Et si les animaux pouvaient nous juger?

Que serait le monde si les animaux avaient le pouvoir de juger les êtres humains pour tous les dégâts que nous causons à l’environnement, à la faune et la flore? 

Ozoua et Cheick sont deux cadres ivoiriens évoluant dans des domaines très différents. Cheick est ingénieur des travaux publics et Ozoua est musicologue. C’est au cours d’une émission télé que Cheick découvre cette passionnée de musique, et met tout en oeuvre pour la rencontrer. Ozoua a une idée assez arrêtée des personnes évoluant dans le milieu des « sciences triomphantes ». Elle les voit comme des personnes carrées ayant du mal à apprécier l’importance des sciences sociales et de l’art. Elle se laisse tout de même petit à petit séduire par les attentions et l’ouverture d’esprit de Cheick. Oubliant leurs déboires amoureux passés, Ozoua et Cheick finissent par se mettre en couple. À l’occasion d’une mission d’Ozoua, Cheick décide de prendre des congés pour l’accompagner à Touba. C’est aussi l’occasion pour lui de revoir son village Waninou, après plus de vingt ans sans y être retourné. Tout semble aller pour le mieux, mais un évènement totalement incongru va bouleverser la vie des deux tourtereaux. En essayant de capturer un écureuil pour en faire l’animal de compagnie d’Ozoua, Cheick et sa dulcinée tombent dans une embuscade. Ils sont kidnappés par les animaux. Dans les entrailles de la terre, tous les animaux des airs, des eaux, et de la terre se sont réunis, pour le procès de l’ingénieur des travaux publics. Il est jugé non seulement pour avoir trahi la mission que lui ont confiée les animaux lorsqu’il avait 10 ans, mais aussi parce qu’il contribue à détruire l’environnement et les êtres qui y vivent. Pendant que leurs familles, amis, alliés, et les internautes les recherchent activement sur la terre ferme, Ozoua et Cheick se demandent ce qu’il adviendra d’eux. 

« Procès dans les entrailles de la terre » est divisé en deux parties. La première est focalisée sur la rencontre et la relation entre Cheick et Ozoua, ainsi que leurs échecs amoureux. La seconde partie porte sur leur arrestation, le procès de Cheick, et les tentatives pour les retrouver. J’ai particulièrement aimé le fait que « Procès dans les entrailles de la terre » fasse référence à un livre jeunesse de Camara Nangala, « Le messager ». C’est l’histoire de Cheick lorsqu’il avait 10 ans, et qu’il est allé passer les vacances à Waninou, dans son village paternel. Intrigué par l’histoire de Samory Touré, il s’est aventuré dans la grotte où le grand conquérant se serait caché pendant son combat contre les colons. Là, Cheick a rencontré les gardiens du sanctuaire, 5 animaux mythiques de la culture sénoufo: le caméléon, la torture, le crocodile, le python et le calao. Ces derniers lui ont confié la tâche de mettre les êtres humains en garde contre les dangers liés à la destruction de la nature. Malheureusement, Cheick s’est éloigné de la mission qu’on lui a confiée, et c’est ce qui lui vaut de se retrouver dans les entrailles de la terre.

Camara Nangala pointe du doigt tous les actes nuisibles que posent les êtres humains à l’endroit de la nature, des animaux, et du sacré. Les bombes nucléaires, la pollution des eaux et de l’air, la déforestation, la maltraitance des animaux, etc. Il dénonce cette course obsessionnelle pour le progrès qui nous amène à tout détruire sur notre passage, dans le but de voir grandir des gratte-ciels et monuments, au mépris de la création divine. Et il va encore plus loin. Pendant la quête pour retrouver Cheick et Ozoua, Camara Nangala à travers les personnages, fustige le parti au pouvoir pour ses promesses non tenues. Il énonce le taux de croissance à deux chiffres qui ne se reflète pas dans la vie des citoyens, l’insécurité grandissante, les tentatives pour museler ceux qui se plaignent, etc. J’ai parfois trouvé qu’il exagérait et qu’il ne donnait pas l’occasion à des personnages d’aller dans le sens contraire de ses opinions. Bon nombre des revendications étaient portées sur les réseaux sociaux, alors que justement sur ces réseaux là, il y a généralement de nombreux sympathisants prêts à défendre le pouvoir lorsqu’il est critiqué. Même si l’auteur fait ce qu’il veut de son oeuvre, j’aurais bien voulu voir cette dualité de pensée plutôt que son unique point de vue. 

Les puissances occidentales en ont également pour leur compte dans « Procès dans les entrailles de la terre ». En plus de mettre tout le monde en danger avec la désintégration de l’atome, ces nations prédatrices ne cessent de diviser les pays moins développés chaque fois qu’elles ont envie d’y piller des ressources. Camara Nangala évoque également les dérives des utilisateurs des réseaux sociaux, et l’usage positif qu’ils peuvent en faire lorsqu’ils utilisent les outils technologiques pour porter des causes. Dans « Procès dans les entrailles de la terre », les internautes semblent tous acquis pour la cause de Cheick et Ozoua, et à travers des sit-ins, et autres manifestations, ils exercent une énorme pression sur les autorités politiques. 

Enfin, Camara Nangala met également l’accent sur l’importance de connaître notre histoire, nos cultures, et d’en faire la promotion. Ozoua est passionnée par les instruments de musique traditionnels ivoiriens. Sa mère était pleureuse professionnelle et son père, l’un des plus grands batteurs de la région. Elle est considérée comme l’une des valeurs sûres du pays parce qu’elle fait la promotion de la culture ivoirienne à travers la musique. 

Camara Nangala est l’auteur que j’ai le plus lu pendant mon enfance. « Le cahier noir », « La poupée », « La dernière chance », tous ses livres amènent à la réflexion, aussi bien pour les adultes que les enfants. Le style d’écriture dans « Procès dans les entrailles de la terre » n’est pas extraordinaire. Il n’y a pas ce petit quelque chose qui vous met des étincelles dans les yeux, mais le contenu vaut le détour. C’est un roman qui pourrait vous amener à changer votre rapport à l’environnement et aux animaux. Je vous le recommande, aussi bien que « Le messager ». Et sinon, quels sont les livres de Camara Nangala que vous avez déjà lu?

Publié par

Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s