« Mum’s been shot. » J’ai lu « Born a crime » de Trevor noah

« Mum’s been shot. » 

J’ai la voix de Trevor Noah en tête lorsqu’il racontait l’épisode où son beau père a tiré une balle dans la tête de sa mère. Enfin, il racontait plutôt comment son petit frère lui a annoncé la nouvelle pour qu’il se rende à l’hôpital. Trevor Noah est un excellent humoriste et il a réussi à raconter un épisode aussi tragique en faisant rigoler son audience. 

Je viens de finir son autobiographie « Born a crime » et j’ai été marquée par la première fois que son beau père a levé la main sur sa mère. Abel consommait énormément de marijuana et buvait avant d’épouser Patricia. Après le mariage, elle a insisté pour qu’il arrête de fumer parce que « le corps est le temple du Saint-Esprit. » Abel a tout simplement remplacé la marijuana par encore plus d’alcool. Il était saoul tous les jours et il arrivait même qu’il ne rentre pas à la maison les weekends. 

Ce jour-là, Trevor dormait avec sa mère et son petit frère lorsqu’ils ont été réveillés par la fumée. Abel était rentré saoul comme d’habitude et ayant faim, il a essayé de réchauffer quelque chose. Il s’est endormi en laissant la cuisinière allumée. La casserole a pris feu et ça s’étendait au mur juste derrière la cuisinière. Patricia a éteint le feu, ouvert les fenêtres et est allée réveiller Abel, mais il était trop saoul pour se soucier de quoi que ce soit.

Patricia a toujours été une femme forte et indépendante… Elle a laissé Abel au salon et est retournée dans sa chambre pour appeler sa mère, lui disant qu’Abel finirait par tous les tuer. Il l’a rejointe et a coupé le téléphone et lui a dit qu’elle n’avait pas à raconter ce qui se passait dans leur maison. Elle haussait le ton pendant qu’il était calme. Le genre de calme avant la tempête qui ne présage rien de bon. Il avait les yeux rouges et était encore saoul. A chacune des invectives de Patricia, Abel lui disait de façon très calme de la fermer. Elle continuait. Le coup est parti alors qu’elle s’y attendait le moins. C’était la première fois qu’un homme levait la main sur elle. Elle a encore ouvert sa grande bouche et un deuxième coup a suivi. 

Patricia a pris ses deux fils, direction le poste de police. Lorsqu’elle a voulu porter plainte, les policiers ont minimisé sa peine, les coups. « C’est une affaire de famille. Vous ne voudriez pas qu’on ouvre un dossier. Allez parler à votre mari. Vous voudriez vraiment qu’il aille en prison ? Malgré son insistance, ils ont refusé de prendre sa plainte. 

Abel est arrivé au commissariat, encore un peu saoul. Il a discuté avec les policiers comme s’ils étaient des amis. Comme si ce qui venait de se passer n’était rien du tout. Trevor Noah avait 9 ans et cet épisode a changé sa façon de voir les forces de l’ordre. Il était horrifié. Il a compris que les policiers étaient des hommes d’abord, la police ensuite. Je vais m’abstenir de commenter par rapport au fait que parfois ce sont des femmes policières qui agissent de la sorte…

Patricia a ramené ses enfants chez sa mère à Soweto. Abel y est allé quelques semaines plus tard pour s’excuser. Il était toujours sincère et touchant quand il s’excusait. La grand-mère de Trevor a convaincu sa fille de retourner chez son mari. Tous les hommes font ça. Le père de Patricia a aussi frappé sa mère. Au moins Abel, lui, était prêt à s’excuser. Patricia a décidé de lui donner une seconde chance et pendant des années, Abel n’a plus levé la main ni sur elle, ni sur Trevor. Mais comme je l’ai dit au début de ce texte, il lui a tiré une balle dans la tête plusieurs années plus tard et vous découvrirez comment en lisant « Born a crime ». 

L’autobiographie de Trevor ne porte pas uniquement sur la violence domestique dont il a été témoin et victime de la part de son beau-père. Il aborde en grande partie le sujet du racisme en Afrique du Sud. Trevor est né pendant l’apartheid, à une époque où les relations entre les blancs et les noirs étaient interdites. Sa mère est une noire sud-africaine tandis que son père est un blanc moitié-suisse, moitié-allemand. Le simple fait que Trevor existe en tant que métisse, constituait un crime. L’apartheid a pris fin quelques années après sa naissance mais cela ne l’a pas empêché de se sentir comme un intrus pratiquement partout. Ni noir, ni blanc. Même au milieu des autres métisses, il ne semblait pas être à sa place. Il a dû user de multiples stratagèmes pour se fondre dans les différents environnements où il est passé. 

« Born a crime » nous enseigne énormément sur le racisme, en particulier en Afrique du Sud mais aussi ailleurs dans le monde. Je n’aurais pas pu le lire à un meilleur moment que celui-là, alors que partout, on proteste contre les violences policières dont sont victimes les noirs en occident. L’asservissement du noir a été tellement bien orchestré, pendant tellement de siècles, qu’il serait naïf de croire qu’on a atteint ou même qu’on atteindra l’égalité en seulement quelques années.

Avec « Born a crime », Trevor nous parle de la tactique de division utilisée pour séparer les sud-africains entre eux, selon les groupes ethniques. Il nous parle de l’infantilisation des noirs dans les écoles, du sytème éducatif conçu pour empêcher que les noirs ne s’élèvent par la connaissance. La fin de l’apartheid n’a pas sonné la fin des problèmes pour les noirs parce qu’il y a eu un manque cruel d’accès à une éducation de qualité et à des opportunités. Comme Trevor le dit si bien, il ne s’agit pas juste d’apprendre à pêcher au pauvre, il faut aussi lui donner une canne à pêche.

Trevor Noah est drôle et son livre l’a donc été jusqu’au bout, même dans le drame. Il nous embarque dans les bidonvilles sud-africains, nous retrace l’histoire de son pays et nous amène à nous questionner sur la politique de manière générale. Sa mère, Patricia Mbuyiselo Noah, a joué un rôle immense dans sa vie. C’est elle qui lui a transmis l’amour des livres et lui a ainsi permis de découvrir de nouveaux mondes, différents de la violence à laquelle il a été habitué autour de lui. Sans elle, il n’aurait jamais été celui qu’il est aujourd’hui et le lien qui les unit est l’une des plus belles choses à découvrir dans cette autobiographie.

J’aurais beaucoup aimé que Trevor nous raconte comment sa vie a pris un tournant différent pour qu’il se retrouve à se produire en tant qu’humoriste mais même sans ces détails, je vous recommande absolument « Born a crime. » 

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

4 commentaires sur « « Mum’s been shot. » J’ai lu « Born a crime » de Trevor noah »

  1. Ce billet qui résume si bien l’ouvrage de Trévor Noah est une invitation à saisir. Je mets le livre sur ma liste de l’année 2020 de ce pas. Merci pour la recommandation de lecture et Félicitations une fois encore pour la qualité de ce billet si pertinent.

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