Le jour où j’ai annoncé à la nounou de mon fils que je retournais à l’école, elle a crié : « On va à l’école encore ? » Comme pour dire : « À ton âge, tu vas encore à l’école ? » 

Pour elle, l’école finissait bien avant qu’on ne devienne adulte.

Quand ma maman a appris que j’avais démissionné de l’UNICEF et que j’allais faire un deuxième Master, elle m’a dit : « Toi, ce que les gens vont à l’école pour avoir, toi tu laisses pour aller à l’école. » Mais elle est sans doute habituée à mes décisions non-conventionnelles maintenant.

Je crois que, si je le pouvais, tous les cinq ans, je ferais une pause dans ma carrière professionnelle pour vivre autre chose. Entre 2019 et 2020, j’ai fait une pause dans l’enseignement pour me consacrer à ma bibliothèque et à mes activités de blogging. En 2026, j’ai décidé de retourner à l’école. Seul Allah sait ce que me réserve 2031.

Lorsque je suis entrée à l’UNICEF, mon objectif n’était pas d’y faire carrière. Je voulais apprendre à être mieux structurée, faire des économies grâce à mon salaire, gagner en expérience professionnelle, avoir davantage d’impact, élargir mon réseau et, plus tard, évoluer vers une carrière de consultante tout en me consacrant à mes projets personnels liés à l’éducation, notamment le Centre Eulis.

Mais il faut l’avouer : travailler aux Nations Unies vient avec énormément d’avantages : un salaire confortable, une assurance maladie, six mois de congé de maternité, des heures d’allaitement pour les nourrices, des missions à l’intérieur du pays et parfois à l’étranger, du prestige…

C’est très facile d’y rester et de chercher ensuite à s’expatrier. Mais pour moi, l’UNICEF était une étape, pas la destination finale. Et je n’ai jamais eu pour objectif de travailler à l’international. En tout cas, pas pour le moment. Parce que je veux vraiment avoir un impact en Côte d’Ivoire. 

J’étais déjà installée dans un confort et la décision a été difficile à prendre. Je me demandais qui je serais sans mon titre de « Youth engagement officer ». On ne le dit pas assez mais notre fonction peut vite représenter une grande partie de notre identité. Heureusement, je savais que j’étais beaucoup plus qu’un poste. Que je pouvais accomplir davantage par la grâce de Dieu. Et je savais également qu’il valait mieux que je parte avant que mes responsabilités ne deviennent un plus grand frein à la prise de risque. Cinq ans, c’était déjà assez pour acquérir l’expérience dont j’avais besoin.

Aujourd’hui, je suis inscrite à King’s College London, l’une des meilleures universités d’Angleterre, pour un Master in Educational Leadership and Management.

Vous le savez, mon rêve est de contribuer à améliorer l’éducation en Côte d’Ivoire. Plusieurs personnes, au regard de mon expérience dans l’enseignement, de mon engagement avec le Centre Eulis, de mon travail de blogueuse et de mon expérience à l’UNICEF, estimaient que je n’avais pas besoin d’un deuxième Master pour devenir une experte de l’éducation.

Je pense différemment. 

Il y a quelques années, j’échangeais avec un collègue de la section Éducation. Nous discutions de certaines décisions stratégiques prises par le gouvernement. Il me parlait de leurs implications financières et matérielles et je réalisais à quel point je connaissais finalement peu les enjeux et les défis du secteur de l’éducation.

Ce que je faisais était bien, mais c’était encore au niveau du quartier… Moi, je veux contribuer à changer un pays. Et pour ça, il faut que j’apprenne. Il faut que je me forme.

Mon Master s’adresse notamment aux personnes qui souhaitent occuper des fonctions de leadership dans le domaine de l’éducation : gestion des établissements, transformation des politiques éducatives, etc.

Les modules qui m’intéressent particulièrement sont ceux consacrés aux nouvelles technologies dans l’éducation, à la comparaison des systèmes éducatifs à travers le monde et au lien entre l’éducation et le développement international.

C’est notamment pour ces raisons que j’ai choisi cette université. Et c’est aussi ce que j’avais présenté lors de ma candidature pour obtenir la bourse Chevening.

Et puis, il y a mon fils.

Bon nombre d’internautes m’ont demandé où était Pépin Trois Pommes. Même si la question m’ennuie parfois parce qu’elle revient beaucoup, je comprends. Je parle souvent de lui dans mon contenu alors les gens ont des préoccupations le concernant.

Alors ne vous inquiétez pas. Al Hamdoulilah, il est entre de très bonnes mains, à Abidjan. Partir cette année a aussi été une décision que j’ai prise en pensant à lui. Il a deux ans. Mon Master ne dure qu’un an et je me dis qu’il ressentira probablement moins mon absence maintenant que dans quelques années, in shaa Allah.

Quand j’étais enceinte, j’écrivais dans mon journal que je voulais que mon fils me voie comme sa mère, certes, mais aussi comme une personne inspirante qui poursuit ses rêves et qui existe à part entière.

Je ne veux pas que, dans quelques années, je me retrouve à dire que je n’ai pas accompli X ou Y parce que j’étais mère. Des mamans accomplissent des choses extraordinaires tous les jours dans le monde. Cela nécessite toujours de faire des compromis. Parfois, on renonce à une promotion pour être davantage auprès de ses enfants. D’autres fois, on rate une activité scolaire pour poursuivre une opportunité professionnelle.

Il n’existe probablement pas de choix parfait. J’ai simplement estimé que celui que je faisais à ce moment précis me coûterait moins cher que si je le faisais dans quelques années.

J’ai 32 ans. Et si Allah me donne une longue vie, j’ai encore au moins 32 autres années devant moi pour être et faire mille et une autres choses.

Cela dit, ne pensez pas que le choix a été facile. J’ai hésité. J’ai demandé l’avis de mes proches. J’ai reçu des encouragements et du scepticisme aussi. J’ai prié et j’ai essayé. Je me suis dit que si c’était la bonne chose à faire, Allah allait faciliter. Sinon, j’opterais pour un autre plan. 

J’ai reçu la confirmation de la bourse dès que j’ai atterri à Abidjan, après mon pèlerinage à la Mecque. Si ça ce n’est pas un signe… Allah me donne l’opportunité d’étudier gratuitement au Royaume Uni grâce à la bourse Chevening.

Alors si tu es une maman, une professionnelle ou simplement quelqu’un qui se demande s’il est trop tard pour retourner à l’école ou changer de trajectoire après 5, 10 ou 15 ans… J’espère que mon expérience te donnera ce petit coup de boost dont tu avais besoin pour oser.


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