L’art subtil de s’en f*utre

Je m’impose la règle de ne pas laisser des remarques déplacées sur internet m’affecter. Ça arrive quand même de temps en temps mais c’est rare. Je choisis de supprimer les commentaires injurieux et de bloquer les auteurs. Je choisis de ne pas répondre lorsque j’ai l’impression que l’autre est de mauvaise foi. Je choisis de préserver ma paix parce qu’elle est plus importante à mes yeux que de prouver que j’ai de la répartie ou de convaincre l’autre à tout prix. Lire “The subtle art of not giving a f*ck” de Mark Manson me confirme que j’ai fait le bon choix.

J’ai essayé de lire ce livre il y a quelques mois et comme toujours ce n’était pas le bon moment. Cette fois-ci, c’est passé comme une lettre à la poste. Le titre peut être déroutant. Les premières phrases pleines de “f*ck” peuvent vous hérisser le poil si vous vous focalisez sur ce langage peu châtié. Toutefois, si vous prenez la peine d’aller plus loin, de tourner chaque nouvelle page, vous apprécierez sans doute les belles leçons transmises par Mark Manson avec en plus une bonne dose d’humour.

Je suis passée d’un travail où j’avais énormément de contrôle sur les prises de décision à un monde où il faut suivre mille et une procedures et respecter scrupuleusement la hiérarchie. Pendant quelques semaines, ça m’a profondément embêtée. J’avais l’impression de ne pas avancer, de faire face à un mur de règles à chaque tournant. J’ai décidé de lire “The subtle art of not giving a f*ck”, pas parce que je voulais arrêter de me soucier de tout ce qui se passait autour de moi mais parce que j’avais besoin de conseils pour ne pas laisser tout m’affecter.

L’une des choses qui m’a particulièrement marquée est la différence que Mark Manson fait entre “faute” et “responsabilité”. Un moyen facile pour faire la distinction entre les deux est de réaliser que la faute s’exprime au passé tandis que la responsabilité est au présent. La faute résulte de choix qui ont déjà été faits. La responsabilité résulte des choses que nous sommes en train de faire, chaque seconde de notre vie.

Chaque fois que nous attribuons aux autres la responsabilité de changer notre situation, nous leur donnons le pouvoir de décider de notre vie, de nos émotions. On peut blâmer quelqu’un pour ce qu’il nous a fait mais on ne peut pas le tenir responsable de ce qu’on ressent, vit. Le tenir responsable voudrait dire qu’on attend de cette personne qu’elle change les choses pour nous. Qu’elle nous aide à aller mieux en réparant ce qu’elle a brisé. En le faisant, nous choisissons de rester indéfiniment dans l’attente et dépendant de son bon vouloir.

Ce n’est pas de ma faute s’il y a autant de règles à respecter dans mon travail. Il est pourtant de ma responsabilité d’apprendre à les gérer de sorte à réaliser mes objectifs. Je peux choisir de passer mon temps à me plaindre et à ne rien faire ou prendre mes responsabilités et faire bouger les choses. Dans la réalité c’est plus facile à dire qu’à faire, mais ça ne veut pas dire que ce n’est pas possible. Cela demande de la patience, des efforts et de se relever après chaque échec. Cela signifie aussi que lorsqu’on ne voit vraiment pas le bout du tunnel et que la situation nous est insupportable, nous devons prendre la responsabilité de changer d’environnement.

Contrairement à ce que laisse penser le titre, Mark Manson ne nous invite pas à nous désintéresser de tout. Au contraire, il rappelle l’importance de prioriser ce sur quoi nous focalisons nos efforts, nos pensées, nos sentiments. Qu’est-ce qui est le plus important pour nous ? Quelles sont nos valeurs ? Des valeurs saines sont basées sur la réalité, socialement constructives, immédiates et contrôlables. Les mauvaises valeurs sont basées sur la superstition, socialement destructives et ni immédiates ni contrôlables.

Par exemple, si nous valorisons plus les “likes” sur les réseaux sociaux que le processus de création de contenu, la créativité, l’apprentissage, nous donnons aux autres le pouvoir de décider de ce que nous ressentons. Nous souffrons chaque fois que d’autres personnes semblent être plus appréciées que nous plutôt que d’apprécier le fait que nous apprenons de nouvelles choses et améliorons la qualité de notre contenu. Certes, une amélioration de cette qualité devrait logiquement s’accompagner d’une amélioration en termes d’audience, mais dans ce monde où tout est contrôlé par les boss des algorithmes, cela ne dépend pas que de nous.

J’ai lu certaines critiques négatives sur “The subtle art of giving the f*ck” et Mark Manson lui-même mais j’apprécie justement le fait qu’il ne prétend pas avoir totalement raison. Dans l’un des chapitres, il dit que nous avons tous faux sur toute la ligne. Ce que nous pensons être vrai aujourd’hui peut s’avérer faux dans quelques années. Galilée a été condamné par l’église catholique parce qu’il disait que la terre tournait autour du soleil. Les médecins pensaient qu’il fallait faire saigner les malades pour les soigner. Aujourd’hui, cela paraît absurde. Cette pratique est encore utilisée pour certains maux bien que cela soit plus rare et spécifique mais à l’époque, c’était une pratique très commune qui faisait plus de mal que de bien.

Nous évoluons et nos croyances aussi. Nous avons toujours des choses à apprendre et ne devrions pas avoir honte de réaliser que nous nous étions trompés. Nous avons besoin de nous tromper pour pouvoir nous améliorer. Peut-être que “The subtle art of not giving a f*ck” ne vous parlera pas autant qu’à moi. Peut-être que dans quelques années, l’auteur écrira un autre livre pour dire qu’il s’est trompé sur toute la ligne. Tout cela fait partie du cycle de la vie.

Enfin, pour nous aider à prioriser ce à quoi nous accordons notre temps et notre énergie, Mark Manson nous rappelle que nous allons tous mourir. Nous devrions donc prendre le risque de réaliser nos rêves pendant que nous sommes encore en vie et de nous consacrer à ce qui est vraiment important pour nous. Toutes ces peurs qui nous limitent, toutes ces choses futiles que nous laissons affecter nos émotions n’auront plus la moindre importance une fois que nous serons morts.

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

5 commentaires sur « L’art subtil de s’en f*utre »

  1. Respect madame, vos articles sont toujours intéressant et très édifiants. Si tout jeune africain avait l’art d’apprendre comme vous , on ne serait pas là où nous sommes aujourd’hui. 🦾✊🏾

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  2. Je me suis promis d’être très juste et objectif pour ce commentaire.

    J’ai eu une seule réaction crier à haute voix pourtant je suis en ce moment même dans une gare routière

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