ce que je considérais comme quelque chose d’ordinaire, de petit projet, a finalement eu une plus grande portée et tout le monde attend maintenant ce que sera la prochaine étape.

J’ai toujours douté. Au cas où je ne vous l’ai pas suffisamment dit, je souffre du syndrome de l’imposteur. Mais c’est encore plus dur quand le monde entier semble avoir les yeux braqués sur vous. Pendant cette période sombre de coronavirus, j’avoue que j’aurais préféré rester dans mon lit, à lire, écrire, manger et faire des séances de sport. J’aurais voulu me mettre en pause, exactement comme le monde entier semble l’être en ce moment. Mais on me demande. Qu’est-ce que tu comptes faire pour l’éducation ? Qu’est-ce que vous faites pour les enfants ? Comment est-ce que tu revois ta stratégie ? Je sais que c’est lâche de vouloir me terrer alors que le monde a besoin des efforts de chacun d’entre nous, mais parfois la charge est lourde à porter et on a juste envie de ne s’occuper que de soi. Oui oui, ça arrive. Même quand on est dans le social. 

Je doute parce qu’aujourd’hui, le monde a pris une nouvelle trajectoire. This too shall pass. Maybe. Hopefully. In shaa Allah. Mais en attendant, personne ne sait quand est-ce que les choses reviendront à la normale, même si elles ne seront peut-être plus jamais les mêmes qu’avant le coronavirus. Alors il faut changer en même temps que le monde. Adopter de nouvelles résolutions. Modifier sa stratégie. Sortir de sa zone de confort. Et vous savez à quel point c’est difficile de sortir… 

Je participe en ce moment à Irawo Taka. C’est un programme lancé par Irawo et je vous en ai déjà suffisamment parlé sur Facebook. Si c’est la première fois que vous en entendez parler, faites un tour sur le site internet ou regardez le partage d’expérience de Lafissou. Irawo a une magnifique équipe d’administrateurs qui nous accompagnent et nous encouragent dans la réalisation de nos projets. Parmi eux, Ulrich et Mylène. Ce sont eux, mes plus grandes sources de pression en ce moment et j’avoue que c’est justement pour cette pression que j’ai rejoint Irawo Taka. 

Les ateliers Book’Art

Au tout début du programme, Ulrich m’a rappelée la nécessité d’augmenter les revenus du Centre Eulis pour pouvoir assurer le volet social. Il a été l’une de mes motivations pour lancer les ateliers Book’Art. Je doutais pour mille et une raisons. Qui suis-je pour proposer des ateliers de lecture payants ? Est-ce que le fait de développer le volet lucratif aurait un impact négatif sur le volet social de nos activités ? Est-ce que les gens arriveront à comprendre cette nouvelle trajectoire ? Est-ce que des gens voudront nous confier leurs enfants ? Est-ce que nous serons à la hauteur ? Une fois ces doutes mis en berne, nous nous sommes lancés et nous avons réussi à attirer une cinquantaine d’enfants à nos ateliers. Et puis, il y a eu le coronavirus. À peine avais-je réussi à sortir d’une zone de confort qu’une autre se présentait. 

Ulrich a demandé aux takas de partager les changements que leur imposent la pandémie du coronavirus et le confinement. Je lui ai parlé de la nécessité de créer plus de contenus en ligne et de revoir tous nos projets de l’année. Alors il m’a demandé pourquoi on n’organise pas des activités en ligne pour les enfants. Des activités payantes bien évidemment. Pourquoi ?

Mon premier réflexe était de lui dire que ce n’est pas possible. Que personne ne paierait pour des activités en ligne pour les enfants. Mais qu’est-ce que j’en savais en vrai alors que je n’avais rien tenté ? Alors j’ai transformé tout ça et je lui ai juste dit que ça ne me semblait pas plausible. J’ai évoqué quelques piètres raisons tout en sachant pertinemment que je cherchais juste à justifier mon inertie. Bien sûr, Mylène en a rajouté une couche. Alors, j’ai dit que j’allais essayer et que j’allais poser la question à des parents. En vrai, je ne l’ai posée qu’à un seul. Il m’a automatiquement dit que cela l’intéressait, mais ça n’a pas effacé mes doutes. 

Photo de Charles Levy

J’ai passé les jours suivants à fuir, à me trouver des excuses. Je me suis réfugiée dans les livres, sur les réseaux sociaux, dans des films. Je faisais tout pour éviter d’avoir à réellement travailler sur cette idée de programme en ligne parce que les doutes étaient toujours aussi persistants. Pourquoi est-ce que des parents paieraient pour que leurs enfants étudient alors qu’ils peuvent juste les laisser jouer et regarder la télévision jusqu’à ce que la situation finisse par se stabiliser ? Pourquoi est-ce qu’on paierait pour des séances de lecture et d’autres activités éducatives via internet alors qu’on pourrait soit-même en trouver gratuitement ? Quel serait le montant idéal ? Comment faire pour ne pas fixer un prix trop élevé tout en sachant qu’un prix trop bas nous fera travailler énormément pour presque rien ? Comment est-ce que les gens percevront un tel programme payant pendant cette période où on a de plus en plus d’appels à la gratuité ? Est-ce que j’ai réellement ce qu’il faut pour proposer un tel programme ? 

Je crois que je vous ai suffisamment donné un aperçu de mes doutes. J’ai beau parler de mes hésitations, de l’extérieur, les gens pensent souvent que ceux qui lancent des initiatives sont beaucoup plus forts qu’eux. Que nous sommes des sortes de super-héros qui n’ont peur de rien. La réalité est que bon nombre d’entre nous se contentent d’avancer malgré les peurs. Malgré ce sentiment constant de ne pas être à notre place. J’ai longtemps fui la conception de ce programme. Quelques lignes ici, quelques lignes là, puis je me perdais à nouveau dans mes différents fils d’actualité sur les réseaux sociaux. Pourtant, en prenant quelques minutes, puis quelques heures pour travailler sur ce projet, j’y ai pris beaucoup de plaisir. 

Je prends plaisir à apprendre, à me surpasser, à découvrir ces choses que j’ignorais simplement parce que j’avais peur et ne faisais donc pas d’efforts. J’ai souri en voyant les différents programmes scolaires de notre système éducatif en ligne. Ils étaient juste à portée de clics. J’ai souri en redécouvrant les différentes disciplines et les leçons que l’on enseigne aux enfants du primaire. Je ne les aurais peut-être jamais redécouvertes si je n’avais pas essayé de faire quelques pas en dehors de cette zone de confort. Si vous croyez que cela m’a enlevé mes doutes, vous vous trompez. J’ai encore terriblement peur à l’idée que ce programme en ligne soit un flop mais j’essaie toujours de me convaincre d’essayer. Au pire, j’ai déjà appris des choses intéressantes sur notre éducation et je continuerai d’en apprendre au fil de la conception du programme in shaa Allah. 

Je doute sans doute parce que je suis, parce que j’ai envie de me sentir utile. Je doute parce que des gens m’observent, m’admirent, me suivent, ont confiance en moi, parfois beaucoup plus que moi-même. Je doute, mais cela ne m’empêche pas souvent de me souvenir de toutes ces fois où j’ai réussi à dépasser mes craintes. À vivre dans un pays étranger sans connaitre qui que ce soit. À changer de religion et à mettre le voile. À réussir à conduire sans avoir le coeur dans l’estomac. Sortir de la zone de confort fait terriblement peur, mais comme toujours, on essaiera in shaa Allah. 

Publié par

Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

10 commentaires sur « Ces doutes qui ne me quittent pas. »

  1. Je comprend parfaitement ce que tu vis Tchonté. Mais mon crédo à moi, c’est que je suis un être humain. Les gens ne se rendent pas compte à quel point c’est dur de créer du contenu et surtout être « au point » tout le temps. Tout va parfois tellement vite qu’on est tétanisé à un moment. Et pendant ce temps là, je débranche tout. Je dis à tout le monde que voilà, I’m done. Si tu dis à tes followers que tu as besoin de te retrouver seule avec toi-même ils comprendront.

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  2. I always enjoy reading you tchonte! Pour moi avoir le doute dans nos entreprises est un signe de vouloir bien faire. Le plus important c est de continuer a avancer speciallement quand tu as des gens de confiance qui t accompagne et te soutienne. Keep up with the good work girl.

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  3. Et cela se comprend le sujet dont vous parliez dans cet article ! Et c’est exactement ce que je vis aussi actuellement. Et bien, par ailleurs, le dernier paragraphe, je m’y identifie parfaitement. Le plus dur, est de chaque fois remonter la pente et prendre toujours ce courage en main et dépasser ses peurs.

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  4. Jadore l’accessibilité et la simplicité dans vos écrits. Moi je dirai que c’est un privilege d’avoir des doutes concernant certains projets de nos vies, ce qui nous permettrait au moins de voir le revers ce la médaille et de se consacrer au max à leur réalisation.

    Puisse ALLAH nous inspiré davantage et nous guider vers ce qu’il Ya de meilleur pour nous. Amine!

    Take care

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  5. Félicitations d’avoir le courage d’exposer tes peurs. Voilà déjà un courage. Je te souhaite une bonne continuation. Tu l’as très bien résumé en ces termes « Je doute sans doute parce que je suis, parce que j’ai envie de me sentir utile »

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