Écrire ce texte m’a fait du bien…

Crédit photo: Afi Cakpo

Je travaille littéralement pour le Centre Eulis. Bon, techniquement je travaille pour mon rêve de développer une éducation de meilleure qualité en Côte d’Ivoire, mais vu que je le fais majoritairement à travers le centre, on dira que je travaille pour le Centre Eulis en ce moment. Mon travail me permet non seulement d’avoir les fonds nécessaires pour organiser les activités du Centre et gérer les dépenses quotidiennes, mais aussi d’acquérir des connaissances théoriques et pratiques pour atteindre mes objectifs. 

Le Centre est enregistré en tant qu’entreprise, parce que mon objectif est d’en faire une entreprise sociale financièrement autonome, qu’elle puisse non seulement générer des revenus conséquents pour couvrir toutes les dépenses, mais aussi des bénéfices que je peux utiliser pour m’acheter des glaces. Mais dans la pratique en ce moment, le Centre Eulis est beaucoup plus social qu’entreprise. D’ailleurs c’est l’une des remarques que l’on avait reçues lorsqu’on a participé au concours de l’entrepreneuriat social d’Orange en 2017. L’initiative est superbe, mais le côté lucratif est encore à développer. 

J’ai du mal à mettre un prix sur ce que je fais. J’ai énormément de mal à faire payer pour certaines choses, surtout lorsque le plaisir personnel que j’en tire est déjà super gratifiant. Mais comme dirait Befoune, la passion c’est bien, mais l’argent aussi est important. C’est vrai que j’adore tout ce que je fais avec les enfants et les adultes socialement, mais ces choses ont un coût, et moi-même j’ai quotidiennement des dépenses à gérer personnellement parce qu’après toutes les études que M. Silué a financé, ça serait la honte de continuer à le racketter 😩. Donc je travaille pour pouvoir organiser toutes ces activités et m’occuper de moi-même avec un minimum.




Crédit photo: Madame Cléro  

En ce moment je travaille du lundi au vendredi, de 7h30 à 15h environ. J’adore passer les Samedis au Centre et m’investir dans les activités avec les enfants. Surtout depuis qu’on essaie de leur offrir un goûter à chaque fois. C’est pratiquement le seul jour de la semaine que je peux passer au centre et même si quelques fois je sacrifie ces moments pour d’autres obligations, c’est toujours avec un pincement au coeur. Je suis généralement prête à faire d’autres choses le Samedi lorsqu’elles peuvent me rapporter de l’argent pour gérer le Centre, ou une fois en passant, pour souffler en dehors des livres et de l’éducation, et passer du temps avec des proches. Il y a des exceptions, mais le Centre Eulis et les enfants qui y vont sont ma priorité, en dehors de mon boulot. J’ai horreur de devoir annuler une activité pour cause d’indisponibilité, quand bien même c’est souvent gratuit, parce que je veux aussi que les enfants sachent qu’ils peuvent nous faire confiance pour tenir nos engagements et apprendre à faire de même. 

J’écris plus ces lignes pour moi que pour vous parce que j’ai eu du mal à écrire dernièrement et que ça pourrait m’aider à sortir de ma période de flottement. Il y a mille et une choses que j’ai envie de mettre sur pied. Les idées sont tellement nombreuses que j’ai peur de les écrire et de me rendre compte que je ne peux pas tout faire. Non seulement parce qu’il faut de l’argent, mais aussi du temps et de l’énergie pour les réaliser. J’aime mon engagement, j’aime me sentir utile à ma communauté. Ce n’est pas pour la reconnaissance, même si ça fait plaisir, mais c’est surtout parce que je me dis qu’en apportant quelque chose d’utile et de positif à quelqu’un, Dieu va sciencer par rapport à mes nombreux péchés. 

Plusieurs personnes m’ont demandé pourquoi je ne fais plus les vidéos pour apprendre Sénoufo. Quelques fois ça me met une grande pression parce que c’est aussi l’une des choses que j’ai vraiment envie de faire. Mais quelques fois je suis obligée de prendre du recul pour essayer de faire chaque chose en son temps.




Crédit photo: Paul Koffi 

Ça me touche énormément quand on me sollicite pour des conseils en privés, mais j’ai souvent l’impression de répéter des choses que j’ai déjà dites sur mon blog ou dans des interviews. Et quand bien même j’aime rencontrer de nouvelles personnes, je dois souvent me rendre à l’évidence. Ce n’est pas toujours possible de trouver du temps pour cela. Pas juste parce que je suis occupée, mais parce qu’en dehors des heures où je cours à gauche et à droite, j’ai aussi besoin de temps pour me ressourcer, pour être avec moi-même. C’est d’autant plus difficile aujourd’hui parce que même quand nous sommes seuls physiquement, nous sommes tellement accros aux réseaux sociaux que nous restons en permanence connectés au monde. Et c’est aussi quelque chose dont j’essaie de me défaire dernièrement… en faisant un long post pour raconter ma vie, bien sûr! Mais vraiment! C’est la raison pour laquelle je souscris de plus en plus rarement à internet sur mon téléphone, que je réponds plus tardivement aux messages sur Messenger et que je n’ai même plus l’application sur mon téléphone. 

Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas chercher à me rencontrer pour échanger. Mais je recommande de lire d’abord tout ce que j’ai déjà partagé. Oui, de prendre la peine de lire ces milliers de mots… Puis, de me faire signe si vous avez besoin de plus que ce que j’ai déjà raconté au monde. Je serai ravie de vous recevoir un Samedi au Centre, ou de discuter autour d’une glace après les cours, si possible. 

J’essaie de documenter au maximum mes activités parce que j’espère que d’autres pourront s’en inspirer sans avoir à faire les mêmes erreurs que moi. Et les erreurs je continue d’en faire. Des tonnes. Non seulement parce que je suis une grosse flemmarde, mais aussi parce que tout ce que je fais est encore nouveau pour moi et qu’en ligne je ne trouve pas toujours d’articles adaptés à mon environnement. Un autre moyen d’en savoir plus sur mon parcours serait de participer à des évènements où j’interviens, comme le prochain Tedx Yamoussoukro, le 8 décembre in shaa Allah.


Quand j’étais petite, je rêvais de créer deux hôpitaux. Un pour les riches, et un pour les moins nantis. Des années plus tard, j’ai découvert les hôpitaux d’ophtalmologie Aravind, en Inde. Un homme avait réussi à matérialiser ce dont je rêvais toute petite et que je n’aurais cru n’être un rêve d’enfant irréalisable, si Govindappa Venkataswamy ne l’avait pas réalisé. Il a mis en place des hôpitaux où les pauvres peuvent recevoir des soins ophtalmologiques et même des opérations d’excellente qualité gratuitement. Les personnes mieux nanties, peuvent payer si elles veulent, et les revenus sont utilisés pour compenser les dépenses occasionnées pour les frais gratuits. On appelle cela une « cross subsidization » Cette histoire est géniale et m’inspire beaucoup mais je ne vais pas trop la détailler de peur de m’enfoncer dans ma digression. Quoi qu’il en soit, c’est l’une des initiatives qui m’inspirent le plus dans le domaine de l’entrepreneuriat social. 

Aujourd’hui, je ne rêve plus d’être docteur, ou de créer ces deux hôpitaux, même si le besoin est toujours énorme. Mais j’ai décidé de me consacrer à un domaine tout aussi important que celui de la santé. Je rêve de créer deux types d’écoles. Des écoles où les personnes nanties pourront payer des frais qui serviront à fournir une éducation de qualité aussi bien pour les riches, que les moins privilégiés. Peut-être que cela se manifestera sous différentes formes mais je crois que l’on peut également appliquer la cross subsidization pour que tous les enfants, peu importe leur milieu social, s’autorisent à rêver et acquièrent les outils pour travailler à la réalisation de leurs rêves. 

En 2019, je compte réussir à développer le volet lucratif du Centre Eulis. L’objectif est de pouvoir faire des activités payantes qui pourront couvrir les dépenses pour le côté social. Ça fait plaisir de recevoir des dons. Vous pouvez toujours en faire en livres, en friandises, ou en cash, mais je préfère encore mieux réussir à développer des activités lucratives pour le Centre, pour ne plus qu’il dépende ni de mon salaire, ni des dons, pour rendre les enfants heureux. Alors le meilleur moyen de me soutenir sera sans doute de participer à ces activités là également. 

J’ai l’impression d’avoir encore beaucoup à dire, mais je sens que mes amies ont déjà fini de m’insulter pour la longueur de cet énième texte. Je vais donc m’arrêter là et prier que Dieu nous accorde 2019 et la force et la santé pour mettre en place nos projets. Et aussi, qu’Il vous donne l’argent pour inscrire vos enfants aux activités éducatives qui verront le jour à travers la ville in shaa Allah. Écrire ce texte m’a fait du bien.



Quelques articles sur mon expérience: 

Irawo: https://irawotalents.com/en/construire-organisation-education-centre-eulis-tchonte/
Irawo: https://irawotalents.com/en/tchonte-silue-centre-eulis-blog-cote-divoire-entrepreneuriat-social/

Ayana: https://ayanawebzine.com/ayana/portrait-tchonte-silue-a-23-ans-elle-a-fait-de-leducation-des-jeunes-sa-priorite/
Elle CI: https://urlz.fr/8kUU

Les Chroniques de Tchonté: https://leschroniquesdetchonte.com/searchTag.php?term=Centre%20Eulis 

Publié par

Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation, je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive. C'est pourquoi j'ai créé le Centre Eulis en 2017 et ce blog me sert de journal de bord pour tout ce que j'apprends au quotidien. J'écris des histoires, des comptes-rendus de livres, d'évènements, de voyages, mais surtout, je m'écris.

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