LA RENCONTRE – 2E PARTIE

Chapitre précédent…

« Où est-ce que tu comptes aller comme ça ? »

Je fais mine de ne pas l’entendre. Je n’imagine pas la douleur qu’elle doit éprouver en ce moment et ça me fend le cœur d’en être la cause mais je ne peux pas rester une seconde de plus dans cette maison.

« Myriam… »

Son ton est plus doux, implorant même. Je résiste à l’envie de lui répondre. Je sais que mes larmes se déverseront aussitôt que j’ouvrirai la bouche. J’ai peur de flancher. J’ai peur de la laisser me convaincre de rester.

« Foungnigué c’est à toi que je parle. »

C’est rare que maman m’appelle par mon prénom Sénoufo parce que c’est celui de sa mère. Elle m’appelle toujours « maman » ou « Myriam ». « Foungnigué » est réservé aux grandes occasions comme celle-ci, lorsqu’elle est désespérée. Je ne peux pas continuer de faire la sourde oreille en l’entendant m’appeler, au bord des larmes. Je lève les yeux vers elle en continuant de faire ma valise mais je vois déjà flou. Je ne peux pas m’empêcher de pleurer. J’ai envie de hurler. J’en veux à la terre entière mais je ne lui en veux pas à elle. Comment pourrais-je ?

C’est moi qui lui brise le cœur en décidant d’être la seconde épouse d’Ibrahim. Je choisis de faire à une autre femme ce qu’elle a subi de la part de sa coépouse. Je sais bien qu’être une femme « bien » ne suffira pas. Aux yeux de ma potentielle future coépouse, je serai toujours celle qui s’est incrustée dans son foyer, mais je n’y peux rien. J’aime Ibrahim. Je l’aime comme je n’ai jamais aimé auparavant et plutôt mourir que de le quitter.

« Myriam, ton père et moi ne voulons que ton bonheur. Tu crois que ça me fait plaisir de le soutenir dans cette décision ? Tu crois que j’ai envie que tu laisses tomber le seul homme qui jusqu’ici t’a donné envie de te marier ? Mais Myriam, je sais ce qu’est la polygamie. Même avec toutes les bonnes intentions du monde, c’est difficile d’avoir un foyer paisible lorsque deux femmes compétissent pour le cœur du même homme. »

« Maman je l’aime… »

« Je sais ma fille, mais l’amour ne suffit pas toujours. J’aime ton père, mais regarde ce qu’est devenu notre vie aujourd’hui. Je suis encore là parce que je n’attends plus rien de particulier de l’amour. J’ai deux magnifiques enfants qui ravissent mon cœur et un toit où dormir. Si j’étais encore jeune, je serais peut-être partie pour me remarier mais qu’est-ce que j’irais encore chercher auprès d’un homme ? Pourtant ma fille, tu sais bien que je ne suis plus heureuse depuis que ton père a fait rentrer cette femme dans notre vie. Il n’est peut-être pas le meilleur exemple et peut-être qu’Ibrahim sera effectivement différent, mais pense à la trahison, à la douleur que tu causeras à sa première épouse. Pense à ma douleur. »

Je savais que ses mots risqueraient d’influencer ma décision. Je savais qu’elle saurait où appuyer pour me toucher. Les larmes continuent de ruisseler sur nos visages respectifs mais je recommence à faire ma valise. Je ne peux pas faiblir.

Cela fait deux semaines maintenant qu’Ibrahim est passé rencontrer mes parents. Deux semaines depuis le refus catégorique de papa de me laisser épouser l’homme de ma vie. Depuis, mon géniteur et moi ne nous adressons plus la parole. Ce n’est pas bien difficile étant donné qu’il ne vient quasiment plus à la maison. Les rares fois où il a daigné dormir ici, j’ai préféré me cloîtrer dans ma chambre plutôt que de dîner en sa présence. Maman m’a dit qu’il a encore juré de ne pas bénir mon mariage et j’ai beau réfléchir, je n’arrive pas à comprendre son hypocrisie.

Ce soir il y a eu la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Ibrahim a décidé de laisser tomber. Il m’a dit qu’il a envoyé des émissaires auprès de papa mais que ce dernier les a rabroués aussitôt qu’il a su la raison de leur présence. Ibrahim dit qu’il ne veut pas être la cause d’une rupture entre mes parents et moi. Il dit qu’il m’aime trop pour m’amener à commettre l’irréparable. Il dit qu’il ne peut plus, qu’il ne veut plus lutter pour notre amour. Ibrahim m’a dit qu’il ne souhaitait plus m’épouser et ça, je ne peux le supporter.

Maman continue de m’implorer de rester. Il pleut des cordes dehors mais mon cœur saigne dedans. Le taxi Yango que j’ai commandé est là et je sors de la maison sans regarder en arrière. Maman continue de hurler mon prénom mais je ne peux pas faire marche arrière. Je ne sais pas encore où je dormirai ce soir mais je ne compte pas passer une seconde de plus dans cette maison.

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

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