Féminisme, égalité des sexes en Afrique et Beijing +25…

Je suis féministe. Je crois fermement que les hommes et les femmes doivent avoir accès aux mêmes droits et aux mêmes opportunités. Je crois que personne ne devrait être restreint à poser ou à ne pas poser tel ou tel autre acte à cause de son genre. Dans un monde idéal, chaque être humain pourrait faire ce qu’il veut sans qu’on lui dise « un homme ne fait pas ça » ou « une femme ne fait pas ça ». Malheureusement, nous sommes loin d’être dans un monde idéal et on a encore beaucoup de choses à améliorer. C’est la raison pour laquelle, du 12 au 14 août, nous avons pris part à la Consultation Régionale des Jeunes Femmes sur Beijing +25, à l’hôtel Azalai.

En septembre 1995, les représentants de 189 gouvernements se sont retrouvés à Beijing pour la quatrième conférence mondiale des femmes. Ils ont ensemble discuté de 12 sujets particuliers liés à l’autonomisation de la femme et à l’égalité des sexes : la pauvreté, l’éducation et les formations, la santé, la violence, les conflits armés, l’économie, le pouvoir et les prises de décision, les mécanismes institutionnels, les droits humains, les médias, l’environnement et les fillettes. Cette rencontre a donné naissance à la Déclaration et au Programme d’Action de Beijing.

Les Etats ont décidé depuis Beijing de se retrouver tous les cinq ans pour faire un état des lieux. En prélude au 25e anniversaire de cette rencontre, ONU Femmes, en collaboration avec Oxfam International et ONU CEA, a accueilli plusieurs jeunes femmes et hommes Africains pour préparer Beijing +25. Les travaux de la consultation régionale se sont organisés sous plusieurs formes : panels, échanges en groupe, conférences. J’ai appris pas mal de choses intéressantes mais j’ai surtout envie de vous parler de quelques points qui m’ont marquée.

Feminisme 2.jpegPhoto par ONU Femmes Afrique

Au cours d’une session, les panélistes ont parlé de l’origine du patriarcat. L’un des hommes dans le panel a mentionné deux raisons probables qui auraient donné lieu à l’oppression des femmes. La première est que dans les temps anciens, l’une des plus grandes peurs des Grecs était de ne pas savoir si leurs enfants étaient vraiment les leurs. Avant les tests de paternité, on ne pouvait être sûr que de la maternité d’une femme parce qu’on la voyait évoluer avec la grossesse. Mais pour le père, rien ne prouvait que c’était effectivement son enfant. Alors pour s’assurer que les femmes ne les tromperaient pas, les hommes se sont mis à les oppresser.

La deuxième raison selon lui, est qu’il y avait à l’époque un fort taux de mortalité infantile. Il fallait donc faire un grand nombre d’enfants pour espérer en garder quelques-uns. Et puisque cela aurait pu être difficile de convaincre les femmes de faire beaucoup d’enfants, étant donné les difficultés qui accompagnent le processus, les hommes ont encore opté pour l’oppression. L’intervenant a précisé que c’était des raisons probables, pas que c’était forcement les vraies. Mais il a surtout souligné, ainsi qu’une autre membre du panel, que bon nombre de pratiques encore appliquées, ont été créées dans un contexte précis. Malheureusement, elles sont perpétuées de générations en générations sans tenir compte des changements sociaux.

La culture, la religion, et même l’école, jouent aussi un rôle dans la perception de la femme en tant qu’être inférieur ou forcement dédié à des tâches et domaines précis. On se base souvent sur les textes religieux parlant de la soumission de la femme pour justifier qu’on l’exploite sans aller plus loin dans l’interprétation, sans les adapter au contexte, et très souvent en omettant les obligations de l’homme qui sont mentionnées dans ces textes.

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Photo de Fatou Lo

Les livres scolaires cantonnent parfois la femme aux tâches domestiques, pendant que l’homme est le seul à travailler pour pourvoir aux besoins financiers de la famille. Un panéliste a expliqué que l’Afrique post-coloniale a introduit la notion du travail rémunéré. Ce sont les hommes à l’époque qui avaient des emplois et gagnaient de l’argent pour s’occuper de leur famille, pendant que les femmes restaient à la maison pour les tâches domestiques. Cela a contribué à retarder la participation des femmes dans l’économie des pays. Mais les choses ont changé et continuent d’évoluer. Il faudrait donc en tenir compte également.

Le débat le plus houleux de la consultation a porté sur l’avortement. On avait d’un côté ceux qui soutenaient le droit à l’avortement compte tenu du droit des femmes à disposer de leur corps. De l’autre, ceux qui étaient contre la légalisation de l’avortement ou une autorisation selon la situation. On a appris qu’au Rwanda, l’avortement est permis selon des conditions particulières : viol, inceste, mariage forcé et dangers sur la santé de la mère ou du foetus.

Les pro-avortements soutenaient que l’on ne pouvait pas vouloir certains droits pour la femme et en refuser d’autres. Elles insistaient aussi sur le fait qu’on ne devait pas imposer nos propres valeurs religieuses aux autres. De plus, étant donné le nombre de décès et complications suite aux avortements clandestins, il fallait mieux selon elles, faciliter l’avortement dans des conditions légales et sécurisées. Ceux qui étaient contre l’avortement mettaient en avant l’importance de la vie humaine. Ils défendaient le fait qu’un embryon est déjà un être humain à partir de 9 semaines. L’une des participantes proposait  qu’on facilite l’accès aux moyens de contraception et que les femmes qui ne sont pas prêtes à être mères donnent leur enfant en adoption.

Mon avis ? Je suis contre l’avortement et ce n’est pas un choix que je soutiendrai. Je pense personnellement qu’il s’agit ici de tuer un être qui n’a rien demandé. Mais au final cela reste une décision très personnelle qui affectera non seulement la vie de la mère mais aussi celle du père et du petit être qu’ils ont conçu. Je ne suis pas la mieux placée pour juger la décision de la concernée. Certaines dinosaures – les femmes qui ont participé à la rencontre de Beijing en 1995 – ont soutenu qu’on n’est pas féministe si on n’est pas d’accord avec l’idée que toutes les femmes doivent disposer de leurs corps, en soutenant l’avortement. Je ne suis pas d’accord et je ne pense pas être moins féministe pour cela.

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Photo de ONU Femmes Afrique

Il y a beaucoup de choses à dire encore sur la condition de la femme dans le monde et en Afrique en particulier. Entre le viol utilisé comme arme de guerre, les mariages forcés, les mutilations génitales, les inégalités salariales, on se demande parfois si les femmes sont des êtres maudits. Pourtant il n’y a absolument aucun mérite à être né homme. C’est le fruit du choix divin pour les croyants ou du hasard pour les autres. Faut-il baisser les bras face aux nombreuses injustices auxquelles nous faisons face au quotidien ? Non. Parce que quoi qu’on en dise il y a des progrès. Et Dieu merci, il y a aussi des hommes qui nous accompagnent dans cette lutte. Ce n’est pas gagné d’avance, mais on continuera à travailler pour tendre vers un monde idéal où personne ne sera limité en quoi que ce soit du fait de son genre.

Vous pouvez en savoir davantage sur la consultation en cherchant les hashtags #GenerationEqualityAfrica et #Beijing25 sur les réseaux sociaux.

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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