Les jérémiades d’une « première de classe » sponsorisées par la CIE

« Mais comment ça se fait que ta voisine de devant est 1ère avec 15 de moyenne et toi tu as eu 8?  » Elle avait peut-être eu 7 ou 9 de moyenne, je ne m’en souviens plus. Je vais essayer de faire court mais nous savons tous que ce texte sera long. 

Est-ce qu’il vous est arrivé de détester le premier ou la première de votre classe? Je n’étais pas toujours première, mais j’étais généralement parmi les élèves qu’on citait en exemple – grosse tête tu me sens ? – J’ose croire que la plupart de mes camarades m’aimaient bien, même si très souvent, mais pas toujours, je refusais de leur donner les réponses pendant les devoirs. 

Retour 10 ans en arrière, au collège. J’avais été première de ma classe et ma voisine de derrière avait fait partie de ceux que l’on a réprimandés autour du drapeau parce qu’ils n’ont pas eu la moyenne. Une « grande » fille de la seconde ou de la première avec qui elle faisait les 400 coups – je suppose – est passée la consoler. Elle se demandait comment c’était possible que les résultats de ma voisine soient aussi mauvais alors que j’étais assise juste devant elle. 

Pendant que ma voisine pleurait, et ne pouvait dire quoi que ce soit, j’ai répondu qu’au début je l’aidais pendant les devoirs parce qu’elle était arrivée après le début du semestre. Mais puisque je me suis rendu compte qu’elle ne voulait pas vraiment fournir d’efforts, je l’ai laissée se débrouiller toute seule. Aujourd’hui je me rends compte que j’essayais de me justifier alors que rien ne m’y obligeait.

Être excellent, premier de classe, bon élève, vient avec beaucoup de pression. Oui ça a des avantages. Beaucoup même. Comme celui d’être récompensé par la CIE, même si ça c’est pour les super super premiers. Mais ça n’épargne pas les périodes de doutes, de stress, de culpabilité. Je ne sais pas pour les autres, mais moi je croyais souvent n’avoir rien fait de bon aux devoirs, et j’étais surprise d’avoir l’une des meilleures notes. Bien sûr on ne me croyait pas toujours quand je disais sincèrement que je doutais de ce que j’avais écrit sur ma feuille de copie. 

Il y a un énorme poids que l’on porte souvent sans s’en rendre compte, et sans que la société qui nous en charge ne l’aperçoive non plus. Quand on est perçu comme excellent, le moindre échec peut être encore plus fatal et est généralement plus commenté que celui qui est toujours aux abonnés absents. On a certes envie d’être meilleurs, et on y prend sûrement beaucoup de plaisir. Mais ça signifie qu’on n’a souvent pas droit à l’erreur. Tout le monde attend ce que vous ferez la prochaine fois. Quels sont vos objectifs?

On attend de vous que vous aspiriez à quelque chose « d’hors normes ». Imaginez une première de classe qui a envie d’être sage femme, ou institutrice. On oubliera la beauté de ces boulots pour se demander pourquoi elle gaspillerait ses aptitudes au lieu de chercher à être chirurgienne ou responsable de banque ? Même quand elle pourrait aussi être excellente dans ce domaine que les autres négligent.

On attend de vous que vous éleviez tout le monde autour de vous, tout le temps. Je pense personnellement que c’est l’idéal, qu’on a aussi la responsabilité de construire une communauté excellente…ensemble. Mais djo parfois vous avez juste envie de ne vous occupez que de votre propre gueule et de vos incertitudes personnelles, plutôt que d’aider le monde entier à résoudre une équation à deux inconnus. 

On attend de vous que vous ayez toujours les bonnes réponses, toujours un avis sur tout. Alors que vous êtes plus souvent frustrés par la multitude de choses que vous avez encore à apprendre. Vous aimeriez juste vous taire, tout en écoutant ce que les autres ont à dire. Mais on s’imagine que vous savez forcément tout. 

Oui, c’est vrai, me direz-vous, c’est bien beau toutes ces jérémiades de « première de classe », et ces pseudos inconvénients,  mais c’est toujours mieux d’avoir cette soi-disant pression que d’être celui dont les parents voudraient qu’il ressemble à X ou Y qui ramène les meilleures moyennes, non? 

Je ne sais pas. Vous me direz ce que vous en pensez. Ce dont je suis sûre, c’est que plutôt que de détester ceux qui se démarquent, nous devrions nous en inspirer pour être également meilleurs au quotidien. Qu’il s’agisse de la danse, du sport, du blogging, d’un emploi de bureaucrate ou de nettoyage, etc. Visons l’excellence. Travaillons, demandons conseils, formons-nous, lisons, améliorons nous chaque jour un peu, et aspirons constamment à être excellents. 

Et parce que l’excellence mérite d’être mise en lumière, félicitations à tous ces super premiers qui ont travaillé d’arrache pied pendant toute l’année scolaire et seront récompensés par la CIE ce Vendredi 21 Septembre 2018.


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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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