Démon-cratie de Yahn Aka: Pas d’espoir à Nêtêbêsso

Musique, pièce de théâtre, slam… La dédicace de « Démon-cratie » sortait de l’ordinaire. Malgré le retard accusé avant le début de la cérémonie, je n’ai pas regretté d’y être allée. On était loin de l’image de l’écrivain qui s’assoit pendant des heures dans une librairie, en espérant que des clients lui achèteront un livre. C’était exactement le genre de dédicace de livre que j’avais envie de voir. 

Le titre du roman, les jeux de mots entre démon et démocratie attirent. La couverture me séduit moins mais laisse présager les évènements sordides qu’on découvre entre ces pages. Dans la république de Nêtêbêsso, les religieux mènent une lutte acharnée pour obtenir le pouvoir. Imams, prêtres et pasteurs, utilisent le bon Dieu pour assouvir leurs desseins malsains. La population se laisse endoctriner et subit les dérives de ses dirigeants. Les extrémistes de chaque religion commettent de nombreuses exactions au nom de leur pseudo foi. Les puissances occidentales tissent des alliances avec ceux qui peuvent les aider à piller le pays. Vous l’avez compris, le chaos est le maitre-mot dans « Démon-cratie. » 

En général j’aime les histoires dramatiques, mais là cela en était trop pour moi. Le jour de la dédicace, l’artiste Wêrê-Wêrê Liking a déploré le manque d’amour dans certaines oeuvres en général. Elle souhaitait qu’on fasse plus la promotion des choses positives parce que l’on attire ce à quoi l’on pense. Je l’ai comprise lorsque je me suis plongée dans la lecture de  « Démon-cratie. » Le tourbillon de violence dans ce livre ne me donnait qu’une envie: tourner la dernière page. La description de certaines scènes d’horreur était trop crue à mon goût. Alors que Yahn Aka parlait d’une lueur d’espoir le jour de la cérémonie, j’ai eu du mal à l’apercevoir au fil des chapitres. 

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Dans « Démon-cratie », j’ai eu l’impression que le peuple ne pourra jamais se défaire de ces dirigeants assoiffés de pouvoir qui ne pensent qu’à leurs intérêts personnels. Et quand ils se débarrassent d’un, c’est pour en accueillir un autre du même calibre s’il n’est pas pire… J’ai entr’aperçu cette même idée d’un cycle infernal à la fin de « Le cercle des tropiques » d’Alioum Fantouré. Seulement avec ce dernier au moins, certains personnages ont vaillamment lutté et sont demeurés fidèles à la cause du peuple. Dans « Démon-cratie », l’accent est plus porté sur le mal que le bien. L’écrivain est libre de choisir la dimension qu’il souhaite donner à son oeuvre mais, j’aurais bien aimé voir un peu plus les actions de ceux qui n’acceptent pas de demeurer sous le joug des dictateurs. 

« Démon-cratie » est une satire du fondamentalisme religieux et de la mauvaise gestion du pouvoir dans nos pays Africains. Yahn Aka pointe du doigt de nombreux maux qui minent le continent sans oublier d’y mentionner le rôle joué par les anciens colonisateurs. J’ai apprécié les dénonciations faites par l’auteur et le style utilisé mais j’ai vécu un véritable cauchemar avec les coquilles qui pullulaient le livre. Des mots qui ont sauté, des accords mal appliqués, la mauvaise utilisation des ponctuations… Je sais que ce n’est pas toujours évident de se relire soi-même mais je me suis demandée s’il existe des gens chargés de faire des relectures et des corrections d’oeuvres littéraires à Abidjan. J’ai été encore plus déçue en pensant au fait que l’auteur lui-même possède une maison d’édition. « Démon-cratie » devrait être corrigé et réédité.

Yahn Aka a voulu utiliser le style Nzassa de l’écrivain Jean Marie Adiaffi, qui allie plusieurs genres dans un seul livre. Je ne suis pas une fan de poésie mais j’ai apprécié les poèmes insérés dans chaque chapitre, la plupart du temps à la fin. Ces poèmes me font penser à un homme qui entre en scène à la fin de chaque acte d’une pièce de théâtre, pour déclamer quelques vers résumant la situation. En repensant au monologue joué le jour de la dédicace et au style utilisé dans le livre, j’espère vraiment que Yahn Aka pensera à en faire une pièce de théâtre. Je serais prête à payer pour voir une mise en scène complète de « Démon-cratie ».

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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