On aura besoin de plus de vin pour découvrir Gabrielle union

« Je suis plus claire que toi. » c’est banal mais c’est une comparaison que je faisais souvent avec mon frère et que j’évite énormément désormais. Quand j’ai réalisé qu’il n’y avait aucune raison de se glorifier d’avoir un teint plus clair pour la simple et bonne raison qu’on y a aucun mérite. Mais aussi parce que cela démontre d’un complexe lié à la couleur de la peau, tellement enfoui, qu’on ne s’en rend pas toujours compte.

« Tu es belle pour une noire foncée. » Dans le chapitre Black woman blues du livre de Gabrielle Union, « We’re going to need more wine. » elle parle de ce compliment qui en fait n’en est pas un et qu’elle a souvent entendu, parfois de personnes elles-mêmes noires, mais plus claires de peau. Parce que l’on supposerait donc que c’est une exception que d’être noir(e) et belle/beau.

Dans les premiers chapitres de son autobiographie, Gabrielle Union parle du complexe d’infériorité avec lequel elle a grandi en tant que noire. Elle vivait avec sa famille à Pleasanton, en Californie, où il y avait très peu de noirs. Ses parents lui ont enseigné qu’en tant que noire, elle devait être excellente, faire toujours plus pour être à la hauteur. Elle était parmi les meilleurs élèves, parmi les meilleurs athlètes, mais elle était toujours noire.

Elle était celle que l’on n’invitait jamais à danser, sauf par dépit. Celle à qui l’on demandait de faire des imitations de personnages noirs caricaturales pour amuser les amies blanches aux pyjamas parties. Elle a tellement essayé de paraître moins noire, de se détacher de tout ce que l’on associe aux noirs, que ses amis finissaient par lui parler comme si elle n’en était pas une. À parler des noirs en sa présence comme si, eux étaient des noirs et elle, était différente.

Qu’il s’agisse de son enfance, son adolescence ou même du monde du cinéma, Gabrielle Union a rencontré bon nombre de challenges liés à la couleur de sa peau mais aussi liés au fait qu’elle soit une femme. Elle partage avec nous ses difficultés à avoir un enfant, l’échec de son premier mariage et ses précédentes ruptures amoureuses. L’une des choses qui m’a marquée est qu’elle avait du mal à trouver 10 choses qui la rendaient heureuse et qu’elle espérait l’être grâce à une autre personne, dans son premier mariage.

Gabrielle Union parle aussi de sa famille, du divorce de ses parents, de sa relation avec sa grande soeur, de sa vie avec son époux actuel et de son statut de belle-mère pour ses fils. On ne peut s’empêcher d’être touché lorsqu’elle raconte ses inquiétudes chaque fois que ses beaux-fils sont dans la rue, à cause des nombreux meurtres de noirs par des blancs, policiers ou civils. Elle se voit dans l’obligation de leur transmettre mille et une consignes au cas où ils sont arrêtés par la police. Ils doivent dire qu’ils sont les fils de Dwayne Wade. Parce qu’un noir dans un quartier de riches où la majorité des habitants sont des blancs, ne pourrait être qu’un potentiel criminel dans l’imaginaire du blanc.

Lire « We’re going to need more wine » juste après « Born a crime » de Trevor Noah m’a fait encore plus grincer des dents face aux injustices dont sont victimes les noirs. C’est comme si pour être considéré un tout petit peu, il faut en tant que noir acquérir la richesse et la célébrité. Et encore, même dans ces cas là, on n’est pas à l’abri des préjugés. 

J’ai connu Gabrielle Union grâce à quelques films comme Délivre-nous d’Eva et Two can play that game et c’était assez intéressant de découvrir l’humain derrière l’actrice. À certains moments, son expérience et ses challenges en tant qu’actrice noire me faisaient penser au livre « Noire n’est pas mon métier » initié par Aissa Maiga et écrit en collaboration avec d’autres actrices noires françaises. Gabrielle Union met l’accent sur le manque de diversité à Hollywood et aussi sur les challenges de la célébrité et l’intrusion des gens dans votre vie privée. 

Gabrielle Union est actrice mais aussi activiste notamment pour les victimes d’agressions sexuelles et dans la lutte contre le cancer du sein. Elle a elle-même été victime de viol à 19 ans alors qu’elle travaillait à Payless, un magasin de chaussures. Le récit de son agression est triste, révoltant. C’est un évènement qui a totalement bouleversé sa vie et dont elle garde encore des séquelles lorsqu’elle se rend dans des endroits où elle pourrait potentiellement être agressée. Ce qui veut dire, presque partout. 

Les seuls passages que j’ai le moins appréciés sont ceux sur la sexualité. Pas en termes de jugements sur sa sexualité à elle mais parce qu’elle encourage également les jeunes femmes à aller à l’aventure, sans rechigner à enchainer les partenaires sexuels. Personnellement, je crois que l’acte sexuel est sacré et que l’on partage beaucoup plus que nos seuls corps en l’accomplissant. 

Enfin, « We’re going to need more wine » commence par la peur et se termine sur le même sujet. Gabrielle Union avait peur en écrivant ces lignes, de se livrer, d’être vulnérable. Mais elle l’a fait quand même, en conformité avec la citation de Carrie Fisher qu’elle cite au début « stay afraid, but do it anyway. » À la fin, elle nous parle de son amie Sookie, victime du cancer de sein et qui nous invite elle à ne pas laisser la peur nous tuer. Surtout lorsqu’il s’agit d’aller à l’hôpital pour vérifier notre état de santé. Il faut qu’on fasse de nous-mêmes une priorité. 

Ne vous fiez pas aux sujets graves que j’ai évoqués plus haut. Cette autobiographie de Gabrielle Union est également pleine de moments drôles qui vous feront rigoler ou au moins sourire. En tout cas, on en apprend beaucoup et j’ai pris énormément de plaisir à lire « We’re going to need more wine » même si je prendrais plutôt un verre de bissap. 

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

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