J’ai moi aussi été cette étudiante très peu préparée, qui pensait qu’il suffisait d’avoir une bonne idée ou d’être présente pour obtenir ce que l’on voulait.
En écrivant mon précédent article sur les opportunités manquées, d’autres souvenirs me sont revenus. J’en partage deux.
- J’ai postulé à un programme… sans savoir ce que c’était.
On peut exceller dans un domaine sans qu’il ne soit réellement fait pour nous. J’ai obtenu un bachelor en finance avec la plus haute distinction : Summa Cum Laude.
J’ai également fait partie de la première cohorte des Honors Track Students en finance à Georgia State University.
Et pourtant, je n’avais pratiquement aucune idée de ce qu’était Wall Street.
À Georgia State University, il existait un programme appelé « Panthers on Wall Street ». Après un processus de sélection rigoureux, les étudiants retenus avaient l’opportunité de partir à New York pour rencontrer des professionnels de haut niveau dans le secteur financier.
Après la première étape de sélection, nous avons été invités à un cocktail de réseautage avec plusieurs professeurs. Nous étions assemblés en un petit groupe quand l’un des professeurs m’a demandé pourquoi je voulais participer à ce programme.
Mon cerveau a eu un court-circuit. J’ai répondu « I want to work on Wall Street ».
Quand il m’a demandé où est-ce que je voulais travailler précisément, j’ai cité la première entreprise qui m’est venue à l’esprit : Bank of America. Simplement parce que c’était ma banque à l’époque. 😂
Le problème, c’est que si mon ambition était uniquement de travailler chez Bank of America, je n’avais pas besoin d’aller à Wall Street pour cela. J’ai naturellement été éliminée après cette rencontre.
J’ai réalisé que je n’avais pas échoué parce que je n’étais pas compétente. J’avais échoué parce que je ne m’étais pas préparée.
Cet épisode était aussi l’un des signes que la finance ne me passionnait pas. J’avais postulé à Panthers on Wall Street pour la même raison que j’avais intégré le programme Honors. C’était une opportunité réservée aux excellents étudiants, et j’étais une excellente étudiante. Mais je n’avais même pas pris le temps de comprendre ce qu’on attendait réellement de moi.
Aujourd’hui encore, je retrouve cette erreur chez beaucoup de personnes en quête d’emploi ou d’autres opportunités.
Ils postulent à des offres sans lire attentivement les termes de référence. Ils envoient le même CV partout. Ils ne se renseignent pas sur l’organisation. Ils arrivent en entretien sans connaître les missions du poste.
Ce n’est pas cet échec qui m’a fait mal. C’est le fait d’être passée pour une inconsciente à cause de mon manque de préparation. Mais au moins, cette leçon me permet aujourd’hui d’encourager les plus jeunes à aller vers l’information et la formation.
- Je voulais sauver les bibliothèques… sans savoir comment.
Lorsque j’étais étudiante aux États-Unis, j’ai fait du bénévolat pour Books for Africa.
C’est une organisation à but non lucratif qui collecte des livres et les expédie dans plusieurs pays africains.
Les livres sont offerts gratuitement. En revanche, les frais d’expédition doivent être pris en charge par un partenaire.
En découvrant cette organisation, j’ai immédiatement pensé aux bibliothèques en Côte d’Ivoire. Je me suis dit qu’on pourrait en ouvrir dans des écoles ou renflouer celles qui existaient déjà.
J’ai contacté plusieurs autorités. J’ai eu quelques échanges encourageants. Puis… Plus rien. Malgré mes relances, je n’obtenais plus de réponse.
Il m’a fallu des années pour comprendre pourquoi. J’essayais de porter un projet beaucoup plus grand que moi. Je n’avais ni expérience, ni réseau, ni stratégie, ni véritable plan de mise en œuvre.
J’espérais simplement que des personnes accepteraient de financer cette initiative parce qu’elle allait bénéficier aux enfants ivoiriens. J’avais une belle idée, mais une belle idée ne suffit pas.
Lorsque j’ai lancé le Centre Eulis en 2017, les choses se sont passées différemment. Des personnes m’ont spontanément proposé leur aide. Des bénévoles, des donateurs.
Je n’avais même pas eu besoin de la demander. Parce que j’avais commencé. J’avais utilisé les moyens dont je disposais. J’avais montré que le projet existait réellement. Alors les gens avaient envie de me soutenir.
Cette expérience a complètement changé ma façon de voir les demandes de financement.
Aujourd’hui, lorsqu’une personne me dit : “Je cherche un financement, j’ai besoin d’un appui.”
Je demande presque toujours : « qu’est-ce que tu as déjà réalisé avec les moyens dont tu disposes ? »
Parce que les gens soutiennent rarement une idée. Ils investissent beaucoup plus facilement dans une personne qui a déjà commencé à transformer cette idée en réalité.

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