À la découverte du fondateur de Pétro Ivoire

J’ai lu « Jusqu’au bout du rêve », la biographie de M. Mathieu Kadio-Morokro, fondateur de Pétro Ivoire. Deux choix se présentent à moi. Soit je suis honnête et je vous dis que je n’ai pas apprécié l’écriture de ce livre et que je pense qu’il aurait pu être beaucoup mieux. Soit je fais semblant parce qu’il a été écrit par deux journalistes de renom et que je n’ai pas autant d’expérience qu’eux pour oser critiquer leur travail. Je vais quand même opter pour la première option en restant à ma place de lectrice et blogueuse pour partager mon réel ressenti. 

Le parcours de M. Mathieu Kadio-Morokro est sans aucun doute inspirant pour toute personne qui souhaiterait entreprendre, et même pour ceux qui ont juste besoin d’être motivés à poursuivre leurs rêves. Je ne le connaissais pas avant d’être invitée à la dédicace de « Jusqu’au bout du rêve », le jeudi 09 Janvier, à l’hôtel Pullman. La qualité des invités et de la cérémonie attestaient déjà de l’influence de l’homme. La cérémonie était parrainée par le Vice-Président de la République, M. Kablan Duncan, avec la présence du Ministre de la Culture, M. Maurice Bandaman. 

M. Kadio-Morokro est donc le fondateur et l’actuel Président du Conseil d’Administration de Pétro Ivoire. Sa biographie ne nous dit pas exactement où ni quand il est né, mais on peut déduire des informations données qu’il est sans doute né en 1943. Il a fait son école primaire à Abengourou et a rejoint Abidjan après son entrée en sixième. En 1957, alors qu’il avait 14 ans et qu’il venait d’obtenir son Certificat d’Études Primaires Élémentaires (CEPE), M. Kadio-Morokro a perdu sa mère, des suites d’une maladie. Son décès l’a profondément marqué et aujourd’hui encore il est ému lorsqu’il en parle. 

Après le premier cycle au Collège d’Orientation du Plateau, l’adolescent Kadio-Morokro atterrit au Lycée Classique d’Abidjan, où il obtiendra son bac. Il poursuit ensuite ses études à l’Université Libre de Bruxelles, d’où il sort diplômé en physique-chimie. Son rêve était alors d’enseigner à l’université. Malheureusement ou heureusement, le Directeur de l’Enseignement de l’Université d’Abidjan refuse sa candidature sous prétexte que les diplômes de la Belgique ne sont pas reconnus en Côte d’Ivoire. Le jeune Mathieu Kadio-Morokro est déçu mais sur les conseils de l’un de ses amis, il décide de s’orienter vers le secteur privé. Blohorn et Shell lui propose tous deux un contrat. Il opte pour Shell non seulement parce que le salaire est meilleur mais aussi à cause du mythe autour du pétrole. Grâce à son travail, il devient Directeur Commercial, puis Directeur des Opérations et Directeur Général de la Société Ivoirienne de Fabrication de Lubrifiants (SIFAL). Le Directeur Général de Shell Côte d’Ivoire de l’époque n’était pas très enthousiaste à l’idée d’avoir un ivoirien à ces postes. Il aurait préféré embaucher un européen mais a fini par se plier à la décision du siège de choisir l’un de ses collaborateurs locaux. 

À Shell, M. Kadio-Morokro a un bon salaire et deux bons postes mais il ne fait pas l’unanimité. Même si certains de ses collaborateurs l’apprécient, d’autres le jugent trop ambitieux et à raison. D’après lui, les directeurs généraux de l’époque, – surtout dans les entreprises étatiques – étaient très jaloux de leurs postes. Face à l’inimitié de ses collègues de Shell Côte d’Ivoire et grâce aux encouragements de certains de ses amis, M. Kadio-Morokro décide de quitter Shell avec pour ambition de créer la première société nationale de distribution pétrolière en Côte d’Ivoire. 

Pétro Ivoire est né en 1994. Au début, les banques qui étaient pourtant gérées par des compatriotes ivoiriens, ont refusé d’accompagner le projet de M. Mathieu. Il avait certes reçu 45 millions comme droits de départ de son ancien employeur, mais cela ne représentait rien du tout pour investir dans le domaine de l’industrie pétrolière. De plus, le domaine du pétrole était la chasse gardée de grands groupes étrangers et même la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR) lui rendait la tâche difficile. Son premier gros coup de pouce viendra de M. Henri Konan Bédié, alors Président de la République. Le président souhaitant promouvoir l’entrepreneuriat ivoirien, lui propose de faire entrer Petroci dans le capital de Pétro Ivoire pour lui apporter une aide financière. Il lui apporte également un soutien public lors de son adresse à la Nation en décembre 1994. 

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Outre le Président de la République, M. Kadio-Morokro reconnait avoir reçu de l’aide de certaines de ses connaissances. M. Moussa Fanny, Directeur Général de Pétroci à l’époque, lui a proposé de travailler comme consultant et lui reversait le salaire qu’il avait à Shell. M. Jean-Louis Legras, Directeur Général de la société Cocitam, a fourni à Pétro Ivoire des pompes reconditionnées en laissant la possibilité à M. Kadio-Morokro de payer quand il le pourrait. Après des débuts difficiles, grâce à sa persévérance, sa rigueur, le soutien de sa famille et l’aide de son cercle de connaissances, M. Kadio-Morokro a bien réussi son pari de créer une société nationale de distribution pétrolière prospère. Pétro Ivoire est la troisième meilleure entreprise de distribution de produits pétroliers en Côte d’Ivoire, après Total et Vivo Energy et la première dans le domaine du gaz. Depuis 2010, l’entreprise est dirigée par M. Sébastien Kadio-Morokro, l’un des fils du fondateur, et la famille détient la majorité des parts. 

Après vous avoir fait ce résumé qui atteste du parcours inspirant de M. Kadio-Morokro, pourquoi est-ce que je dis ne pas avoir aimé l’écriture de « Jusqu’au bout du rêve » ? Parce que ce n’est justement pas le parcours du fondateur de Pétro Ivoire que je remets en question mais la manière dont il est raconté. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Je trouvais que le style d’écriture était parfois lourd avec des tournures de phrases complexes alors que la blogueuse Yehni Djidji, elle, a justement apprécié ce style. 

Pour moi, le but de cette biographie est d’inspirer le maximum de jeunes et pour ça, il faudrait que ces jeunes aient envie d’aller jusqu’au bout du livre (jeu de mots pourri intentionnel). Déjà que peu de jeunes s’adonnent à la lecture, il aurait été préférable que le texte soit plus simple et direct. Mme Agnès Kraidy et M. Zio Moussa font partie des journalistes les plus réputés de la Côte d’Ivoire mais si leur écriture accroche une certaine frange de la population, je ne crois pas qu’elle soit adaptée à la majorité qui a justement besoin de modèles à suivre. Il ne s’agit pas d’alléger la qualité des textes mais de faire en sorte qu’un plus grand nombre de personnes aient envie de lire et ne s’ennuient pas. 

Avec Mme Agnès Kraidy

Je trouve que certaines informations ont été répétées inutilement plusieurs fois, comme si les écrivains cherchaient juste à augmenter le nombre de mots. J’ai eu du mal avec le fait qu’ils nous rappellent sans cesse les qualités de M. Kadio-Morokro plutôt que de les suggérer en nous contant juste les faits. Je préfère lorsque les oeuvres laissent place à la déduction plutôt que lorsqu’on nous impose un avis à plusieurs reprises. 

L’année dernière, j’ai eu l’occasion de lire la biographie d’Elon Musk écrite par Ashlee Vance. Ma lecture de « Jusqu’au bout du rêve » a sans doute été affectée par celle de la biographie d’Elon Musk parce qu’on y avait beaucoup plus de détails et même l’avis des détracteurs d’Elon. J’aurais voulu qu’au delà des louanges sur la personne de M. Kadio-Morokro, on puisse avoir un aperçu de ce que lui reprochaient ses adversaires dont on parle très souvent dans le livre, au delà du fait qu’il était trop ambitieux. Plusieurs questions sont restées en suspens dans cette biographie. Peut-être est-ce par souci de pudeur que certains sujets n’ont pas été abordés mais je pense qu’ils auraient plus enrichi « Jusqu’au bout du rêve ».

Il est clair que le fondateur et PCA de Pétro-Ivoire est un homme pétri de valeurs. Dans sa biographie, Mme Agnès Kraidy et M. Zio Moussa nous parlent de son attachement au travail, à la rigueur, son sens de la famille, son respect des traditions et son amour pour Dieu et la religion. Mais nulle part ils ne nous présentent les potentielles erreurs qu’il a commises en tant qu’entrepreneur, parce que je suis certaine qu’absolument tous les entrepreneurs commettent des erreurs dans leur cheminement vers le succès. Je pense que cela aurait grandement contribué à inspirer plus d’un et à se dire que même quand on se trompe on peut s’améliorer. 

M. Kadio Morokro en compagnie du Vice-Président et du Ministre de la Culture

L’un des chapitres est dédié à la relation de couple entre M. Mathieu Kadio-Morokro et son épouse Mme Aissata Renée. On y apprend les difficultés rencontrées du fait de leur origines et religions différentes et comment M. Kadio-Morokro a finalement réussi à faire flancher son beau-père. On découvre également que son épouse a été d’un grand soutien lors de sa transition de Shell vers l’entrepreneuriat. J’aurais voulu en savoir davantage sur la période pendant laquelle le jeune couple a convolé en justes noces, sachant que M. Kadio Morokro était encore étudiant à Bruxelles. 

Dans un passage du livre (page 83), on explique qu’alors que M. Kadio-Morokro était cadre à Shell, il vivait dans une modeste maison à Vridi et qu’il arrivait même qu’on leur coupe l’électricité et qu’on sorte ses enfants de l’école pour scolarité impayée. Je n’ai vraiment pas compris pourquoi on donne une telle information sans la moindre explication. D’autant plus que plus loin, on apprend que les enfants Kadio-Morokro passaient leurs vacances en France. 

Le premier chapitre de « Jusqu’au bout du rêve » est axé sur le décès de la mère de M. Kadio-Morokro et sur son ascendance royale. Mais par moments, on se perd avec le tracé de la généalogie. Je pense que ça aurait été plus facile à suivre s’il y avait eu un petit schéma de l’arbre généalogique des Kadio-Morokro. J’ai d’ailleurs essayé de le faire moi-même mais je me suis rendu compte plus tard en discutant avec Yehni, qu’il y avait peut-être eu une coquille dans les informations. 

Nanan Kadio-Morokro

Il y a eu des moments où je suis restée sur ma faim et d’autres où j’aurais préféré qu’on arrête de répéter les mêmes choses sous différentes formes. Mais au-delà de mes critiques, j’ai apprécié la découverte du parcours d’un entrepreneur ivoirien. M. Kadio-Morokro s’est lancé dans l’entrepreneuriat à 51 ans. Il a réussi à transmettre ses valeurs à ses enfants et à passer le flambeau à son fils Sébastien. J’ai eu énormément d’admiration pour sa capacité à allier traditions et modernisme. Étant lui-même descendant de fondateurs et chefs de village, il est aujourd’hui le chef du village d’Affalikro. Il semble réussir à concilier à merveille ses nombreuses fonctions de chef coutumier, chef d’entreprise, chef de famille et son respect pour les traditions et sa religion catholique. 

Le parcours du fondateur de Pétro Ivoire me rappelle le livre « Outliers » de Malcolm Gladwell qui explique que certaines personnes ont plus de chances de réussir que d’autres. M. Kadio-Morokro est un travailleur acharné qui continue d’être au boulot à 7h du matin, mais c’est aussi un homme qui a eu la chance de naitre dans une bonne famille et de rencontrer des personnes influentes qui l’ont aidé pendant son parcours. Sa biographie nous enseigne l’importance de tisser de bonnes relations humaines, de viser haut, d’être fidèle à ses valeurs, de travailler avec acharnement pour atteindre ses objectifs et surtout de transmettre ce que l’on a appris aux jeunes générations. 

Pétro Ivoire est né en 1994 comme moi et je suis caïman (élève du Lycée Classique d’Abidjan) comme M.Kadio Morokro. Est-ce une coïncidence ? Je ne pense pas 😂 Rendez-vous dans quelques années in shaa Allah ! En attendant, j’espère qu’il y aura de plus en plus de biographies d’entrepreneurs et autres personnalités ivoiriennes pour inspirer les jeunes à aller jusqu’au bout de leurs rêves. 

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Passionnée de lecture, d'écriture, de voyages et d'éducation. Je rêve de transformer l'éducation en Côte d'Ivoire. De la rendre plus interactive et inclusive.

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