Comme des femmes enceintes… Ahiman Women 2019

On dit que la femme qui vient de mettre au monde un bébé oublie immédiatement toutes les douleurs ressenties pendant les longs mois avant la délivrance. Il suffit qu’elle voit le visage de son ange pour que tout disparaisse comme par magie. Bon, bien sûr c’est assez romancé. Je n’ai encore jamais fait de bébé mais je sais que parfois, les douleurs ne disparaissent pas aussitôt et que certaines mamans passent même pas des périodes de dépression après l’accouchement. Mais je préfère m’en tenir à la version glamour aujourd’hui. Parce que ce samedi 03 août, nous nous sommes senties comme des femmes qui ont donné vie après des mois de douloureuses contractions, de vomissements, de nausées, et de tous les autres désagréments qui peuvent accompagner le chemin qui mène à la naissance.

Avec l’équipe d’Ahiman Women, nous devions organiser le traditionnel camp annuel pour une vingtaine de filleules. Autant le dire tout de suite, je ne suis pas du tout fière de notre bilan annuel, et encore moins de ma performance personnelle. Nous aurions dû organiser beaucoup plus de rencontres au cours de l’année, faire le recrutement de nouvelles filleules et mentors, et être très au fait de la relation entre les mentors et les filleules recrutées en 2018. Malheureusement, life happens. Entre les responsabilités personnelles et professionnelles, on s’est un peu toutes retrouvées à la bourre. Et moi avec mon boulot à plein temps à la maternelle, j’étais très souvent bien trop fatiguée pour gérer au mieux les activités extra-professionnelles. Trêves d’excuses, je n’étais donc pas très satisfaite de ce qu’on a réalisé par rapport à ce qu’on aurait pu. Mais il fallait quand même faire en sorte que le camp ait lieu et qu’il soit bien, et franchement, je suis tellement fière d’appartenir à une équipe qui se donne les moyens de réaliser ses objectifs même quand c’est chaud.

Travailler à l’organisation des évènements est très bénéfique parce que l’on voit tout ce qui est fait en background pour que les autres aient le résultat final. Ce résultat peut ne pas être parfait, mais il récompense nos efforts et nous rappelle qu’on peut faire beaucoup si on se met à la tâche. Cette année, nous avons parlé de l’échec comme levier de réussite. Les quatre panélistes sont tous des personnes que j’admire pour leur travail et leur passion.

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La première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à Stéphane Kouakou c’est discipline. Stéphane est un homme de multiple passions qui sait quand même comment les vivre chacune à leur tour. Sorcier de la communication depuis plus de 13 ans, photographe et cofondateur d’un studio photo collaboratif, The box, globetrotteur qui partage ses aventures sur son blog et poète avec un recueil de poèmes publié avec d’autres passionnés. Je pourrais passer des heures à l’écouter partager son expérience, et j’espère un jour être aussi disciplinée que lui.

Tatou Dembélé est une accro du travail assez têtue. C’est elle même qui le dit. Peintre de talent, Tatou est la tête pensante derrière la compagnie Ivorian Food. Tout a commencé à la base par des pages sur des réseaux sociaux pour promouvoir la nourriture ivoirienne. Aujourd’hui, Ivorian Food est une entreprise qui emploie 5 personnes pour la création de contenus et collabore avec des entreprises de grande envergure.

La magnifique Paule-Marie a le don de nous toucher à travers son art. Designer pour la marque Nikaule, elle est aussi l’initiatrice de Body Acceptance, des ateliers de danse pour amener les femmes à s’aimer et à avoir confiance en elles. J’ai eu l’occasion d’assister à deux de ses spectacles et elle arrive à faire monter sur scène des femmes amateurs dans le domaine, pour nous produire quelque chose d’époustouflant. Paule-Marie a fait des études en sociologie mais elle est surtout une artiste avec une profonde sensibilité qui veut partager au monde tout ce qu’elle ressent.

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Enfin, il y avait Franck-Alcide, plus connu sous le nom de Black Kent. Franck a longtemps été un artiste compositeur et a écrit des textes pour plusieurs artistes. Il travaille à présent chez Universal pour repérer d’autres talents et leur fournir l’accompagnement qu’il aurait souhaité avoir quand il était plus jeune. Pour lui, tout s’est fait dans l’ordre naturel des choses. Le fait d’avoir mis un terme à sa carrière en tant qu’artiste n’est pas un échec, mais plutôt une étape qui devait le mener là où il se trouve aujourd’hui. Il a d’ailleurs plusieurs fois félicité l’initiative d’Ahiman Women, qui permet à des jeunes d’apprendre à travers l’expérience de leurs devanciers.

On a parlé d’échec et il y a eu tellement de choses intéressantes qui ont été dites. Paule-Marie aime bien le mot échec parce qu’elle l’associe au mot victoire. Ce sont nos échecs qui nous aident à mieux nous réaliser. Mais pendant la conférence, elle a reconnu avoir encore beaucoup de mal à suivre un ordre précis et elle a encouragé l’audience à rechercher l’ordre. À suivre les étapes nécessaires pour atteindre nos objectifs.

Franck-Alcide quant à lui, préfère parler de frustrations plutôt que d’échecs. Il pense que nous devons également nous servir de ces choses qui nous frustrent comme des points de réflexion personnelle et avancer. En tant qu’artiste, il ne comprenait pas pourquoi il y avait certaines barrières pour des gens malgré tout leur talent. Il a cherché à le comprendre et aujourd’hui il aide les autres à gagner le temps que lui pense avoir perdu. Il a encouragé les filleules à tirer profit des opportunités qu’elles ont d’apprendre des autres, à être curieuses et à se donner les moyens de réussir dans ce qu’elles aiment.

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Tatou nous a dit que nos notions d’échec et de réussite doivent être liées aux objectifs que nous nous fixons nous-mêmes. Pas ceux de nos parents ou de notre entourage. On cherche parfois à faire certaines choses pour plaire à nos parents. Mais il faut qu’on puisse tracer notre propre voie et faire nos propres choix. Nous devons également faire des recherches, parler à des personnes ressources, et tracer un plan qui pourrait apaiser les inquiétudes de nos parents lorsque nous choisissons des chemins atypiques.

Stéphane a rappelé le fait que l’échec est relatif. Ce qu’il considère comme un échec, peut ne pas l’être pour quelqu’un d’autre. Au delà de l’importance d’avoir un plan pour atteindre ses objectifs, il a mentionné l’importance d’avoir de la discipline. De mettre en place des routines et de faire ces choses que l’on aime ou pas, qui sont nécessaires pour atteindre nos objectifs. Rien n’est irrémédiable, et le fait d’échouer cette fois-ci ne signifie pas qu’on échouera encore la prochaine fois. Le temps que nous passons à nous plaindre est du temps perdu qu’on aurait pu utiliser pour trouver une solution. Le succès pour lui, ce n’est pas d’avoir la plus grosse voiture ou le compte le mieux garni. Le succès c’est d’être heureux, de pouvoir se regarder en face dans le miroir, et d’avoir le sourire aux lèvres quand on se lève le matin.

Le matin de la conférence, nous nous posions encore mille et une questions sur la mission que nous avons embrassé avec Ahiman Women, celle de former des jeunes filles qui seront des actrices de changement dans leurs communautés. Nous repensions aux difficultés qui ont parsemé le chemin menant au camp de 2019. Et puis finalement, face au résultat, à tout ce que l’on a appris, aux sourires sur les visages, aux remerciements de l’un des parents présents, nous nous sommes senties comme des femmes enceintes qui ont donné naissance au plus beau bébé du monde.

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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