3 Leçons du Prix Orange de l’Entrepreneur Social Côte d’Ivoire 2019

Photo de Nabou Fall.

En 2017, le Centre Eulis était en lice (check la rime !) pour la finale du Prix Orange de l’Entrepreneur Social Côte d’Ivoire. J’étais en Chine et c’est mon amie Afi qui m’a représentée. Nous n’étions pas parmi les grands gagnants mais nous avons été le coup de cœur du public et du jury. Ce qui nous a permis de recevoir plus tard près de 300 livres de la fondation Orange Côte d’Ivoire.

Deux ans plus tard, j’assiste à la finale en tant que blogueuse pour pouvoir reporter l’événement en ligne. J’avoue que je m’éclate beaucoup avec ce boulot. J’ai l’occasion de rencontrer des personnes aussi intéressantes les unes que les autres et de vivre différentes expériences. Ce vendredi 13 septembre, j’ai pris plaisir à découvrir les 15 projets finalistes du Prix Orange de l’Entrepreneur Social Côte d’Ivoire 2019. Cette année, Orange a rajouté une petite nouveauté avec la catégorie entrepreneuriat féminin. Muriel Aphing qui travaille à l’organisation du prix m’a expliqué que c’était suite au constat que peu de femmes y postulaient. Ça fait peut être sexiste mais l’entreprise veut ainsi encourager plus de candidatures féminines. Pour cette finale, il y avait 4 projets dans la catégorie entrepreneuriat féminin et 11 pour le concours habituel.

J’ai noté pas mal de choses intéressantes pendant le déroulé de la finale. J’ai envie de partager trois points avec vous. De toute évidence, c’est beaucoup plus facile de critiquer lorsqu’on se retrouve de l’autre côté du banc, mais quoi qu’il en soit, j’espère que ces points nous serons utiles en tant qu’entrepreneurs et futurs entrepreneurs, autant à vous, qu’à moi.

1 – Les visuels sont importants !

Deuxième prix : Baloon

C’est un constat que j’ai fait depuis belle lurette. Les gens ne savent pas utiliser convenablement PowerPoint et tout autre outil à leur disposition pour faire des présentations. On a eu droit à certaines diapositives où il n’y avait que de très longs textes. Le risque est que le jury soit tenté de lire plutôt que d’écouter ce que dit le présentateur. De plus, certains candidats eux-mêmes se retrouvent à lire leur document affiché plutôt qu’à s’adresser directement à leur audience avec plus d’aisance. Personnellement, j’ai découvert PowerPoint à l’université et j’ai au fil des ans trouvé des erreurs à ne plus commettre, des astuces pour que ce support soit utile plutôt qu’il ne devienne un fardeau. Le but des diapositives n’est pas de faire lire l’audience mais plutôt de faciliter la compréhension du message que porte le présentateur. Et désormais dans la liste des choses que je veux réaliser, il y a « faire des formations sur l’utilisation de PowerPoint ». Ne serait-ce que pour parler de l’importance d’utiliser plus d’illustrations, moins de textes, et des couleurs appropriées qui faciliteront le suivi.

2 – Les entrepreneurs ont tendance à surévaluer leurs projections financières

Troisième prix : Tutoo+

Je le savais déjà avec mes cours de Master entrepreneuriat social et je l’ai moi-même vécu avec ma toute petite expérience d’entrepreneur. On croit tellement en notre projet qu’on a du mal à imaginer que tout pourrait ne pas se passer exactement comme on le prévoit. Et pourtant… rien ne se passe jamais comme on le suppose. Très souvent, l’entrepreneur surestime l’engouement que ses produits vont susciter sur le marché, les ventes qu’il sera capable d’effectuer et sous-estime les dépenses auxquelles il fera face. Je lançais souvent des clins d’oeil au chef de village Cyriac Gbogou lorsque certains candidats annonçaient leurs potentiels chiffres d’affaire. Ils parlaient de chiffres faramineux alors qu’ils n’avaient même pas encore démarré le business. Comment est-ce qu’on peut supposer qu’on atteindra des centaines de millions et même des milliards en moins de trois années d’expérience alors qu’on n’a même pas encore lancé son produit ? Parfois même sans avoir fait une véritable étude du marché. C’est vrai toutefois qu’on est facilement tenté dans un concours d’entrepreneuriat d’essayer de convaincre le jury de la rentabilité de son projet, mais il faut aussi arriver à garder les pieds sur terre. Surtout lorsqu’on n’a encore ni expérience ni réputation dans le domaine.

3 – L’expérience et la formation font la différence

Il y avait une nette différence en termes de présentation et de qualité de projet entre les différents candidats. Certains étaient plus sûrs d’eux et leurs projets étaient mieux ficelés. Du coup on était un peu tous en mode « ah on comprend mieux » lorsqu’on découvrait leur background. 

Le premier prix de la catégorie entrepreneuriat féminin a été remporté par Legal Acts. C’est une application qui a pour but de fournir des informations sur les démarches administratives et juridiques dans différents domaines d’activités. Il est porté par Syntiche Yao qui est étudiante à l’INPHB. Inutile de vous en dire davantage, vous savez que c’est l’une des meilleures écoles du pays.

Le troisième prix a été remporté par le projet Tutoo +. La présentatrice est étudiante à l’African Leadership University en Île Maurice. C’est une université qui a fait suite à l’African Leadership Academy de l’Afrique du Sud portée également par Fred Swaniker. On ne recrute dans ces écoles que la crème de la crème des jeunes Africains et les cours sont adaptés aux changements que connait notre monde actuel. On notait assez bien l’aisance et la confiance d’Amenan Courouba Sidiki lorsqu’elle présentait le projet. L’objectif de Tutoo+ est de mettre des contenus éducatifs en ligne à travers une application mobile et un site web pour faciliter l’accès à un apprentissage adapté aux besoins du pays et favoriser l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.

Premier prix : Biosave

Baloon se distinguait nettement des autres projets et entreprises du fait de l’expérience même qu’ils ont déjà acquis sur le marché. Il s’agit d’une entreprise qui existe depuis deux ans déjà en Côte d’Ivoire et est présente dans plusieurs autres pays Africains. Baloon fournit une application mobile permettant aux clients de souscrire à une assurance en ligne pour permettre aux plus vulnérables d’être assurés. Sur le coup je me suis dit que leur expérience leur donnait un très lourd avantage sur les autres concurrents et qu’ils n’auraient peut-être pas dû être placés à la même enseigne. Mais le règlement leur permettait de s’inscrire étant donné que l’entreprise a moins de trois ans d’existence en Côte d’Ivoire. Et la présentation a été impeccable ! Ils ont été classés deuxième. 

Le Grand Prix Orange de l’Entrepreneur Social Côte d’Ivoire 2019 a été remporté par Biosave. C’était drôle de voir littéralement l’émotion des porteurs du projet. La présentatrice en est même tombée de sa chaise à l’annonce des résultats. Biosave mérite amplement ce grand prix. Il s’agit d’une application mobile et d’un serveur vocal permettant aux agriculteurs d’apprendre à fabriquer des engrais à partir de leurs déchets organiques. L’équipe est venue de Daloa pour participer au concours et a vraiment à coeur d’aider les agriculteurs à améliorer leur niveau de vie et leurs conditions de travail. J’ai été séduite par le petit plus de l’application qui est basée sur l’usage d’images et utilise en ce moment le baoulé et le malinké. D’autres langues locales seront plus tard rajoutée pour faciliter l’utilisation par un plus grand nombre d’agriculteurs.

Les lauréats participeront au concours régional le 14 Novembre 2019. Mais en attendant, ils ont déjà remporté des chèques allant de un à trois millions selon leur rang dans le classement. Legal Acts a remporté deux millions pour la catégorie entrepreneuriat féminin.

Bonus : l’important c’est de participer mais pas que…

L’une des candidates a crié « Seigneur Jésus !» en sortant de la salle, tellement elle était stressée. J’avoue que j’en ai rigolé. Elle ne devait pas s’attendre à toute la série de questions qui l’a accueillie. Mais en même temps, je pense qu’elle devrait être fière d’elle, comme tous les autres candidats. Ils ont le mérite d’avoir essayé. Certains projets étaient vraiment très intéressants mais le but d’une compétition est de choisir des vainqueurs. Plutôt que de se décourager, ils doivent maintenant utiliser les leçons apprises du concours pour améliorer leur projet et leur pitch. C’était important de participer mais il faut maintenant aller de l’avant. L’objectif ne devrait pas être de courir de concours en concours. Il faut penser à essayer de matérialiser son projet à petite échelle avec les moyens de bord, pour avoir une expérience plus tangible lorsqu’on essaiera d’avoir des fonds d’investissements. Une entreprise va au-delà du business plan et des pitchs. C’est seulement sur le terrain qu’on saura si on a effectivement fait le bon pari. Félicitations aux lauréats et bonne continuation à tous !

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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