Sacrilège : le grand masque est un menteur!

Que feriez-vous si l’on vous accusait à tort du meurtre de la personne à qui vous teniez le plus au monde ?


Honnêtement, j’ai vu « Le grand masque a menti» plusieurs fois en librairie sans jamais avoir envie de le lire. Je ne savais pas ce que je ratais, et vous non plus si vous ne courez pas vous le procurer. Je l’ai acheté il y a quelques mois à l’occasion du Salon International du Livre d’Abidjan, avec une dédicace de l’auteur. Je l’ai acheté parce que j’ai également appris qu’Attita Hino a remporté le prix national du jeune écrivain avec “Le grand masque a menti” et une mention spéciale au prix Ivoire en 2014. Et je peux vous dire que ces prix sont amplement mérités.


L’histoire se déroule dans le village de Léposso, l’un des douze villages des Pawêbo. Dibahou est le paébou, le chef de cour de sa famille. Après le décès de son père, il a hérité de deux de ses femmes: sa mère et Kounoa, une femme acariâtre que l’on soupçonne d’être une sorcière. Dibahou a deux femmes, Hinédy que son père lui a choisit et qui est la maîtresse du foyer, et Mamy qui est sa femme de cœur. Outre les nombreuses disputes que cause Kounoa, la cour de Dibahou vit dans la paix et Dibahou est un valeureux chasseur et pêcheur admiré par son petit frère Blédy. En retour, Dibahou fait tout pour mériter l’admiration et le respect de son petit frère qu’il aime encore plus même que sa femme de cœur. Malheureusement, alors qu’on préparait sa vie de futur chef de famille, Blédy meurt empoisonné. Comme cela se fait souvent dans la coutume, son grand frère demande au cadavre d’identifier son assassin. Contre toute attente, alors que cela ne s’est jamais fait, Blédy amène ses porteurs dans la forêt sacrée, pour demander la justice auprès du Grand Masque. Avant l’arrivée du grand masque, l’un de ses envoyés, le masque du clan Lépo se présente. Devant tout le village et les étrangers venus assister à cet événement jamais vu, le masque accuse Dibahou d’avoir empoissonné son petit frère Blédy avec la bile du crocodile qu’il a pêché quelques jours auparavant. Dibahou clame son innocence, et affirme que le masque est un menteur.

Attita Hino et Maurice Bandaman

Ce livre est magnifique et en lisant je me disais que Nollywood en aurait fait un beau film. Les descriptions du début pourraient vous décourager, vous donner l’impression que c’est un livre difficile à lire mais je vous en prie, continuez! Attita Hino nous plonge au cœur de ce village et nous éprouvons la colère, la fierté, l’amour, et la douleur des personnages principaux. Les répliques sont cinglantes. Certains personnages ont l’injure facile, tombant souvent dans la vulgarité sans pour autant choquer le lecteur. Attita décrit quelques scènes d’amour sans encore une fois heurter la sensibilité de celui qui les lit, mais ce n’est là que mon avis. J’ai plutôt été un peu choquée par certains actes de sorcellerie. Si ce village est imaginaire, il n’en est pas moins inspiré de coutumes de villages réels. On découvre l’importance du respect de l’aîné, de celui accordé aux hommes par les femmes, peu importe la différence d’âge, le respect des traditions et des coutumes, mais aussi la puissance de la vérité et de l’amour.


En lisant « Le grand masque a menti » on s’accroche à la vérité et on encourage Dibahou à ne rien lâcher. Ce roman remet en question les traditions souvent utilisées par un groupuscule de personnes pour assoir leur autorité sur une communauté. Le grand masque était l’autorité suprême même des Pawêbo. Un masque juste qui démasque les sorciers et protège les innocents. Comment Dibahou pouvait-il oser affirmer, telle une injure, que c’était ce dieu là qui mentait en affirmant qu’il a empoisonné Blédy ?


« Le grand masque a menti » est une belle histoire que j’ai lue en deux jours, et qui m’a tenue éveillée jusque tard dans la nuit. Je vous le recommande absolument et j’attends vos retours de lecture.

Publié par

Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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