Ce que Dieu sait est suffisant.

Mille vous félicitent, deux vous critiquent et vous vous attardez sur le négatif. Je sais que ce n’est pas la chose à faire mais je n’ai pas pu m’empêcher de ruminer un commentaire négatif que j’ai lu aujourd’hui. J’y pensais surtout en me demandant si je serais prête à faire face aux autres qui ne manqueront sans doute pas de surgir à l’avenir. 

La semaine dernière, je me suis embarquée dans un nouveau projet. Celui de donner plus de voix aux femmes voilées. Partager leurs histoires, leurs expériences, à travers une série de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. L’idée est partie de deux incidents survenus le jour de la fête de l’Aid al-Fitr mais on en parlera peut-être un autre jour in shaa Allah. Toujours est-il que j’ai pensé au fait qu’il n’y a pas véritablement de plateformes où les femmes voilées disent ce qu’elles pensent, ce qu’elles vivent, ce qu’elles sont. 

Certaines femmes traversent des moments difficiles parce qu’elles ont choisi de se couvrir. D’autres hésitent parce qu’elles ont peur de vivre ces moments-là, d’être rejetées. Des femmes sont obligées d’ôter leur voile pour obtenir un boulot pour lequel elles ont les compétences requises, pendant que d’autres sont obligées d’accepter moins que ce qu’elles méritent ou ne travaillent carrément pas pour ne pas enlever ce bout de tissu qui fait aujourd’hui partie de leur identité. Chaque femme voilée a une histoire particulière avec son hijab et je m’en rends compte encore plus en écoutant toutes ces femmes.

Depuis quelques mois, je suis fan d’une émission lancée par trois femmes musulmanes résidant au Royaume Uni. Avec Honest Tea Talk, Aliyah, Sumayah et Layinka, explorent des sujets qui touchent les musulmanes et dont on ne parle pas souvent de manière honnête et vraie. Elles ont lancé Honest Tea Talk parce qu’elles se sont rendu compte que les femmes musulmanes essaient trop souvent de refléter une image idéale, au point de ne plus savoir qui elles sont, au point parfois même de finir par s’éloigner de la religion. Les femmes musulmanes vivent énormément de choses sur lesquelles elles ont besoin d’échanger mais il n’existe quasiment pas d’espace pour le faire. 

En Côte d’Ivoire, il y a plusieurs groupes Facebook réunissant des milliers de musulmanes et abordant divers sujets. J’ai également déjà été membre de certains groupes Whatsapp dans lesquels des musulmanes discutent et apprennent ensemble. Bien qu’étant de très bons outils, ces groupes ont encore quelques restrictions. Ce que j’espère avec Hijab Stories, c’est que le monde nous entende et que l’on arrive à déconstruire les préjugés sur les femmes voilées. J’aimerais également que l’on puisse créer des espaces d’échanges virtuels et réels pour que les femmes échangent entre elles dans une zone de confiance in shaa Allah. Que l’on puisse se dire ces choses qu’on a peur même de formuler en pensées et qui pourtant nous pèsent. Que l’on arrive à s’entraider, se motiver, s’inspirer. 

En une semaine d’activité, les vidéos ont été vues plus de 10 000 fois. J’ai reçu énormément de commentaires positifs de musulman(e)s et non-musulman(e)s, qui me rassurent sur l’utilité de Hijab Stories. Pourtant, j’ai écrit cet article pour uniquement deux commentaires de deux hommes, qui estimaient pour l’un qu’il fallait une approche différente et pour l’autre qu’on n’était carrément pas de vraies ou bonnes femmes voilées. Je ne m’attarderai pas sur le premier commentaire. Même si je ne suis pas d’accord avec cette personne, je me dis que ses remarques partaient d’une bonne intention. Mais je pense surtout au second et aux possibles commentaires allant dans son sens qu’on recevra sans doute. 

La société est telle que certains hommes estiment toujours qu’il est de leur devoir de dire aux autres et aux femmes en particulier, comment elles devraient se comporter. Cet homme estimait que l’on n’avait pas une attitude exemplaire pour des voilées parce qu’on apparaissait dans des vidéos et qu’on osait même rire, ce qui serait faire preuve de complaisance et pourrait séduire des hommes. Ça m’a fait sourire parce que j’ai pensé au tout premier épisode de Honest Tea Talk. Layinka a justement mentionné le fait que parfois, on prône un idéal de femme musulmane pieuse qui implique que la femme doive se départir de tout ce qui fait d’elle celle qu’elle est en tant qu’individu. La femme musulmane pieuse ne devrait pas rire, ne devrait s’amuser d’aucune manière, etc. On essaie effectivement tellement de ressembler à cet idéal – bien évidemment construit surtout par des hommes – que l’on finit par ne plus se reconnaitre dans le miroir. 

Je crois personnellement que ma religion n’a pas pour but de me rendre malheureuse. J’ai fait le choix du voile en toute conscience parce que j’estimais qu’il agirait pour moi comme un rappel et une protection. Parce que je voulais me rapprocher de mon Seigneur, comme ces femmes qui choisissent de partager des bribes de leurs vies pour la cause. Je crois qu’on ne peut avancer qu’en étant éduqué, qu’en apprenant et en partageant avec les autres. C’est ce que l’on essaie de faire avec Hijab Stories

Dr. Aminata Kane est une aînée que j’admire beaucoup et que j’appréciais déjà même avant d’être musulmane. C’est l’une des personnes auxquelles bon nombre de femmes musulmanes s’identifient parce qu’elle montre que l’on peut être voilée, mère de famille, engagée et cultivée dans divers domaines. Lors de son interview, elle a dit une phrase qui m’a marquée et qui résonne encore dans ma tête. « Ce que Dieu sait est suffisant. »

Les autres ne comprendront pas toujours nos intentions. Certains critiqueront pour le plaisir de critiquer ou juste parce qu’ils estiment eux, être sur la seule et unique bonne voie. On sera amenés à douter. Je serai amenée à douter, à me remettre en question. À me demander si je suis vraiment sur la bonne voie, si mon intention est pure et en accord avec mes actes. Mais le plus important sera toujours de se sentir bien et honnête vis à vis de Dieu. Ce qu’Allah sait est suffisant. J’espère que je m’en souviendrai pour la suite in shaa Allah. 

Hijab Stories est sur Facebook, Twitter et Instagram.

Publié par

Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

4 commentaires sur « Ce que Dieu sait est suffisant. »

  1. Merci pour ces explications j’adore suivre tes publications sur Facebook et Twitter. J’admire beaucoup ton audace, ton courage. Encore plus de patience, et de tolérance lorsque tu fais ce genre de chose tout le monde ne peut pas apprécier mais concentre toi sur le fait que ça plaise à Allah et que cela beaucoup de personnes. Ce que Allah sait est suffisant.

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  2. Un très bel article.
    Tu es, je pense que tu le sais maintenant, une des personnes les plus drôles que je connaisse. A chaque fois que nous échangeons, je rigole et ça me fait du bien.
    Le mansplaining n’est pas prêt de mourir, et tant pis! Continue ce que tu as commencé. J’ai trouvé l’initiative et le projet géniaux. Une manière pour nous aussi, qui ne sommes pas musulmanes, d’en apprendre sur vous, de partager avec vous, et c’est extrêmement enrichissant. En plus avec le sourire et dans la bonne humeur, qui dirait non à ça? Certainement pas notre bon Dieu.
    Bises ma Tchonté.

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