Bouleversée par « Soufi, mon amour » d’Elif Shafak

Croyez-vous qu’il est possible d’aimer une personne qu’on n’a jamais vue et avec qui l’on n’a communiqué que par mails? À l’ère d’internet et des réseaux sociaux, c’est de plus en plus commun. Il y a toujours des pessimistes mais moi je crois que c’est possible. Et c’est aussi ce qui est arrivé à Ella et Aziz. Ils vivent dans deux mondes totalement différents. Ella est mariée et mère de 3 enfants. Bien que juive, elle ne pratique pas vraiment de religion, et ne prie pas. Elle vit une vie assez rangée, planifiée, et fait mine d’ignorer les infidélités de son mari. Depuis bien longtemps, l’amour ne fait plus partie de sa vie et elle semble ne même pas se rendre compte qu’elle est malheureuse. Engagée comme lectrice pour une maison d’édition, Ella se retrouve à lire “Doux Blasphème” écrit par Aziz, un photographe Soufi qui voyage à travers le monde. “Doux blasphème” relate la rencontre entre l’érudit Rûmi, devenu poète, et le derviche errant Shams de Tabriz, qui a changé sa vie. Il s’agit donc d’un roman à l’intérieur d’un roman et aussi bien “Soufi, mon amour” que “Doux blasphème” m’ont bouleversée.

  “Soufi, mon amour” est une hymne à l’amour. L’amour sans distinction. L’amour entre Ella et Aziz, entre Rûmi et Shams. L’amour envers la nature, l’amour pour Dieu, l’amour envers tous les hommes, y compris, surtout même, les rejetés de la société. L’amour qui transforme, qui blesse, qui tue, qui donne des ailes, qui élève. Elif Shafak partage avec nous l’essence du soufisme. Enfin ce que je pense être l’essence du soufisme, un désir constant de dompter son égo et de se rapprocher de Dieu sans juger les autres. Avec Shams, on découvre 40 règles de la religion de l’amour, dont l’une d’elles m’a particulièrement marquée.

«Il est facile d’aimer le Dieu parfait, sans tâche et infaillible qu’Il est. Il est beaucoup plus difficile d’aimer nos frères humains avec leurs imperfections et leurs défauts. Sans aimer les créations de Dieu, on ne peut sincèrement aimer Dieu.»

 
Elif Shafak
 
Elif Shafak
 
 

En lisant “Soufi, mon amour”, j’ai commencé à faire plus attention à mes pensées et à ce que je dis. Suis-je en train de juger les autres? De m’occuper d’une chose qui ne me regarde pas? C’est un combat perpétuel de se focaliser sur ses propres faiblesses, ses propres imperfections, plutôt que d’observer ou pointer du doigt celles des autres. Pour la majorité des habitants de Konya, Shams a détourné Rûmi du droit chemin. Il a amené un érudit réputé et admiré par tous à abandonner la gloire, les prédications, les honneurs, et à accepter chez lui ceux que la société désavoue, comme les ivrognes, les mendiants, les prostituées. Mais ce que Shams a surtout fait, c’est d’ouvrir encore plus le cœur de Rûmi à l’amour.        

Dans “Soufi, mon amour”, j’en ai appris un peu plus sur le courant mystique de l’islam qu’est le soufisme. J’en avais déjà eu une introduction, axée sur la Tidjaniya, avec “Vie et enseignement de Tierno Bokar” d’Amadou Hampâté Bâ. Même s’il ne faut pas oublier que le livre a sa dose de fiction, les règles enseignées et les conseils donnés sont eux bien réels et utiles. “Soufi, mon amour” est un livre qui parle à absolument tout le monde. C’est un roman beaucoup plus proche de la spiritualité que de la religion. Je ne connaissais pas Rûmi avant de le lire, mais Elif Shafak m’a donné envie de faire des recherches sur ce grand poète Soufi, et sur la danse des derviches tourneurs qu’il a initié.

Au fil des chapitres, on se retrouve tantôt dans les années 1240 à Konya (Turquie), tantôt dans les années 2000 à Northampton (Etats Unis). Chaque chapitre de “Doux blasphème” est écrit à la première personne et relate l’histoire du point de vue de différents personnages. Les proches de Rûmi, Shams, Rûmi, les habitants de Konya, et d’autres personnes ayant rencontrées Shams pendant son voyage pour rencontrer son compagnon spirituel. Les chapitres sur Ella sont racontés par le narrateur à la 3ème personne. Cette alternance entre les deux histoires principales du livre et les voix des différents personnages, en rajoutent au suspense. “Soufi, mon amour” est un livre qui a bouleversé mon cœur et je vous le recommande absolument.

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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