J’ai enseigné au niveau universitaire de 2016 à 2018. En tant que professeur, je souhaitais que mes étudiants fassent preuve d’esprit critique pour répondre aux questions. L’objectif des tests n’étaient pas juste qu’ils mémorisent les cours et les rendent textuellement, mais plutôt qu’ils donnent leurs avis et appliquent leurs connaissances à diverses situations.
Malheureusement, certains étudiants avaient tellement pris l’habitude de copier-coller qu’ils cherchaient parfois les réponses sur Internet pour les recopier mot pour mot sur leurs copies. Et la plupart du temps, je retrouvais le site Internet qu’ils avaient utilisé et je le marquais à côté de leur réponse. Yes, I’m petty.
Mais c’était aussi un bel exemple de la façon dont, lorsqu’on n’est pas capable de penser par soi-même, on peut même être maladroit… dans sa manière de tricher.
Aujourd’hui, avec l’IA générative, j’ai peur que cette situation ne fasse qu’empirer. Et c’est déjà le cas. Récemment, j’ai vu la vidéo d’un professeur d’art qui avait demandé à ses élèves de réaliser un travail manuel. L’utilisation de ChatGPT n’était pas interdite, mais certains élèves avaient littéralement recopié les parties de la réponse de ChatGPT qui donnaient les consignes à suivre.
Aujourd’hui, plusieurs étudiants et professionnels délèguent carrément une partie de leur réflexion à ChatGPT et à ses cousins. Et avec le temps, cela pourrait évidemment affaiblir certaines compétences que l’éducation est censée développer, notamment la créativité, l’autonomie et l’esprit critique.
C’est pour cela que je pense que l’alphabétisation numérique et, plus spécifiquement, l’éducation à l’IA sont devenues cruciales dans nos systèmes éducatifs. Je sais que nous sommes encore loin des pays développés sur certains aspects. Nous devons toujours faire face à des problèmes d’infrastructures, ainsi qu’à des enjeux liés à la qualité et à la quantité des enseignants. Mais je suis justement persuadée que l’utilisation de l’IA pourrait contribuer à répondre à certains de ces défis.
Dans le cadre de mon cours sur les technologies dans l’éducation, nous avons récemment étudié un article consacré à l’alphabétisation à l’IA.
L’une des définitions proposées explique que l’éducation à l’IA englobe notamment : la compréhension du fonctionnement de l’IA et de ses usages, l’évaluation critique de ses résultats et de ses limites, la capacité à collaborer avec des systèmes d’IA, et, à un niveau plus avancé, la conception ou l’adaptation de solutions basées sur l’IA.
Bien sûr, ce n’est pas nécessaire que tout le monde développe toutes ces compétences au même degré. Mais je suis convaincue que comprendre, au moins dans les grandes lignes, comment fonctionne l’IA, savoir l’utiliser de manière responsable et efficace, et être capable d’évaluer de façon critique ses productions seront des compétences essentielles pour les systèmes éducatifs de demain.
Je crois que de nombreux établissements scolaires et États s’inquiètent de l’utilisation de l’IA par les élèves et pourraient être tentés de l’interdire totalement. Personnellement, je ne pense pas que ce soit la meilleure solution. Les élèves trouveront probablement des moyens de contourner ces restrictions, aussi bien en classe qu’en dehors.
Il vaudrait mieux, selon moi, envisager d’intégrer l’éducation à l’IA dans les programmes scolaires, en veillant à ce que les enseignants comme les élèves comprennent ces technologies, leur potentiel, leurs risques et leurs limites.
L’objectif ne devrait pas être de laisser l’IA penser à la place des élèves, mais de leur apprendre à utiliser l’IA pour approfondir leur réflexion et leurs connaissances, sans se substituer à leur propre processus de réflexion.
En Côte d’Ivoire, on parle énormément du manque d’enseignants, notamment dans les matières scientifiques. Bien que l’IA ne doive évidemment pas remplacer les professeurs, j’estime que, dans certains contextes, elle pourrait contribuer à l’apprentissage et réduire l’impact de cette pénurie d’enseignants.
Mais cela suppose que les acteurs de l’éducation eux-mêmes soient formés à l’Intelligence Artificielle et que des politiques et des systèmes appropriés soient mis en place pour encadrer son utilisation dans l’éducation.
Cela dit, je suis aussi consciente que nous avons encore un long chemin à parcourir. Quand on sait que des millions d’élèves chez nous n’ont jamais utilisé un ordinateur et pourraient effectuer tout leur parcours académique sans jamais suivre un seul cours d’informatique… Alors, que dire d’une éducation à l’Intelligence Artificielle ?
Je suis tout de même ravie de savoir que nos autorités sont également conscientes de ces défis et de ces opportunités. La Côte d’Ivoire s’est dotée d’une Stratégie Nationale de l’Intelligence Artificielle à l’horizon 2030. Il existe également une Stratégie Nationale de Digitalisation de l’Éducation Nationale pour la période 2024-2028. Et le gouvernement a même lancé un programme visant à former 3 000 enseignants de l’enseignement technique et de la formation professionnelle à l’utilisation de l’IA dans leurs pratiques pédagogiques.
J’ai hâte de lire davantage sur ce qui est déjà fait et sur ce qui est prévu, in shaa Allah.
Bref, c’est tout cela que je suis venue apprendre pendant mon Master in Educational Leadership and Management à King’s College London, grâce à la bourse Chevening.
Je sais que ces réflexions n’intéresseront probablement pas tout le monde. Mais j’espère pouvoir vous en partager davantage au fil de mon année, non seulement pour mon analyse personnelle, mais aussi pour avoir vos avis.
Et n’oubliez pas que demain est la date limite pour postuler à Chevening pour la rentrée 2027-2028 sur www.chevening.org.

Laisser un commentaire