Histoire presque romantique: chapitre 2

Credit Photo: Afi Cakpo

Chapitre 2: une rencontre inattendue ?


*les parties en anglais seront traduites tout en bas.
L’homme au mètre 75 lui avait laissé un message et elle avait hâte de savoir ce qu’il disait…

Mister mètre 75 était allé droit au but. Il avait aimé son profil et il souhaitait qu’ils se rencontrent assez rapidement pour échanger. Audrey aurait préféré en savoir davantage sur sa personne avant cette première rencontre mais il avait tellement insisté qu’elle proposa d’aller prendre un café. Il voulait plutôt qu’ils aillent boire un verre le soir, mais elle insista à son tour pour qu’ils se voient dans la matinée.

Il était 9h lorsqu’Audrey sortit de l’appartement qu’elle louait depuis deux ans. Elle avait séjourné en résidence universitaire pendant ses premiers semestres, mais il y avait bien trop de restrictions. Elle devait chaque fois enregistrer ses visiteurs, et ne pouvait pas recevoir quelqu’un pour dormir pendant plus de trois jours d’affilée. En plus, sa chambre était plutôt petite et la vie avec les colocataires n’était pas toujours évidente. Elle en avait trois, chacune possédant sa chambre, mais elle partageait sa douche avec l’une d’entre elles et la cuisine et le salon étaient des espaces communs. Il y avait parfois des accrochages parce que certaines ne nettoyaient pas derrière elles ou faisaient trop de bruit. 

Audrey avait trouvé cet appartement d’une chambre-salon avec cuisine sur internet et avait bondit sur l’occasion. Il se trouvait sur 171 Auburn Avenue et elle ne devait marcher que quinze minutes pour se rendre en classe. Justement, il lui fallait quinze minutes de marche pour rejoindre le point de RDV de Mister mètre 75. Ils avaient convenu de se retrouver dans un Starbucks, à deux pas de l’un des bâtiments de son école. Elle arriva à 9h15 et s’installa à une table pour attendre. Elle avait un peu de temps pour se replonger dans « Orgueil et préjugés » de Jane Austen, qu’elle avait entamé la veille. Bien qu’elle se refusât de l’admettre, il lui arrivait parfois de rêver d’un Mister Darcy, beau, riche, et généreux, avec les incompréhensions en moins. Elle avait déjà regardé l’une des adaptations cinématographiques du roman, mais lire était encore plus exquis. 

Audrey était tellement plongée dans le jeu du chat et de la souris entre Darcy et Elizabeth, qu’elle ne remarqua pas qu’un homme était assis en face d’elle et la regardait depuis environ cinq minutes. Il finit par tousser et elle leva le nez de son roman. Elle fronça les sourcils en essayant de mettre un nom sur ce visage qui ne lui était pas du tout étranger. 

– Bonjour Audrey. 

– Euh… bonjour! 

– Tu ne te souviens pas de moi? 

– Je vois le visage, mais j’ai vraiment du mal à me souvenir d’où l’on se connait. Je suppose que c’est à Abidjan. 

– Hamad du Lycée Classique. 

– Wow! Hamad la racaille? 

– Ahah, je préfère juste Hamad Coulibaly maintenant. Le temps de la racaille est terminé depuis belle lurette. 

– Qu’est ce que tu fais ici? Je ne te savais pas à Atlanta. 

– Je n’y suis pas. J’étudie à Oregon et je suis venu passer Thanksgiving avec mon cousin. 

Hamad avait beaucoup changé depuis le lycée. Il faisait partie de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire. Il était toujours en tête lorsqu’il s’agissait de chasser les élèves des salles de classe. On l’avait surnommé Hamad la racaille, mais tout le monde savait qu’il était également un bon élève, contrairement à certains de ses confrères du mouvement. Hamad faisait partie des meilleurs élèves du lycée et avait obtenu la mention Bien au Bac C. Audrey et lui avaient fait la classe de Seconde C ensemble, et elle était allée en série D alors que lui avait poursuivi en C. Ils se connaissaient mais n’avaient jamais vraiment été amis. Elle était d’ailleurs surprise qu’il se souvienne d’elle.

Hamad était issu d’une famille modeste. Au lycée, il trouvait que les élèves qui se plaignaient des mouvements de grèves vivaient dans le confort et ne pouvaient donc pas comprendre leurs réclamations. Il avait besoin de sa bourse pour se déplacer et assurer ses petites dépenses du quotidien. Malheureusement, le paiement de cette bourse tardait et souvent on ne la recevait carrément pas. Bien sûr, la FESCI utilisait parfois des moyens douteux pour faire valoir les droits des étudiants, et malheureusement parfois même de leaders politiques, mais lui Hamad croyait vraiment qu’ils devaient manifester leur mécontentement pour qu’on les considère. Il savait qu’il avait une mauvaise réputation au lycée, mais il savait faire la part des choses. Il bossait comme un fou pour avoir de bonnes notes, même pendant les périodes de grève où les élèves restaient à la maison. Après le BAC, il avait rejoint l’INPHB de Yamoussoukro en PrépaCOM mais il avait toujours rêvé de venir aux Etats-Unis. En deuxième année à l’INPHB, il a passé la loterie de VISA pour la Green Card et l’a miraculeusement obtenue. Il vivait donc dans l’Oregon depuis environ deux ans. Il avait obtenu une bourse d’études à Portland State University et préparait un Bachelor en publicité.

Il était 10h lorsqu’Audrey se rendit compte que Mister mètre 75 ne s’était pas pointé. Ils avaient rendez-vous à 9h30, et il n’avait pas envoyé de message d’excuse non plus. Hamad remarqua son air irrité et lui demanda si ça allait. Elle préféra éviter de lui dire qu’on lui avait posé un lapin et rappela plutôt qu’ils n’avaient rien commandé. Hamad alla prendre un chocolat chaud pour elle et un café latte pour lui. Ils papotèrent encore jusqu’à 11h, lorsque le cousin d’Hamad l’appela pour qu’ils aillent voir un match de Basket. Hamad proposa à Audrey de les rejoindre mais elle préférait retourner dans le confort de sa couette. Ils échangèrent leurs contacts et promirent de se revoir avant qu’Hamad ne retourne à Portland. 

Dès qu’elle fut à l’intérieur, Audrey se débarrassa de ses bottines et de son écharpe, et ouvrit le réfrigérateur. Elle n’avait plus beaucoup de choses à manger mais par chance, il lui restait encore deux boules d’attiéké. Elle se fit une omelette avec 3 oeufs, du poivron, de l’oignon, de la tomate, et un peu de persil. Elle renversa le tout dans une assiette, et chauffa un peu d’attiéké au micro-ondes. Elle se servit également un verre de jus d’orange et mit le tout dans un plateau pour s’installer sur son lit. Avant de commencer à manger, elle envoya un message à Mister mètre 75. 

« Why did you insist on meeting me if you didn’t intend to show up? »* 

Elle avalait goulûment une bouchée d’attiéké et d’omelette lorsqu’elle reçut la notification d’un nouveau message. 

« Ça m’a fait énormément plaisir de te revoir après tout ce temps. Tu es encore plus belle qu’au lycée. »

Elle manqua de s’étouffer avec l’attiéké qu’elle avait en bouche et but rapidement un peu de jus d’orange pour faire passer et la nourriture, et ce message inattendu… 

Traduction

*Pourquoi est-ce que tu as insisté pour me rencontrer si tu n’avais pas l’intention de venir?

Publié par

Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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